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Autrefois en Vivarais... PRADELLES

Notre groupe est accueilli à Pradelles par M. Dominique Béguin, adjoint au maire, chargé notamment du tourisme, dont les commentaires aussi vivants que documentés vont nous permettre de découvrir, au cours d’une visite de plus de deux heures, l’histoire et l’actualité de cette petite cité dont de nombreuses et belles pierres conservent le souvenir d’un riche passé.

Naturellement, M. Béguin commence par nous rappeler que Pradelles, actuellement chef-lieu de canton de la Haute-Loire, se trouvait en Vivarais avant la création des départements, de même que la plupart des communes de son canton. Au dernier recensement, les Pradellains étaient au nombre de 612, au sein de la communauté de communes formée par les cantons de Cayres et de Pradelles qui regroupe 19 communes et un peu plus de 5 000 habitants.

Pradelles : le 'château'

Pradelles - Le « château »

Pradelles - Maison de la famille Vigne

Pradelles - Maison de la famille Vigne

Pradelles était autrefois entourée d’un rempart et le côté nord de la place de la Halle où débute notre visite est encore bordé par un vaste et superbe bâtiment, remanié à l’époque de la Renaissance, qui était inclus dans ce rempart. Cet édifice, appelé quelquefois « le château », était l’officialité, mais également la maison de la famille Boutavin de Mortesagne.
Sur ce bâtiment s’appuyait la grande porte nord, dite aussi « le grand portail » de Pradelles, qui était surmontée d’une tour. Il en subsiste un montant, contre le mur du « château », à l’extrémité duquel on voit encore le départ de la grande arche. Derrière, M. Béguin nous montre la rainure où coulissait la herse, des restes de gonds de la porte et les trous dans lesquels s’encastraient de grandes barres de bois, permettant de « barrer » la porte.

La grande place qui s’étend à l’extérieur des remparts était le « foirail », là où se tenaient les foires, qui furent longtemps très importantes à Pradelles.
À l’angle nord-ouest du Foirail débouche actuellement la rue Haute, qui était le chemin venant du Puy. Pradelles se trouvait en effet sur la grande route des pèlerinages du Puy à Saint-Gilles-du-Gard, itinéraire dit aussi souvent « chemin de Regordane », bien qu’au sens strict, le chemin de Regordane ne soit attesté sous ce nom qu’entre Alès et Luc. (cf. GIRAULT (Marcel), Le chemin de Regordane, Nîmes, Lacour/colporteur, 1988.)
Arrivant là, les voyageurs pouvaient, soit entrer en ville, par le grand portail, soit contourner les remparts par un chemin périphérique, l’actuelle rue de l’Entressac.
Nous voici maintenant place de la Halle, devant la très belle façade sud du « château », datant du XVIe siècle, dont nous remarquons en particulier les encadrements de fenêtres moulurés. La halle, quant à elle, a complètement disparu. Démontée en 1939 pour refaire la toiture, travaux qui n’ont pas été réalisés du fait des circonstances, elle s’est peu à peu détériorée et a été définitivement démontée vers 1960. Un projet de reconstruction existe, mais ne fait pas l’unanimité en raison de son coût élevé.
Sur la même place, nous voyons aussi la très belle maison de la famille Vigne, avec une fenêtre également entourée d’un somptueux décor mouluré. M. Béguin attire notre attention sur un écusson portant les initiales des propriétaires, un « A » surmonté d’une barre et un « V », pour « Antoine Vigne », ainsi qu’une feuille de vigne et une grappe de raisin… des « armes parlantes » en quelque sorte. Enfin, sur le côté de cette même maison, notre guide nous montre deux embrasures, toujours du XVIe siècle, taillées en biais pour permettre aux occupants d’avoir vue sur la place.

Pradelles : fenêtre entourée d'un décor mouluré
Pradelles : Détail de la façade de la maison de la famille Vigne

Détail de la façade de la maison de la famille Vigne

La présentation de ces très belles constructions du XVIe siècle donne à M. Béguin l’occasion de nous indiquer quelques grands traits de l’histoire de Pradelles. Prospère au XIe siècle grâce au pèlerinage de Saint-Gilles, la cité souffrit beaucoup de la guerre de Cent Ans, puis retrouva une période de grande prospérité à la fin du XVIe siècle, période dont datent la plupart des grandes constructions de la ville. Vers 1588-1589, le Vivarais avait fait la paix religieuse, tandis que la ville du Puy, restée très catholique, était opposée à Henri IV qui venait d’accéder au trône de France. Par Pradelles passèrent alors beaucoup de transports qui ravitaillaient les troupes de Henri IV assiégeant le Puy, avec du pain, des munitions et beaucoup de vin du Vivarais. Comme nous dit M. Béguin, les Pradellains ont dû alors gagner de quoi reconstruire leur cité ; c’était l’intérêt d’être le dernier village en paix dans un pays en guerre…

Pradelles : portail de la chapelle des pénitents

Portail de la chapelle des pénitents

Pradelles : Maison de style régordanien

Maison de style « regordanien »

Nous allons ensuite, à l’extrémité d’une petite rue, voir le portail de la chapelle des Pénitents, seul élément conservé de cet édifice. Un panonceau rectangulaire porte la date 1696, en dessous on lit « Societas gonfalonis », c’est-à-dire « Société de la bannière », car les pénitents allaient en procession derrière une bannière, et au-dessous encore, on voit deux cœurs et une croix de Malte.

En revenant vers la place de la Halle, nous remarquons des petites tablettes de pierre encastrées dans la façade d’une maison, à côté des fenêtres ; très vraisemblablement, elles servaient de réfrigérateurs, c’est-à-dire que la nuit on y posait des aliments, du lait par exemple, pour les conserver.

Dans la rue de la Congrégation que nous suivons ensuite, M. Béguin nous fait remarquer des maisons dites de « style Regordanien », présentant au rez-de-chaussée une ou deux portes de remise et une petite porte rectangulaire ouvrant sur un escalier qui dessert l’habitation située aux étages. Les pierres formant l’arc des portes de remise, soigneusement taillées, sont souvent assemblées par embrèvement (on dit aussi quelquefois assemblage par « trait de Jupiter ».)

Plus loin, nous voyons deux maisons avec chacune une tourelle d’escalier engagée dans la façade. À la base de la seconde, deux masques sculptés évoquent, nous dit M. Béguin, la douleur à droite, la folie à gauche.

Pradelles : Tourelle d'escalier
Pradelles : Masque de la folie

La folie

Pradelles : Masque de la douleur

La douleur

Dans le prolongement de la rue de la Congrégation, nous montons jusqu’à la butte du Calvaire joliment aménagée en jardin public par la municipalité. De là, un vaste panorama s’étend sous nos yeux ; au-delà du premier plan, qui est en Haute-Loire, nous pouvons voir par exemple le volcan du Plagnal, en Ardèche, le lac de Naussac, en Lozère et, dans le lointain, le Mont Lozère. Le Mont Lozère, nous explique M. Béguin, se termine à l’est de façon rectiligne par la faille de Villefort, zone de fractures où passe le chemin de Regordane. Lorsque l’éclairage est favorable, on peut voir d’où nous sommes la Vierge de Luc, sur le donjon de l’ancien château ; de Luc on voit le donjon de la Garde-Guérin et, de proche en proche, il était ainsi possible de communiquer par des feux ou des fumées tout au long du chemin de Regordane, pour signaler en particulier l’approche de troupes ennemies.

Nous suivons le chemin de ronde, qui domine la rue de l’Entressac, ancien « boulevard périphérique » qui permettait de contourner la ville, sans y pénétrer. Nous longeons des remparts, car la butte du Calvaire, située en dehors de la cité, devait quand même servir à la défense et était fortifiée. Il est possible que le Calvaire soit la position d’un camp militaire primitif.

Redescendant du Calvaire, nous voici devant l’hôtel particulier de la famille Ribains, avec sa porte ornée de pointes de diamants, dans le style de la Renaissance espagnole. Nous passons ensuite devant une maison portant la date 1598 et l’indication « Maison Henri IV », la tradition rapportant que ce roi y aurait couché, mais, en réalité, on n’est pas certain que Henri IV soit passé à Pradelles...

Pradelles : La fontaine du melon

La fontaine du melon

Après avoir vu la fontaine, dite « du melon », qui était autrefois le seul point d’eau intra muros, nous atteignons le célèbre portail de la Verdette. Célèbre, car il fut le théâtre, le 10 mars 1588, d’un fait d’armes devenu légendaire, les Pradellains repoussant l’assaut d’une troupe protestante commandée par le capitaine Chambaud, qui avait réussi à enfoncer la porte de la ville. Les assaillants se replièrent après que Chambaud eut reçu sur la tête une pierre qui l’assomma. Ce fait historique fut largement enjolivé, la pierre reçue par Chambaud devenant une marche de l’escalier conduisant au chemin de ronde, jetée sur lui par une femme, Jeanne la Verde, dite « la Verdette » et Chambaud ayant été tué sur le coup. En réalité, il ne mourut que douze ans plus tard…

Par la rue du Mazel, nous arrivons maintenant au portail du Besset, la porte d’entrée sud de la ville, là d’où partait le chemin de Saint-Gilles. Derrière l’arche, on voit ici aussi la rainure où coulissait la herse, des restes de gonds et les trous dans lesquels s’encastraient les barres de bois.

Tableau représentant Jeanne la Verde qui assomme le capitaine Chambaud

Jeanne la Verde assomme le capitaine Chambaud

La porte franchie, la rue se poursuit vers le sud et là nous pouvons apprécier la façon dont la municipalité de Pradelles a su remarquablement tirer parti d’un ensemble de constructions en ruine, dont seules subsistaient de belles façades de pierres. Ces façades, élevées au XIXe siècle en remployant des pierres datant du XVIIe, ont été conservées et derrière ont été aménagés quatre logements sociaux. L’ensemble a belle allure. On remarque, encastré dans le mur d’une de ces maisons, un très beau linteau sculpté en remploi portant la date 1639.

La rue Basse nous conduit maintenant à l’ensemble formé, à gauche, par la chapelle Notre-Dame et, à droite, par l’ancien hôpital routier de Pradelles, qui accueillait les pèlerins de passage. Une arche au-dessus de la route relie ces deux bâtiments ; elle contient la tribune de la chapelle. L’ensemble actuel, reconstruit par les Dominicains lorsqu’ils sont revenus à Pradelles après les guerres de Religion, date du début du XVIIe siècle. La chapelle est actuellement en travaux, mais on peut apercevoir à travers une grille, placée sur l’autel, une statue de la Vierge en bois de cèdre, couronnée et vêtue d’un riche manteau brodé ; elle fut découverte en 1512 et faillit être brûlée en 1793, mais fut sauvée des flammes par des mains pieuses.
Nous remontons vers l’église paroissiale Saint-Pierre, qui a remplacé au début du XXe siècle un édifice ancien. C’est une vaste construction qui a dû être récemment l’objet d’importants travaux, notamment la réfection complète de la toiture. Nous voyons aussi au passage la tour des Johanny de Rochely, qui faisait partie des fortifications de Pradelles.

Pradelles : Motif sculpté

En revenant vers la place de la Halle par la rue du Portalet, M. Béguin nous arrête devant un des innombrables motifs sculptés que l’on peut découvrir partout dans Pradelles. Il s’agit là d’un fenestron qui a été bouché par une gargouille, entourée de quatre pierres aux décors variés. Sur celle du dessus, entre deux entrelacs, figure l’inscription « IHS » (Iesus hominum salvator – Jésus sauveur des hommes –), tandis que sur les côtés on reconnaît l’ange et la Vierge de l’Annonciation.

Pour terminer, M. Béguin nous fait découvrir une tour d’escalier octogonale cachée dans une cour au fond d’une ruelle.

À la fin de cette visite, tout aussi détaillée que passionnante, il ne nous reste plus qu’à remercier chaleureusement M. Béguin, ce que ne manque pas de faire le président Delubac en notre nom à tous, tout en remettant à notre guide un exemplaire de notre récent DVD « Églises romanes en Ardèche ».

Comme les années précédentes, la journée se poursuivit au Chaussadis, où nous nous sommes retrouvés au nombre de 65 pour l’apéritif et le pique-nique, avant de nous installer dans la grange pour la visite (virtuelle…) des églises romanes du Haut-Vivarais.

Paul Bousquet