| Ancienne
église Saint-Jean-Baptiste de Meysse |
Sorties-conférences
- 6
mai 1972
- 22 octobre 1988
- 21 novembre 2004 |
Visite
du 6 mai 1972
[...] La journée
va se poursuivre par une visite à la vieille église
de Meysse , perdue dans le dédale des ruelles du
vieux village en contrebas de la digue qui contient les
débordements
du Lavezon .
Cette église, fort dégradée,
récemment
inscrite à l’inventaire des Monuments
Historiques est en instance de restauration ; c'est
M. Robert SAINT-JEAN qui veut bien nous la présenter
:
Le territoire
de Meysse était, aux premiers siècles
de notre ère, traversé par la voie d’Antonin-le-Pieux,
sans toutefois que l’on puisse affirmer
qu'il y ait eu ici un établissement dès l'époque
Gallo-Romaine. La voie romaine passait non loin de la
vieille église, ainsi qu’en témoignait
un milliaire d'Antonin qui se trouvait jusqu’en
1910 près de l’ancien cimetière au
centre du vieux village. Ce milliaire marquait le
XIIe mille depuis Alba (il est aujourd'hui conservé dans
la collection Vallentin du Cheylard , à Montélimar
)
Meysse apparaît
dans l'histoire sous le nom de Mixano dès
le VIIe siècle. La Charta Vetus nous
apprend que l’évêque de Viviers, Ardulphe,
donna à la
mense épiscopale les lieux de Meysse, de Licau,
de Chenavari et de Lafare, ce dernier avec l’église
Saint-Laurent. Il ne semble pas, d'après ce texte
qu’il y eût alors une église à Meysse ;
la seule église de tout le territoire concédé était
celle de Saint-Laurent de Lafare (près de Rochemaure).
La fondation de Saint-Jean de Meysse dut se situer entre
le VIIe et le Xe siècle. Mais
les textes sont rares et leur interprétation aléatoire.
Au
Xe siècle, l’église
et ses revenus furent - comme bien d’autres - usurpés
par une famille féodale et, vers 1020, un certain Géraud,
père d’Armand, évêque de Viviers,
en fit restitution sous forme d’une donation à l'abbaye
de Cluny en réservant
la moitié de l’usufruit à son épouse et à leur
fils Armand leur vie durant, le tout devant revenir aux moines de Cluny
après leur mort « .
. .si personne ne s’y oppose »(sic). Mais
si, ajoute prudemment la donation, comme quelques-uns l'affirment
, elle est de l'alleu (propriété) de Saint-Vincent
(Évêché de Viviers), que
les moines de Cluny reçoivent en échange
l'église de Saint-Vincent qui est sur le territoire
de la Villa Artenica (c’est-à-dire Saint-Vincent-de-Barrès.)
Les
chanoines de Viviers ne manquèrent pas de
protester et firent valoir la donation d'Ardulphe : Saint-Jean
de Meysse revint à l’évêché de
Viviers et les moines de Cluny reçurent en compensation
Saint-Vincent-de-Barrès.
Peu de temps après, à la
fin du XIe siècle,
l’ évêque de Viviers donna Meysse à l’abbaye
de Cruas qui y établit
un prieuré de quelque importance dont le titulaire était
le camérier
de l’Abbaye, percevant les dîmes. La cure était
administrée
par un curé à portion congrue qui touchait,
au XVIe siècle, 20 livres tournois
et 14 cestiers de grain, moitié froment, moitié seigle,
plus quatre mesures sur la dîme du vin.
L’église,
bâtie par les moines de
Cruas, eut à souffrir des premières guerres
civiles ; en 1583, le visiteur épiscopal,
Nicolas de Vesc, la trouve "rompue et sans porte" ;
elle sera une première fois restaurée au
début du XVIIe siècle. Devenue
insuffisante au XVIIIe siècle, elle sera
alors pourvue d'une lourde et disgracieuse tribune établie
sur voûtes d’arêtes, qui la coupera
fâcheusement en deux : c’est cette tribune
qui a été récemment supprimée,
restituant ainsi aux trois nefs romanes leur volume initial.
À l'exception de l'abside dont
le petit appareil est grossier (mélange de basalte et de calcaire), la
construction est soignée : au XIe siècle, elle mêle
habilement la pierre de Cruas et une scorie volcanique de teinte rouge,
réservée aux arcs et aux piliers. Au XIIe siècle,
l'appareil régulier, à joints minces, est exclusivement composé de pierre
de Cruas.
Une étude attentive du monument, de
son appareil et de ses voûtes, permet de distinguer trois phases
dans sa construction, sans exclure l’hypothèse de l’existence
de bases plus anciennes, ce qui reste à vérifier. [...]

Visite
du 22 octobre 1988
Après l'assemblée
générale,
les participants se retrouvent à Meysse devant l'abside
de l'ancienne église que M. Robert Saint-Jean va longuement
présenter. Il s'agit d'un édifice important,
bien maltraité par le temps et par les hommes, mais
qui va bientôt se révéler d'un intérêt
majeur pour l'histoire religieuse du Vivarais : de récentes
découvertes ont permis en effet de mettre au jour
les vestiges d'un baptistère du Haut Moyen-Âge.
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Mentionnée vers 680 dans une donation
faite par Ardulphe, évêque de Viviers, l'église
Saint-Jean-Baptiste de Meysse fut attribuée au début
du XIe siècle à l'abbaye de Cluny, puis à l'abbaye
de Cruas dont elle dépendit jusqu'à la Révolution.
Dévastée pendant les guerres de Religion,
restaurée au début du XVIIe siècle,
elle demeura église paroissiale jusqu'au milieu
du XIXe siècle, époque où elle fut
abandonnée au profit de la nouvelle église édifiée
hors du village médiéval, en bordure de la
route nationale.
En 1969, M. et Mme
Latarche, originaires de Meysse, fondent une association, "Les
Amis de Meysse",
afin de sauver le monument abandonné, envahi par
la végétation et transformé en dépotoir.
Sur les indications fournies par M. Saint-Jean, un dossier
de protection est alors établi, il aboutit en 1971 à une
mesure de classement "Monument historique". De
1972 à 1976, le déblaiement de l'église
est réalisé par les Amis de Meysse, aidés
par de jeunes volontaires. En 1975, les premiers travaux
de consolidation sont entrepris par le Service des Monuments
historiques : couverture refaite, restauration du clocher
et de sa petite chapelle suspendue, reprise des parements
de l'abside et démolition des constructions parasites
qui la masquaient. C'est alors qu'apparurent d'intéressants
indices archéologiques qui témoignaient de
la grande ancienneté du monument. |
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L'église
romane du XIe siècle, avec son
abside d'un diamètre inhabituel, avait été construite
en utilisant en partie les murs en petit appareil d'un édifice
beaucoup plus ancien, remontant probablement au VIe ou VIIe siècle. On pouvait alors observer dans l'abside
les vestiges de larges fenêtres en plein cintre, à clavage
alterné de briques et de pierres, dispositif qu'une
restauration radicale a, depuis, fait disparaître.
Il apparaissait désormais clairement que l'abside
primitive avait été doublée intérieurement à l'époque
romane d'un mur épais creusé de niches, tandis
que la large nef, unique à l'origine, était
divisée en trois vaisseaux afin de permettre son
voûtement.
Quelle était
la destination primitive de ce vénérable
monument ? Ce sont, en 1976, des travaux de consolidation
intérieure qui, éventrant quelques sépultures
médiévales, allaient provoquer une recherche
plus poussée et conduire à une fouille systématique.
Après un sondage de reconnaissance,
dirigé en
1978, par M. Jean-François Reynaud, de l'Université de
Lyon, on découvrit, au centre de l'abside, une piscine
baptismale de forme octogonale. La primitive église
de Meysse était en réalité un baptistère
remontant au Haut Moyen-Âge. En 1988, les fouilles ont
repris et se sont étendues à la nef, dans
le sol de laquelle de nombreuses tombes médiévales
ont été mises au jour, certaines très
anciennes puisque constituées de tegulae romaines.
En revanche, aucune sépulture n'avait été établie à proximité de
la piscine baptismale, ce qui confirme bien la destination
première de l'édifice. Notons en outre que
l'abside primitive présente un plan semi-circulaire
légèrement outrepassé, indice de son
ancienneté.
M. Saint-Jean fait part, pour terminer, des hypothèses émises
par les archéologues au sujet de cette "église
baptismale" située hors d'une cité épiscopale
: sa datation précise, son plan exact, etc..., notions
que la poursuite des fouilles dans les prochaines années
permettra certainement de préciser. Il insiste enfin
sur l'intérêt archéologique de l'édifice
ainsi révélé, car il constitue un
précieux jalon pour l'histoire des débuts
du christianisme dans notre région.

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Visite
du 21 novembre 2004
Nous sommes accueillis à Meysse par Bruno Brian,
Président de l’association Meysse au fil
du temps, ainsi que par Valérie Salvador, archéologue-médiéviste,
qui, avec beaucoup de compétence, va nous présenter
cette église et retracer pour nous les transformations
successives qu’elle a connues au fil des siècles.
Elle a également bien voulu relire le présent
texte et nous faire un certain nombre de remarques pertinentes.
On ne peut atteindre la vieille église Saint-Jean-Baptiste
qu’à pied, car elle se trouve au cœur
de l’ancien village, avec ses ruelles étroites,
sinueuses et ses passages voûtés. Cette difficulté d’accès
a conduit à son abandon au milieu du XIXe siècle
au profit d’un nouvel édifice, construit en
bordure de la route nationale. Définitivement désaffectée
en 1940, elle fut classée monument historique en
1971.
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Depuis
les premiers travaux de déblaiement
réalisés de 1972 à 1976 par une équipe
locale sous la direction de Robert Saint-Jean, plusieurs
campagnes de fouilles et d’étude approfondie
du bâti, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur
du monument, se sont succédé jusqu’en
2000. Ce sont, en 1976, des travaux
de consolidation intérieure
qui, éventrant quelques sépultures médiévales,
allaient provoquer une recherche plus poussée et
conduire à une fouille systématique. Après
un sondage de reconnaissance, dirigé en 1978 par
M. Jean-François Reynaud de l'Université de
Lyon, on découvrit, au centre de l'abside, une piscine
baptismale de forme octogonale. La primitive église
de Meysse était donc en réalité une église
baptismale qui pourrait remonter au Ve ou
VIe siècle. À cette
abside était accolée une nef servant d’Assemblée,
ou synaxe, c’est-à-dire de lieu où les
premiers chrétiens se rassemblaient pour célébrer
l’Eucharistie. C’est une disposition extrêmement
rare, certainement unique dans notre région, puisque
P. A. Février a pu écrire : « il
existe quelques cas en Gaule où un baptistère
a été trouvé associé à une église
qui peut être une simple paroisse de campagne, ainsi
[…] au Brusc près d’Antibes, à Meysse
en Ardèche. » (FÉVRIER P.-A.
in Naissance des Arts chrétiens, p. 63)
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La
piscine baptismale |
À l’extérieur ,
on découvre un imposant chevet comportant une immense
abside, en partie restaurée en 1980, construite
en petit appareil peu régulier, à gros joints
de mortier, surmontée de deux pignons superposés ;
elle est couverte de dalles calcaires. Un élégant
petit clocher à deux étages, dont le premier
seul est roman, est établi sur la nef, au sud-est ; à sa
base se trouve une minuscule chapelle suspendue, d’époque
romane.
La façade occidentale, plate, datant
de la fin du XIIe siècle, est très sobre. Elle
est percée d’une simple porte centrale à archivolte
en plein cintre et d’une baie cintrée à l’étage,
entourée de deux ouvertures rectangulaires.
En pénétrant dans l’église,
on est surpris par son état de délabrement ;
le sol ayant été défoncé lors
des fouilles, des passerelles en bois permettent de parcourir
la nef centrale et d’atteindre le chœur, en
attendant que les travaux de restauration prévus
soient réalisés.
L’édifice est
vaste, constitué d’une
abside et d’une nef principale flanquée de
deux collatéraux, l’ensemble étant à peu
près de plan carré. L’abside de grande
dimension (11 à 12 mètres de diamètre),
voûtée en cul de four, est de plan semi-circulaire
légèrement outrepassé, indice de son
ancienneté. La cuve baptismale, située en
son centre, est de forme octogonale, terminée du
côté ouest par un appendice en queue
d’aronde ; elle est enduite intérieurement
de béton de tuileau. Le niveau du sol primitif,
formé de mortier de tuileau sur radier de galets
de basalte, a été retrouvé sur une
petite surface au sud-ouest de l’abside.
L’intérieur de l’abside paléochrétienne
a été transformé à plusieurs
reprises. Une première campagne, à l’époque
carolingienne, a consisté à en doubler le
mur, de 90 cm d’épaisseur seulement, par une
arcature en tuf formée de cinq arcs sur mur bahut
qui a obstrué les trois anciennes fenêtres
de grande taille. On a mis au jour les bases en basalte
des colonnes qui soutenaient ces arcs. La deuxième
campagne de travaux a eu lieu dans la première moitié du
XIe siècle ; on a alors plaqué à nouveau à l’intérieur
de l’abside un mur de 2,50 ou 3 mètres d’épaisseur,
creusé de sept niches décoratives d’exécution
rustique, typiques du premier art roman. Hautes et étroites,
toutes différentes, elles sont percées de
trois baies romanes très étroites à large ébrasement
extérieur ; l’une d’elles a été reconstituée.
On pense que c’est à cette époque que
la cuve baptismale, devenue inutile depuis l’interdiction
du baptême par immersion, a disparu sous une épaisse
couche d’argile. Elle n’en sera dégagée
que huit siècles plus tard…
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La
façade occidentale

Abside
à niches
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Aux
XIe et XIIe siècles,
l’église est remaniée, la nef unique étant
divisée en une nef principale et deux collatéraux.
Les murs gouttereaux, dont seulement quelques assises au-dessus
des fondations, reconnaissables à leur petit appareil
semblable à celui de l’extérieur de
l’abside, appartiennent à l’église
primitive, ont été doublés intérieurement
par des arcs de décharge latéraux. D’énormes
piliers permirent de diviser la nef initiale en trois vaisseaux.
Ils soutiennent les voûtes en berceau plein cintre
de la première travée orientale de la nef
et des deux bas-côtés. Les puissants arcs
doubleaux ainsi que les arcs de décharge sont en
tuf volcanique rouge. On doit noter également à cette époque
la construction du clocher et de la petite chapelle haute
sur l’extrémité orientale du collatéral
sud. La deuxième travée fut voûtée
plus tard (XIIe siècle), en berceau brisé pour
la nef centrale et en demi-berceau pour les nefs latérales,
le tout en calcaire dur de Cruas.
Un dernier coup d’œil nous permet de remarquer
la polychromie qui atténue la rudesse de cette construction :
alternance du tuf volcanique rouge et marron des arcs des
niches, rouge des puissants arcs doubleaux et des arcs
entre la nef et les collatéraux,
blanc de la pierre de Cruas…
Bibliographie
- SAINT-JEAN Robert, Vivarais Roman, p. 36-37
- Naissance
des Arts chrétiens, Atlas des
monuments paléochrétiens de la France, Paris,
Ministère de la Culture et de la Communication,
Direction du Patrimoine, sous-direction de l’archéologie,
1992.
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