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LABEAUME
Découverte
du Plateau - Hameau de Chapias
(20 avril 2006)
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Ce jeudi 20 avril, par une belle journée ensoleillée,
la Société de Sauvegarde est accueillie par l’association Dolmens
et Patrimoine de Labeaume.* Près de 70 participants étaient
invités à découvrir quelques « curiosités » du
plateau de Labeaume sous la conduite de Paul Dupland, président,
et de Claude Rigollot, vice-président, ainsi que le hameau de Chapias
sous la conduite de Jean-Claude Fialon, membre de l’association.
* On pourra trouver sur le présent
site une présentation de cette association. |
| Le
matin, nous sommes chaleureusement accueillis par M. et Mme Chalivet
dans leur belle propriété haut perchée
sur le plateau. Leur demeure est un bel exemple de ces robustes
et imposantes maisons de pierre bâties à l’époque
où la sériciculture, ou élevage du ver à soie,
constituait l’une des principales activités
du Bas-Vivarais. À l’intérieur, on lit
une date gravée sur une colonne en pierre : 1826.
Un bel escalier, une vaste cheminée, une rosace au
plafond, tout cela travaillé dans la pierre, témoignent
du savoir-faire des bâtisseurs. À l’extérieur,
M. et Mme Chalivet nous font découvrir
l’ingéniosité dont
ont dû faire preuve les anciens pour recueillir l’eau
de pluie indispensable aux hommes, aux animaux et aux cultures.
Dirigée grâce à la pente du rocher (impluvium)
vers un vaste puits-citerne aménagé dans
une faille, l’eau était ensuite déversée
grâce à un réseau de rigoles taillées
dans la pierre dans des petits bassins de puisage appelés ‘’gourgues’’ judicieusement
répartis dans l’ancien jardin édifié sur
une dalle. Paul Chalivet estime à plus de 90 m3 sa
réserve d’eau. |

Sur le plateau de Labeaume, la maison de M. et Mme Chalivet
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Impluvium
On choisissait une grande surface de rocher légèrement
en pente pour recueillir l'eau de pluie que l'on conduisait
vers une citerne souterraine. |

(Propriété Chalivet) |

Une
gourgue (Propriété Chalivet)
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Quelques
centaines de mètres à pied au-delà nous
permettent ensuite d’apprécier le formidable
travail et l’énergie développés
par les anciens paysans du lieu pour libérer
quelques arpents de terres cultivables, n’hésitant
pas à ‘’casser du rocher’’ avant
d’accumuler d’impressionnants tas de
pierres ou ‘’clapas’’ en
forme de murs et de tours aux contours réguliers
: manifestement, on a eu le souci du beau dans ce
pénible travail d’épierrement.
Au cours de nos déplacements sur la propriété,
nous empruntons des escaliers en pierre bâtis ça
et là, et remarquons un plumadou. Il
s’agit d’un moulin formé d’une
meule tronconique en pierre qui roulait dans une
cuve circulaire, destiné à « plumer »,
c’est-à-dire à enlever l’enveloppe
des céréales, en particulier de l’orge.
Plus tard on s’en servit pour écraser
les olives. Autant de témoignages d’un
passé à jamais révolu !
Pendant la visite, Paul Dupland et Claude Rigollot
nous donnent quelques indications sur la géologie
des lieux à propos de la karstification des
calcaires du plateau.
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Bande de terre cultivable récupérée en brisant la roche
et, à droite, le mur d'épierrement de plusieurs dizaines
de mètres de longueur, formé par les pierres résultant
de ce dérochement.
(Propriété Chalivet)
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Un plumadou
(Propriété Chalivet) |

Une
partie du groupe écoutant attentivement Claude
Rigollot qui nous explique les particularités d'ordre géologique
du plateau de Labeaume |
| Cette
enrichissante matinée prend fin avec un rafraîchissement
très apprécié, offert par nos
hôtes que nous remercions pour leur chaleureux
accueil. |
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Nous
gagnons ensuite le mas de l’Abeille où nous
prenons notre repas tiré du sac. C’est aussi
l’occasion
de visiter cette demeure remarquable à la fois par
son architecture et par l’histoire qu’elle évoque.
L’Abeille était une importante exploitation
agricole aux multiples bâtiments et dont l’existence
remonterait d’avant le XVe siècle. Elle connut
une intense activité pendant la grande époque
de la sériciculture, mais on cultivait aussi la
vigne, l’olivier, le figuier, les céréales… Elle
possédait quatre aires de battage. On y pratiqua
aussi l’élevage de moutons et de chèvres.
Depuis 1962, elle est la propriété d’une
chorale parisienne, les Petits Chanteurs de saint Louis,
qui viennent régulièrement y séjourner.
Le
mas de l'Abeille, sur le plateau de Labeaume
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Après la pause-repas,
nous prenons la direction du Serre du Pigeonnier, site
de la plus grande nécropole dolménique du
plateau de Labeaume (32 dolmens à ce jour répertoriés).
Un petit parcours sous la conduite de Paul et de Claude
permet d’en découvrir quelques uns (parfois
fort dégradés !). Vieux de près
de 4500 ans, ces mégalithes sont des chambres funéraires
collectives du type caussenard. Chacun est constitué d’une
chambre rectangulaire limitée par quatre dalles :
une dalle de couverture reposant sur trois dalles verticales,
dalle de chevet et dalles latérales, et une dalle
de fermeture. Cet ensemble était enseveli sous un
tumulus circulaire formé de matériaux pierreux
bien souvent disparu pour des causes diverses. |
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| Dolmens
de la nécropole de
l'Abeille |
Longtemps
ignorés et négligés
par la population, quand ce n’est pas détruits,
ces monuments ont fait l’objet à la fin
du XIXe siècle des premières études
sérieuses dont il reste peu de traces écrites.
Il faut attendre les années 1960 et au-delà pour
que le docteur Lafforgue et son équipe, avec
la participation de quelques habitants du pays, entreprennent
l’étude et le recensement des dolmens
du plateau (à ce jour, 138 dolmens ont été recensés
sur la commune, ce qui semble constituer un record).
Les fouilles ont livré des restes d’objets
manufacturés tels que des éléments
de parure, des objets personnels ou des objets liés
plus spécialement aux rites funéraires.
Certains de ces objets sont exposés au Musée
de la Préhistoire à Orgnac-l’Aven.
C.
Rigollot présente un dolmen dont subsiste une
partie du tumulus
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Nous gagnons ensuite Chapias où nous sommes accueillis
par Jean-Claude Fialon qui sera notre guide dans ce hameau
dont quatre sites ont marqué l’histoire : la
maison des abbés Sévenier, le rocher des Curés,
l’église, la tour de la Vierge.
Nous commençons par la visite de l’église
placée sous le vocable de Notre-Dame de Délivrance
et où Jean-Claude nous raconte l’histoire, pleine
de ‘‘suspense’’, des abbés
Sévenier, l’oncle et le neveu, prêtres à Valgorge
lorsqu’éclate la Révolution française.
Ayant refusé de prêter serment à la Constitution
civile du clergé, les deux prêtres, recherchés
par les soldats républicains, furent contraints de
se cacher à Chapias pendant plusieurs années,
se réfugiant dans un rocher creux situé à quelques
centaines de mètres du hameau lorsque leur vie était
menacée. Dans ces moments difficiles, ils étaient
ravitaillés par les habitants qui leur passaient des
vivres par une ouverture naturelle dans le rocher. En définitive,
malgré plusieurs chaudes alertes, ils échappèrent à la
mort. Ayant fait le vœu de bâtir une chapelle
s’ils avaient la vie sauve, ils tinrent parole et,
en 1814, eut lieu la messe inaugurale au cours de laquelle
un miracle survint. À la suite de cet événement,
un pèlerinage s’instaura qui attirait chaque
année beaucoup de monde. Les pèlerins empruntaient
un sentier sur le plateau, appelé, depuis, ‘‘le
sentier des pèlerins’’. |
| Jean-Claude nous décrit
ensuite les différentes phases de la construction
de la chapelle et de l’église, commentant
avec érudition les tableaux, les statues, les vitraux,
l’autel. Dans le hameau, il nous montre la maison
familiale des abbés, puis nous conduit au fameux
rocher des Curés où certains d’entre-nous
n’hésitent pas à tester le confort
des lieux… pendant quelques minutes ! En fait,
le rocher n’est qu’une partie d’un ensemble
karstique tout à fait intéressant par ses
formes étranges, résultat de l’action
de l’eau sur la roche calcaire. Pendant notre périple,
nous apercevons à quelques centaines de mètres
de là, la tour surmontée d’une statue
de la Vierge portant l’enfant Jésus dans ses
bras. Cette tour, que l’on peut visiter en gravissant
une cinquantaine de marches, fut bâtie en 1884 sur
le point le plus élevé de la commune et domine
une vingtaine de clochers à la ronde. |

Chapias
- Le
"rocher des curés"
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Cette belle journée
s’achève par la visite d’un ‘’jardin
suspendu’’ accroché à la falaise
de la rivière Beaume. Autrefois, de nombreux jardins
de ce type existaient dans les gorges de la rivière.
Ils sont de nos jours laissés à l’abandon,
rares sont ceux encore accessibles, et il est à parier
que celui que nous visitons ne le soit plus à très
brève échéance. Pour parvenir à celui-ci,
il nous faut descendre prudemment un interminable escalier
fait de marches de hauteurs inégales, aménagé à flanc
de falaise… et qu’il nous faudra remonter
ensuite ! Mais quelle récompense une fois arrivé en
bas !
Grâce à cette promenade-découverte
sur le plateau, ‘’Dolmens et patrimoine’’ a
vivement intéressé les participants à ce
qu’il subsiste des créations des bâtisseurs
d’autrefois. Les richesses du plateau de Labeaume
doivent être préservées, c’est
l’un des objectifs de l’association. Si l’on
n’y prend garde, elles risquent en effet de disparaître,
victimes de leur âge mais aussi de l’indifférence
des hommes. Aussi, devons-nous être reconnaissants
envers M. et Mme Chalivet qui, non seulement ont remarquablement
et courageusement remis en valeur leur propriété pendant
longtemps envahie par une végétation sauvage,
mais aussi nous en font profiter.
Il faut remercier également notre ami Michel Rouvière
pour ses explications toujours judicieuses qui nous ont
accompagnés durant toute cette journée.
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| Quelques
images supplémentaires (Cliquer
sur les vignettes) |
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N.B.
Toutes les photographies de dolmens sont de Jean-Pierre
Huyon, membre de l'association Dolmens
et Patrimoine de Labeaume. C'est cette dernière qui, entre
autres activités, recense et assure la protection
et la mise en valeur des dolmens du plateau, dont
138 ont été identifiés à ce jour. |
Texte : Claude Rigollot, Jean-Pierre
Huyon
Photos : Paul Bousquet, Jean-Pierre Huyon
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