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ÉGLISE DE SAINT-JEAN-DE-POURCHARESSE
    La caravane s'engage maintenant sur la D 207, très belle route sinueuse dominant les profondes vallées qui s'étendent jusqu'aux Vans, pays magnifique et presque désert dont le boisement a malheureusement été ravagé par de récents incendies. On passe du grès au schiste avant d'atteindre le minuscule hameau marquant le centre de la commune de Saint-Jean-de-Pourcharesse avec trois maisons, dont l'une est en cours de restauration, plus le bâtiment - désert - de l'ancienne mairie-école et surtout la très belle église que de récents et coûteux travaux ont sauvé d'un effondrement imminent.

   On réalise mal le déclin de cette communauté qui compte à peine aujourd'hui une quarantaine d'habitants, alors qu'un authentique document de 1675 fait état sur le territoire de la paroisse qui est fort étendu de 120 maisons et de 550 "communiants" répartis en une dizaine de hameaux. La courbe démographique s'infléchit ensuite (en 1880 on dénombre encore 430 habitants) et reste à peu près stationnaire jusqu'en 1914. La saignée de la grande guerre, puis l'exode de familles entières vers le pays minier ont creusé un vide énorme dans la population active qui tombe à 257 en 1924, 152 en 1946 pour en offrir aujourd'hui dix fois moins qu'il y a cent ans.

       
    Il revenait à M. l'Abbé Jouffre de nous retracer l'histoire de cette paroisse jadis très vivante : un premier lieu de culte y fut fondé antérieurement à l'An Mil en même temps que des milliers d'autres églises sous le règne de Charlemagne. On en a la preuve dans la Charta Vetus, recueil constitué vers 950 par Thomas II, évêque de Viviers, qui la mentionne, ainsi que son possesseur en ces termes : " Guitardus tenet ecclesiam Sancti Johanni in Porcaria [...] " . De cette église placée sous le vocable de saint Jean-Baptiste, il ne reste apparemment aucune trace. Qui était ce Guitard ? Un "laïc" par référence à un "Clerc" (homme d'église) ? ou un seigneur de la région ayant, avant le Xe siècle, l'essentiel du pouvoir, la haute et basse justice et même les biens d'église ? avant de "restituer" ceux-ci à leurs diocèses respectifs. Saint-Jean de Pourcharesse ne serait donc pas une fondation monastique, alors qu'on en a la certitude pour les églises de Thines, Payzac, Faugères, Saint-Genest-de-Bauzon et Montselgues.

Église de Saint-Jean-de-Pourcharesse

L'église Saint-Jean-de-Pourcharesse
    Elle dépendait plutôt des seigneurs de Châteauneuf de Randon, en Gévaudan, jusqu'en 1255, date d'un partage de leurs possessions dans le mandement et tènement du "Castrum Parisii" (c'est-à-dire l'actuel "Petit Paris") par lequel les paroisses de Faugères, Payzac, Thines et Pourcharesse échoient au seigneur de Joyeuse.
   En 1464, au lendemain de la guerre de Cent Ans, le roi Louis XI qui a besoin d'argent ordonne aux "États" de province de procéder à une "estime" de tous les biens meubles et immeubles. Elle s'effectue à Saint-Jean de Pourcheresse (sic) le 29 Août l464 en présence du procureur de la.paroisse Guillaume de Trachin ; c'est le premier relevé connu des bases d'imposition. Il en appert que la paroisse est pauvre ; on y mentionne la vigne, le petit bétail, les abeilles et surtout le châtaignier, mais paradoxalement pas les porcs, semblant démentir le terme "porcaritia" (le bon pays des porcs). L'église n'est pas mentionnée, les biens "nobles"' et "paroissiaux" échappant à l'estime fiscale.
  C'est plutôt par les procès-verbaux des visites canoniques que nous sommes renseignés sur l'état du monument assez délabré et démuni : celui de 1675, établi par Messire Guillaume Monge, official de Largentière sous l'épiscopat de Mgr de Suze, nous apprend ainsi qu'il devait déjà présenter l'aspect actuel : même forme extérieure, même abside polygonale, même clocher peigne de type auvergnat. Édifié par une main d'oeuvre locale, avec des matériaux pris sur place, des pierres schisteuses brun grisâtre dont la teinte et l'assemblage diffèrent nettement de l'appareil de grès rouge accentué des églises de Brès et de Faugères. Ce texte, dont de longs extraits nous sont lus par M. l'Abbé Jouffre, nous révèle qu'à cette date, l'église, déjà fort ancienne et très humide, était presque enterrée jusqu'au niveau des fenêtres du côté du septentrion. Les fenêtres étaient sans vitres, les murailles gâtées par l'humidité et la voûte fendue en plusieurs endroits. Suit une longue et minutieuse énumération descriptive du mobilier liturgique qui établit sa pauvreté. Suit encore l'inventaire des "bénéfices" et ressources du prieuré ...
       En conséquence de l'impulsion donnée par Mgr de Suze au redressement spirituel et matériel entrepris dans ce Vivarais jadis déchiré par les guerres civiles dites "de religion", le prêtre et commissaire enquêteur prescrit l'ordre d'urgence des réparations à effectuer pour que l'édifice permette d'assurer dignement sa mission. Afin d'assécher l'église, on la dégagera du côté du septentrion, en établissant un canal d'écoulement des eaux pluviales et une muraille de soutènement des terres, les fenêtres seront vitrées et grillagées, la nef blanchie, la chaire réparée ; il sera fourni un tabernacle doré, un meuble pour ranger les ornements liturgiques qui devront être complétés. Enfin la maison curiale devra être mise en état pour que le sieur prieur puisse y loger décemment.

Église de Saint-Jean-de-Pourcharesse : la façade et le clocher en peigne 
  Le procès verbal de visite de 1714 nous révèle que ces instructions ont été en partie suivies d'effet : il laisse apparaître un enrichissement de la lingerie et de l'argenterie d'église, la mise en place de tableaux et d'une statue en bois doré et mentionne la fondation de deux Confréries dont l'une possède déjà sa bannière. Il est précisé que le campanile a bien ses quatre cloches, mais le couvert destiné à abriter les sonneurs n'a pas été édifié. Cependant le canal d'assèchement a bien été creusé selon les instructions de l675. La maison curiale n'a pas été mise en état et le curé Vaschalde loge dans sa maison maternelle.
Église de Saint-Jean-de-Pourcharesse : le portail Église de Saint-Jean-de-Pourcharesse : intérieur
    Depuis, les désordres dans le gros oeuvre de maçonnerie se sont aggravés. La friabilité du schiste, le délitement du mortier constitué à partir de chaux artisanales de médiocre tenue ont amorcé de nombreuses et profondes fissures compromettant dangereusement la stabilité de l'ensemble. Il était grand temps d'intervenir.
     Alertée par un enfant du pays, M. COUSTET, qui s'est ému de l'état de délabrement de l'église à laquelle il est sentimentalement attaché et a généreusement consenti un substantiel don initial auquel vinrent s'ajouter les contributions de la Société de Sauvegarde de l'Art Français, de l'État, du Département et celle de notre Société de Sauvegarde , cette dernière prit l'initiative des travaux de sauvetage qui furent exécutés sous l'habile direction de M. PICQ, architecte. Son premier souci fut de consolider le gros oeuvre par injection de ciment liquide pour reconstituer avec le sable resté entre les pierres un liant bien plus solide que le mortier initial. Le rejointoiement fut fait avec une telle habileté que les fissures ont disparu et la patine des joints reconstituée. Enfin et surtout la magnifique toiture de lauses, très habilement refaite par un "lauseur" du pays, reste un témoin de type achevé ; il n'y a rien de banal, de "mécanique" dans cet ajustement des lauses, tout y est grâce et harmonie.
    Dernière venue au palmarès déjà éloquent des restaurations déjà effectuées dans notre Département, cette église humble et belle vient d'être sauvée d'un péril imminent ; oubliée et ignorée à l'instar de tant d'autres petites églises de campagne, loin de toute voie de communication, elle a droit au même titre que d'autres, mieux con­ servées et mieux situées, à notre affection et à notre estime.
    Revenons-y en pélerinage, amenons- y des amis en souhaitant que la restauration ne s'arrête pas aux seuls murs extérieurs et à la toiture. Nombre de paroisses de notre Bas-Vivarais ensoleillé ont eu droit à une étude, mais il n'y a encore absolument rien sur celle de St-Jean-de-Pourcharesse ; cette église n'a pas attiré les regards des visiteurs et au fil des ans elle s'est enfoncée sur la voie de l'humilité. Aujourd'hui, la "Sauvegarde" y a remédié ; que les réalisateurs qui ont contribué à l'aboutissement du projet et à la résurrection de cette église en soient vivement remerciés.

     Les collatéraux sont voûtés d’ogives, dont certains arcs retombent sur des culots sculptés. Ici, un ange musicien jouant d’un instrument local, la cabrette, et saint Jean-Baptiste, le patron de l’église, présentant l’agneau divin.

Église de Saint-Jean-de-Pourcharesse : cul-de-lampe représentant un ange musicien

Église de Saint-Jean-de-Pourcharesse : cul-de-lampe représentant saint-Jean-Baptiste montrant l'agneau divin
    Des informations plus complètes sur l'histoire de l'église de Saint-Jean-de-Pourcharesse, avec des extraits des procès-verbaux des visites pastorales, notamment de celle de 1675, sont à lire dans l'article suivant : JOUFFRE J., « Une paroisse oubliée : St-Jean-de-Pourcharesse », Rev. Vivarais, LXXXIX, n°3, 1985.

 

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