AUTOUR
DE COUCOURON
Maison
forte de Villeneuve, moulin de Courbet, chapelle Saint-Clair
(Journée champêtre - 20 juillet 2008)
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Voilà un événement en passe de devenir une
tradition pour la Sauvegarde : la journée champêtre
organisée chaque mois de juillet par nos amis Bousquet,
sur les hautes terres vivaro-vellaves, autour du Chaussadis. Malgré de
fortes pluies matinales, heureusement interrompues à l’heure
du rendez-vous, nous avons été une nouvelle fois
nombreux au point de ralliement, fixé cette année
au hameau de Villeneuve, commune de Lachapelle-Graillouse. Un hameau
pas comme les autres ; de l’agrégat de toits
de ses maisons paysannes émerge la haute silhouette d’une
noble bâtisse flanquée d’une tour qui capte
immédiatement le regard depuis la route de Saint-Cirgues-en-Montagne à Coucouron,
une maison forte. |
La maison forte de Villeneuve
Au point de rendez-vous, nous sommes
acueillis par : M.
Enjolras, maire-adjoint de Coucouron, organisateur des visites
de cette matinée, et son épouse, Bernadette, Magali
Fléchaire, belle-fille de l’ancien meunier du moulin
de Courbet et M. et M me Bertrand, propriétaires de la maison
forte, qui nous invitent immédiatement chez eux. Reçus
avec une extrême gentillesse, nous voyons quasiment chaque
porte de la vénérable demeure s’ouvrir devant
nous et pouvons admirer la réussite de son aménagement.
En vingt-cinq ans de labeur, de passion et d’abnégation,
les propriétaires ont su créer une habitation confortable
tout en préservant le charme et l’authenticité du
lieu.
Au rez-de-chaussée, la vaste cuisine
met en valeur une cheminée monumentale dont le manteau abrite le four à pain
et un placard à fromages. À côté, dans un angle,
l’évier en pierre voisine avec un puits dont on peut voir le miroir
d’eau. |

La
maison forte de Villeneuve. À gauche, la chapelle.
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Chaque
maison de Villeneuve, nous dit Magali, a ainsi son propre puits.
Sous l’unique fenêtre, une pierre porte la date
de 1589, qui rappelle la période de fondation de Villeneuve,
le XVIe siècle.
C’est par un escalier à vis que nous allons accéder
aux étages supérieurs. Cet escalier avait aussi un autre usage,
grâce au petit trou découpé dans la pierre entre deux marches,
en face de la porte donnant sur la cour. Ce dispositif permettait de tenir l’entrée
sous le feu d’une arme, si cette porte avait été forcée,
tout en protégeant le tireur.
La pièce principale du premier étage possède aussi
une superbe cheminée monumentale, mise au jour à l’occasion
des travaux de restauration.
Aux second et troisième étages, des chambres ont été aménagées,
où sont mis en valeur des meubles anciens. À l’opposé de
l’escalier à vis, un escalier de bois moderne dessert également
les étages, à partir du grand salon récemment aménagé au
rez-de-chaussée, côté nord.
Au-delà du troisième étage, l’escalier à vis
est remplacé par un escalier de bois, aujourd’hui sans issue, passant à côté d’une
bretèche de défense qui surplombe la porte d’entrée.
De retour dans la cour, nous nous trouvons face à la petite
chapelle de la maison forte, dont l’intérieur très sobre,
sous une voûte d’arêtes, est décoré d’une
fresque de Robert Petit-Lorraine, datée de 1991, représentant saint
François d’Assise.
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Au-dessus
de la porte de la maison forte, on lit la date : 1619.
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Four
à pain
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Magali Fléchaire nous entraîne maintenant
dans une rue du hameau, pour nous faire voir un bâtiment
sombre, semi-enterré,
qui abrite un ancien four à pain et un séchoir à viande
et nous montrer à distance une des nombreuses « crottes » de
la région, ces abris creusés dans le sol pour y conserver
des aliments, particulièrement des pommes de terre.
C’est
l’occasion d’évoquer brièvement
la vie de la quinzaine d’habitants permanents, dont Magali
fait partie, et de mentionner quelques produits de cueillette qui
leur apportent un complément de revenus : les myrtilles,
les champignons et le lichen des pins sylvestres, utilisé comme
fixateur de parfums et vendu 0,50 €/kg.
L’occasion aussi de nous apprendre que la maison forte fut
une dépendance de Cluny avant d’être cédée à l’abbaye
Saint-Chaffre du Monastier. Les moines qui l’ont bâtie
avaient fait venir des hommes pour mettre en valeur la région
alentour. Le moulin de Courbet en dépendait ; aujourd’hui
encore, il appartient aux propriétaires de la maison forte.
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Le moulin de Courbet
C’est donc très logiquement que nous
prenons maintenant la direction du fameux moulin, bien connu de
la Sauvegarde dont l’intervention a permis l’obtention
d’une aide
départementale pour l’étude de faisabilité d’un
projet de restauration et de mise en valeur. Cette intervention
a déjà fait l’objet d’un article dans
notre bulletin n° 4, paru en octobre 2007.
Après 1 km
de petite route entre bois et prairies, nous atteignons le fond
de vallée où serpente la Langougnole au milieu
des « narces », ces prairies marécageuses
où pullulaient naguère les grenouilles. C’est
là, en contrebas de la route, que se blottit le moulin de
Courbet. Réputé contemporain de la maison forte, il
a fonctionné jusqu’au milieu du xx e siècle,
recevant le seigle et l’orge des villages environnants :
Coucouron, Issanlas, Mézeyrac… Le meunier se rémunérait
en gardant un dixième de la farine produite.

Maquette
du mécanisme du moulin
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La
Langougnole et le moulin de Courbet
Le moulin possédait une meule pour la mouture fine et
un « plumadou », meule tronconique pour la
production d’orge perlée. Dans les derniers temps,
il était mû par une roue à augets horizontale
qu’actionnait l’eau amenée du ruisseau par une
béalière et stockée dans un bassin derrière
le moulin, en contre-haut.
Il ne reste aujourd’hui que de modestes vestiges de l’ancienne
machinerie. Par chance, le dernier meunier, aujourd’hui décédé,
avait confectionné une maquette précise du mécanisme
qui permet d’en mieux comprendre le fonctionnement et peut être
une aide précieuse pour sa restauration.
À la fin de la visite, M. Enjolras nous expose les grandes
lignes du projet porté par la communauté de communes Entre
Loire et Allier, regroupant les huit communes du canton de Coucouron.
Il s’agit de créer un espace pédagogique et patrimonial
autour du moulin et de remettre ce dernier en état de fonctionner
(cf. notre bulletin n° 4). L’étude de faisabilité réalisée
par le cabinet Médiéval prévoit à terme
6 000 visiteurs par an. Tout cela, bien sûr, après le
rachat du moulin à la famille Bertrand.
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La chapelle Saint-Clair
Par
beau temps, dix minutes de marche sur un chemin forestier, que
l’on
devine attrayant, doivent suffire pour aller du moulin de Courbet à la
chapelle Saint-Clair. Mais la crainte d’une averse nous fait
choisir la solution prudente et banale d’un long détour
en voiture.
La chapelle Saint-Clair, commune d’Issanlas, nous est
présentée
par Bernadette Enjolras, qui ne peut s’appuyer que sur une
documentation limitée, un incendie à la cure de Coucouron
ayant détruit de précieuses archives il y a un siècle.
L’édifice actuel, isolé à l’orée
des bois, est construit à l’emplacement d’un sanctuaire païen, à proximité de
voies romaines passant par Pradelles et Le Pal.
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La
chapelle Saint-Clair avant restauration
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C’est un cube de granite
d’allure massive et de dimensions modestes. Une restauration
récente a été l’occasion de remplacer
l’ancien toit couvert d’herbe par une couverture neuve
de tuiles rouges qui nous a paru quelque peu incongrue. À l’intérieur,
posée devant l’autel, une statue de bois polychrome,
probablement du XVIIIe siècle, représente
le saint vénéré en ce lieu, que l’on
invoque pour les problèmes de vue et dont le culte est lié à la
présence d’une source, réputée efficace
dans ce domaine et située à deux cents mètres
au sud, en bordure d’une « narce ».
La tradition rapporte que saint Clair était un berger et que sa
sépulture est ici, sous la croix en face de la chapelle.
Dépendant jadis de l’abbaye de Mazan, cette chapelle
est aujourd’hui le lieu d’un pèlerinage très populaire,
le quatrième dimanche de juin.
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À l’issue d’une matinée bien remplie
et heureusement sans pluie, nous remercions nos hôtes pour
leur accueil amical et nous apprêtons à rejoindre
une maison qui nous est devenue familière. Au Chaussadis,
Marie et Paul Bousquet et leur famille reçoivent notre nombreuse
troupe avec leur gentillesse habituelle. L’herbe de la prairie
est encore bien mouillée ; c’est donc dans la
grande salle qui fut jadis étable qu’ils nous servent
l’apéritif et que nous prenons ensuite nos quartiers
pour un pique-nique très convivial. Viendra ensuite le temps
de monter dans la grange pour
écouter l'exposé, largement illustré, de Michel Rouvière
sur "Décors et symboles
sur les maisons rurales".
Pierre COURT
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