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GRAS - SAINT-REMÈZE
(6 novembre 2008)

Le village de Gras

La pluie était au rendez-vous mais n’avait pas découragé une bonne trentaine d’adhérents présents au moment de l’accueil dans l’ancienne école du village. Après les souhaits de bienvenue de Florent Peyret, secrétaire de l’association des Enfants et Amis de Gras, Jean-Paul Croizier, maire et président de la communauté de communes DRAGA1, fit une rapide description de sa commune (vaste territoire de 5 600 hectares, population de 500 habitants, plusieurs hameaux, plusieurs édifices religieux) et présenta ensuite un dossier en cours pour la restauration des ruelles du village ; Cécile Madier, représentante des Chantiers de l’Argadem2, nous présenta cette jeune association d’insertion, spécialisée dans le bâti traditionnel, qui vient de terminer son premier chantier (enduits des façades et fresque intérieure de la mairie de Gras réalisés avec des matériaux naturels) ; s’appuyant sur une économie « sociale et solidaire », l’avenir semble prometteur pour cette association qui a déjà d’autres chantiers en vue (Lagorce, Châteauneuf-du-Pape).

Le village de Gras

Le village de Gras

Le groupe visita ensuite, au cœur du village, l’église paroissiale Notre-Dame de l’Assomption qui a été reconstruite au XVIIe siècle. De l’édifice précédent, N.-D. du Ranc, provient probablement l’archivolte du portail décorée de bâtons rompus, tout à fait de même facture que celle de la chapelle N.-D. des Pommiers de Ruoms. De part et d’autre, deux angelots, dont l’un tient un phylactère.

Gras : Portail de l'église paroissiale

Gras - église paroissiale

L’église est à nef unique, prolongée par une abside à trois pans. À l’intérieur, nous avons remarqué un ensemble important de peintures murales, sans doute du XIXe siècle, qui nous a paru mériter intérêt.

Après cette rapide visite, nous nous sommes acheminés jusqu’à la chapelle romane Saint-Blaise, parfaitement restaurée ; M. Peyret en rappela l’historique dans lequel son association et la Société de Sauvegarde ont été étroitement liées3 ; il mentionna aussi les visites de notre Société en 1964, 1969 et en 1987 (avec l’association des Ardéchois à Paris). Entourée d’un cimetière, on a pu penser que Saint-Blaise avait été construite pour suppléer dans le rôle de chapelle cimétériale N.-D. du Ranc qui était construite, comme son nom le laisse deviner, à même le rocher en haut du village. Une extrême simplicité marque l’intérieur, avec une voûte en berceau que rien ne sépare des murs nus qui la prolongent. Mais l’harmonie des lignes et la justesse des proportions suffisent à faire de cet édifice rustique un petit chef d’œuvre.

Tout un ensemble d’ouvertures se remarquent dans la voûte. Des vases acoustiques destinés à améliorer la sonorité de l’édifice, dit-on généralement, mais peut-être servent-ils aussi de drains pour lutter contre l’humidité du lieu.

Signalons enfin que l’église paroissiale et la chapelle Saint-Blaise sont toutes deux inscrites à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques.

Voir une présentation détaillée de la chapelle Saint-Blaise sur le présent site.

Église et hameau de Saint-Vincent

Arrêt rapide au hameau de Saint-Vincent, commune de Gras, sur la route de Saint-Remèze, pour visiter son église. Celle-ci reste en grande partie romane et fait partie des églises de type dit « bénédictin » ou encore en forme de croix latine. À l’extérieur, le chevet formé d’une abside centrale et de deux absidioles semi-circulaires, comme à Larnas par exemple, est malheureusement en partie masqué par une énorme sacristie du XIXe siècle. À l’intérieur, on retrouve bien le plan cruciforme avec une courte nef de deux travées voûtée en berceau, de grande élévation, un petit transept et les trois absides, basses, voûtées en cul-de-four. Deux chapelles latérales ouvertes sur la nef et sur les bras du transept ont été ajoutées au XIXe siècle.

Gras - Église Saint-Vincent : le chevet

Gras - église Saint-Vincent : le chevet

Gras - Église Saint-Vincent : la nef

Gras - église Saint-Vincent : la nef

L’ancienneté du lieu est confirmée par l’édification d’une église primitive en l’honneur de saint Vincent, « in villa quae dicitur Grasco » par un nommé Gombertus (citation dans la charta vetus).

L’église Saint-Vincent de Gras se situe dans la mouvance de christianisation précoce de la vallée du Rhône et de ses abords, comme les églises de Saint-André-de-Mitroys (commune de Saint-Montan), Notre-Dame de Mélinas (commune de Saint-Just d’Ardèche) ou Saint-Etienne-de-Dions (commune de Saint-Marcel d’Ardèche) ; édifiées au cœur d’un habitat dispersé, dans la continuité de domaines gallo-romains, ces églises primitives, antérieures au Xe siècle, ont pour particularité de se trouver géographiquement à l’écart des villages qui allaient se constituer.

Saint-Remèze

L’accueil fut chaleureux en mairie de Saint-Remèze où nous attendaient plusieurs conseillers municipaux réunis autour de leur maire, Paul Lavie ; après les échanges de circonstance, un apéritif garni et le repas tiré du sac pris dans une salle mise à disposition, Michel Raimbault, conseiller municipal et guide avisé, nous fit les commentaires appropriés tout au long de la visite du village.

L’église paroissiale date de la seconde moitié du XIXe siècle ; composée de trois nefs et surmontée d’un clocher à flèche, l’édifice est vaste et ressemble à la plupart des églises construites dans cette période de forte croissance de population. À l’intérieur, deux bénitiers et le bas–relief du maître-autel proviennent de l’église précédente, édifiée sur le même emplacement ; le bas-relief représente le baptême de Clovis par l’évêque Remi de Reims, en rapport avec le vocable saint Remi attribué à l’église. La tradition voudrait qu’une première église ait été construite en ce lieu et dédiée au célèbre évêque de Reims en raison de la présence de l’ermite Montan venu chercher un temps la solitude dans la vallée du Rhône ; ce dernier, qui a donné son nom au village voisin de Saint-Montan, serait le confesseur qui avait prédit l’illustre naissance à Célinie et Emile, famille princière de Laon (Aisne).

église de Saint-Remèze -  Devant d'autel : Baptême de Clovis par saint Remi

église de Saint-Remèze - Baptême de Clovis par saint Remi

Laissons de côté ce récit qui, en l’état de nos connaissances, mêle histoire et légende pour nous intéresser au vocable saint Remi ; en 877, une église existait en ce lieu, l’empereur Charles le Chauve confirmant à l’évêque de Viviers l’« ecclesia sancti remigii ». À cette date, remigii est le nom latin du célèbre évêque de Reims (v.437 – v. 530) ; si la francisation de ce patronyme très ancien a été Remi (et non Rémi), la langue d’oc en fit Remézy (nom en usage jusqu’au XIXe siècle – la ville de Toulouse a une rue Saint Remésy) et enfin Remèze.

Le vitrail central représente, comme le bas-relief de l’autel, le baptême de Clovis ; au bas se trouve l’inscription : « LA PAROISSE ST REMEZE A ST REMI XIVe CENTENAIRE ». Ce quatorzième centenaire correspond à la date anniversaire de 1897, l’année 497 étant alors considérée comme date du baptême de Clovis (aujourd’hui, les historiens sont partagés entre les années 496 et 498) ; la réalisation de ce vitrail est liée à cet anniversaire pour lequel la ville de Reims organisa de grandes fêtes auxquelles participa une délégation de Saint-Remèze. Les vitraux latéraux représentent, d’un côté Jeanne d’Arc et de l’autre saint Hilaire et saint Clément.

La montée dans le clocher fait apparaître la nécessité d’effectuer quelques travaux d’entretien et de sécurisation.

À proximité de l’église, côté sud, se trouve un ensemble de bâtiments à trois niveaux formant « le château »4. La partie qui paraît la plus ancienne – arêtes d’angles avec pierres à bossage (fin XIIe , XIIIe siècle) – a pu être un donjon et servir de logis seigneurial ; les autres parties, plus récentes, sont desservies par un bel escalier en pierres à double volée. Plusieurs propriétaires, certains n’habitent pas les lieux, se partagent l’ensemble de la bâtisse qui pourrait faire l’objet d’une réhabilitation, voire d’une restauration souhaitée par la municipalité.

Saint-Remèze - Le château

Saint-Remèze - Le "château"

Saint-Remèze : Fontaine devant le château

Fontaine devant le "château"

À l’est du village, à l’emplacement de la porte ouvrant en direction de Bourg-Saint-Andéol, sont encastrés dans la façade d’une maison les restes d’un pilier avec départ d’arc et des pierres de remploi ; entrelacs carolingiens pour l’une et pierre gravée millésimée (1551 ou 1558) pour une autre, avec une inscription en langue d’oc.

Saint-Remèze - Le ruisseau

Saint-Remèze - Le ruisseau. Remarquer les escaliers conduisant aux jardins et, au fond, le lavoir

Après avoir rejoint le vestibule de la mairie, M. Raimbault nous présenta une borne de limite récemment découverte sur le territoire communal ; le symbole gravé sur l’une des faces pourrait être une croix de Malte (les Hospitaliers de Saint-Jean de Trignan furent longtemps propriétaires dans le voisinage). Nous avons parcouru ensuite la rue Basse pour nous rendre jusqu’au ruisseau qui alimente la « pompette » et le lavoir. Notons au passage les belles fontaines installées après l’épidémie de choléra des années 1883-1884 qui avait durement touché la population.

Le grand lavoir communal, en bordure du ruisseau, les murs en pierres sèches soutenant les jardins et les escaliers permettant d’y accéder forment un bel ensemble de patrimoine rural à mettre en valeur ; là aussi, la municipalité est décidée à agir. Par ailleurs, la commune possède des terrains en terrasses aménagées (les faysses) au quartier des Costes mais la visite ne put se faire, étant donné l’heure tardive et la météo défavorable ce jour-là.

Saint-Remèze - La 'pompette'

Saint-Remèze - La "pompette".

Saint-Remèze - Le lavoir

Saint-Remèze - Le lavoir.

En dépit d’un temps capricieux, cette journée a été bénéfique pour tous ; les rencontres et les contacts pris entre les membres des associations présentes et les élus municipaux – la Sauvegarde se rendait à Saint-Remèze pour la première fois – devraient contribuer à plus d’efficacité dans l’établissement et le suivi de nouveaux dossiers présentés par les deux communes visitées. De telles sorties, dans lesquelles la Société de Sauvegarde peut se faire (mieux) connaître, sont à renouveler.

Alain Fambon

(en collaboration avec P. Bousquet pour les églises de Gras).
Voir aussi à ce sujet le DVD « Églises romanes en Ardèche »

Notes