Des
projets de restauration et de mise en valeur qui démarrent
(Article
extrait de "Patrimoine d'Ardèche", bulletin de la société de
sauvegarde des monuments anciens de l'Ardèche, n°3, juillet 2007)
À partir de ce numéro, nous avons décidé de
vous présenter régulièrement dans
ce bulletin des projets qui en sont à leurs débuts
et auxquels nous allons nous attacher dans les mois (ou
les années) à venir.
Nous consacrerons cette
rubrique essentiellement à des
sites ou des monuments ignorés ou peu connus du
grand public. Nous pensons en effet qu’il vous intéressera
d’avoir connaissance de ce qui se prépare
dans ce domaine dont vous avez peu de chance d’être
informés par ailleurs.
|
Le village
de Saint-Laurent-sous-Coiron est perché sur un plateau
basaltique sur le rebord sud-est du massif du Coiron. Sa
situation privilégiée
offre une remarquable vue sur Mirabel, facilement reconnaissable à sa
haute tour carrée du XIIIe siècle.
Autrefois ceinturé d’un rempart dont il reste
quelques éléments
architecturaux, le village est dominé par les vestiges
du château et, en contrebas, par l’église
paroissiale qui a intégré un joli portail roman. |
La
municipalité de Saint-Laurent-sous-Coiron
souhaite apporter une variante au sentier pédestre
qui évite actuellement le village intra-muros, en
favorisant un nouveau parcours dans ses rues. Ce parcours
devrait à terme permettre la découverte du
site du château médiéval, de l’église
et de la porte dite « est » du village
(elle est en fait à l’ouest !). Les vestiges
du bâtiment castral du XIIIe siècle,
sur le site du château, feront ultérieurement
l’objet
d’une consolidation et d’un aménagement.
La porte ouest fait aujourd’hui l’objet d’une
première phase de travaux et doit être consolidée.
Notons qu’une autre porte s’élevait à l’est
du village mais que celle-ci s’est effondrée
faute d’intervention visant à sa sauvegarde.
Le château a fait l’objet d’une notice
par Pierre-Yves Laffont publiée dans son Atlas1 :
les vestiges d’un bâtiment quadrangulaire peuvent être
datés de la fin du XIIe ou plus sûrement du
XIIIe siècle. La construction s’élevait
au moins sur deux niveaux en parements de basalte. Les chaînages
d’angle
et les encadrements d’ouvertures ont été taillés
dans le calcaire. Au nord, une porte en plein cintre était
surmontée d’une ouverture à fort ébrasement.
Une église Saint-Laurent
est mentionnée à la
fin du VIIe siècle mais il ne reste bien
entendu aucun vestige de cette première installation.
L’église
paroissiale qui s’élève aujourd’hui
présente de prime abord peu d’intérêt
patrimonial si ce n’est le portail roman qu’elle
a conservé. Construit en calcaire blanc, son ouverture
en plein cintre à trois rouleaux est entourée
de deux colonnes dont l’une supporte un chapiteau antiquisant
qui mériterait qu’on s’y attarde.
Enfin, la porte du village s’élève dans
un décrochement du rempart. L’architecture
est rudimentaire et aucun élément stylistique ne permet d’avancer
une datation absolue sans avoir recours aux archives.
Caractéristique des constructions de la région
du Coiron, les élévations sont en moellons
de basalte à assises irrégulières et
les éléments taillés sont en calcaire
blanc (piédroits et cintre de la porte face sud),
créant ainsi un fort contraste noir/blanc. L'élévation
de la face sud a fait l’objet d’une attention
particulière puisque le maître d’ouvrage
a réalisé une assise en calcaire blanc à environ
2,50 m du sol actuel. Le cintre est surmonté de deux
pierres taillées en calcaire qui font penser aux vestiges
d’un aménagement défensif de type corbeau
de hourdage. Seule une étude plus approfondie des
parements et des joints pourrait confirmer cette hypothèse.
Large de 1,76 m et haute de 2,88 m
(par rapport au niveau de sol actuel) et débouchant
côté nord sur un chemin étroit et abrupt,
la porte était certainement à usage piéton.
La voûte en arc segmentaire est faite de moellons équarris
posés de chant et liés au mortier. Le parement
de la porte est harpé² avec
le rempart : leur construction est donc contemporaine.
Côté est, la porte se poursuivait derrière
le mur de soutènement d’un jardin en terrasse
postérieur à la porte. |


Porte
d'entrée est du village.
Croquis d'après photographie redressée. Les moellons calcaires
sont marqués d'un "C". Relevé Marion Charlet,
avril 2007.

La porte vue du haut
|
1. LAFFONT
Pierre-Yves. Atlas des châteaux du Vivarais (Xe-XIIIe siècles) ,
DARA, Lyon, Association lyonnaise pour la promotion de l'archéologie
en Rhône-Alpes, 2004.
2. Un appareil harpé :
se dit d'un mur dont l'appareil est construit en harpe, superposition
d'éléments dont le milieu
est au même aplomb et dont les têtes sont alternativement
courtes et longues.
Texte et photographies : Marion CHARLET
|