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ÉGLISE DE LARGENTIÈRE

Le château de Largentière, avec un exposé détaillé de son histoire, fait l'objet d'une autre page.

 

Les toits de Largentière et le clocher

L'ÉGLISE DE LARGENTIÈRE

Alors que les orages se déchainent à nouveau, c'est la trés vaste église de Largentière qui accueille les participants. M. Robert Saint-Jean au cours d'un exposé passionnant va présenter cet édifice.

Il est fait mention d'une église ou chapelle à Largentière à la fin du XIle siècle. Église certainement trés modeste au départ, mais qui va être reprise et construite sur des dimensions imposantes : église à trois nefs commencée certainement à la fin du XIIe.
Deux documents mentionnent l'église Beata Maria de Pomeriis.

Façade occidentale de l'église de Largentièr

Façade occidentale de l'église de Largentière

La légende veut que l'église était primitivement prévue sur la colline de Fanjau à l'emplacement présumé d'un temple paîen : chaque jour les outils se trouvaient miraculeusement transportés à l'emplacement actuel de l'église sous un pommier. Mais il semble plus probable que Pommier vient de pomoerium :espace consacré autour des remparts sur lequel il etait interdit de bâtir. Or l'église est adossée aux remparts et a fait partie de l'enceinte fortifiée.
Le début du XIIIe siècle (vers 12IO-1214) est une période décisive pour le devenir de la province du Languedoc ; se succèdent en effet la croisade contre les Albigeois, la dépossession des comtes de Toulouse et la prééminence des évêques de Viviers.
Nous trouvons dans cette église beaucoup de détails et de réminiscences romanes : si vous observez les piliers à droite et à gauche du chœur, les chapiteaux sont des chapiteaux romans : feuilles d'acanthe plus ou moins transformées, piliers posés sur des soubassements carrés.

Angle nord-est de l'église

Angle nord-est de l'église

Mais nous sommes à une période où le comte de Toulouse va être dépossédé de tous ses fiefs (traité de Paris 1229), remplacé par la main-mise du pouvoir capétien sur les mines de Largentière et un peu plus tard sur tout le Vivarais.

L'art gothique arrive avec les Capétiens, car l'art gothique est un art d'importation et on va modifier la construction de l'église, non pas dans son plan, mais dans son architecture : croisées d'ogives au lieu de voûtes romanes chapiteaux caratéristiques de la première période gothique.
Mais cependant on a conservé dans cette église la tradition romane : pas de fenêtres, pas de vitraux. On a terminé cette église avec des voûtes à croisées d'ogives mais dans la tradition méridionale des églises assez obscures. De plus, il faut noter que ce monument a été construit à une époque particulièrement troublée et les questions de sécurité étaient primordiales.
Cette église, dès le plan primitif, était prévue à trois nefs, or il ne s'agit pas d'une église monastique, mais d'une simple église paroissiale ; il faut voir dans ce projet ambitieux la volonté de faire état de la richesse de celui qui fait construire ce monument : Largentière est riche de ses mines d'argent ; ses possesseurs, comte de Toulouse, évêque de Viviers, consuls, veulent que ce monument symbolise la richesse de la cité.

Portail méridional


Portail méridional

Sculptures à la base des voussures du portail
Sculptures à la base des voussures du portail

Ce monument évoque donc la période transitoire entre deux souverainetés : les Capétiens succédant aux comtes de Toulouse et l'art gothique remplaçant le roman. Les clés de voûte en sont un témoignage : celle du chœur est marquée du blason du comte de Toulouse, donc nous sommes avant 1229, tandis que sur la clé de voûte de la nef latérale nord se trouve le blason de France : écusson de saint Louis semé de trois fleurs de lys, blason ancien, armoiries des premiers Capétiens ; cette travée a donc été édifiée quelques années aprés la précédente.
Il semble donc que la construction de ce monument ait été rapide, commencée sans doute dans les dernières années du XIIe siècle, elle a été terminée vers 1240-1250.

Chaire de 1490

Chaire de 1490

Il y eu certaines adjonctions plus ou moins heureuses au cours des siècles ; les deux chapelles placées au fond des deux nefs latérales auraient été construites en 1307 par l'évêque Louis de Poitiers ; la chapelle de la Sainte Vierge a été fondée en 1519 par Pierre Allamel ; les deux chapelles nord sont du XIXe siècle. La flèche gothique date de 1868 ; elle a remplacé la tour carrée de l'ancien clocher, lequel avait lui-même remplacé le clocher primitif formé d'un mur percé de trois arcades. M. le curé Léorat (curé de Largentière de 1848 à 1877) a aussi fait ouvrir la grande porte ouest et construire la tribune.
Mais ces adjonctions ne modifient guère le plan primitif de l'édifice qui nous est pratiquement « livré » tel qu'au XIIIe siècle les architectes l'avaient conçu. En effet beaucoup d'églises de cette époque ont eu à souffrir des guerres de Religion, mais celle-ci a été épargnée ; en 1562 les protestants ont incendié et détruit le riche couvent des Cordeliers situé à 200 mètres de l'église et cela suffit à marquer leur pouvoir.
Il faut noter encore le sarcophage qui se trouve au fond de l'église : découvert en 1953 dans le cimetière actuel, sur l'emplacement du couvent des Cordeliers, il semble contemporain de la création de ce couvent sans doute au XIIIe siècle.
Pour terminer, j'attire votre attention sur la chaire de cette église provenant du couvent des Cordeliers ; une inscription en langue romane situe parfaitement son ancienneté , en voici la traduction : « l'an 1490 et le V octobre moi Pierre Garnier de Coulens ai donné cette chaire au couvent des Frères Mineurs de Largentière  ».

Cet exposé magistral fut trés applaudi et permet d'avoir une idée précise de l'ancienneté de ce monument.

Plan de l'église

Plan affiché dans l'église

Compte rendu d'une visite de la Société de Sauvegarde (1988)