PRANLES
ET CREYSSEILLES
(20 novembre 2005)
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C’est une trentaine de participants
qui se retrouvent par une fraîche matinée
de fin novembre au moulin de Mandy, sur la commune de Pranles,
où nous sommes accueillis par les propriétaires,
Jocelyne et Alain BERNARD, qui l’ont acquis à la
mort de Germain MEY, ancien meunier et oncle d’Alain.
Tant que le soleil n’a pas atteint le fond du vallon,
le froid est vif et le café chaud qu’ils nous
offrent est fort apprécié. |
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Le moulin de Mandy
Installé sur les berges du Boyon, à sa confluence
avec le ruisseau du Charbonnier, juste en dessous du village
de Pranles, son existence est pour la première fois
attestée dans le livre d’estimes de 1464.
On en trouve trace à nouveau en 1658, en 1773 et
il figure sur le plan cadastral napoléonien de Pranles
en 1812.
L’ancien moulin était
actionné par
des roues hydrauliques horizontales. À partir de 1891,
des travaux de modernisation sont entrepris : construction
d’une troisième levade sur le Bernegris et
d’un aqueduc pour en acheminer l’eau, mise
en place de trois meules soutenues par un beffroi en
fonte, installation d’une roue hydraulique verticale à augets
et de 2 bluteries à tamis hexagonal. Le moulin cesse
de fonctionner en 1966.
Repris par Jocelyne et Alain BERNARD,
il est alors dans un état de semi abandon. Les nouveaux propriétaires
décident de redonner vie au site et, pour ce faire,
créent en 1991 l’association Le Meunier
de Mandy à laquelle le Parc Naturel Régional
des Monts d’Ardèche apporte son concours.
La remise en état a pris plus de 10 ans. En début
d’été 2003, le moulin a ouvert ses
portes au public qui peut admirer le moulin à grain
avec ses 3 paires de meules, le moulin à huile,
les bluteries et l’astucieux réseau hydraulique
(béalières et aqueduc) qui amène dans
l’écluse de retenue l’eau des 3 cours
d’eau.
Après
le repas tiré des sacs, pris dans
une salle du moulin aimablement mise à notre disposition
par les Bernard, les courageux montent à pied, par
un agréable sentier jusqu’à l’église
de Pranles.
L'église de Pranles
Une petite église toute
basse symbolisant l’humilité. Sans clocher.
Juste orientée
vers l’ouest, une arcade abritant la cloche au-dessus
du porche d’entrée. Et encore est-elle comme
hésitante à vouloir s’élancer
vers les cieux. Plaqués à la construction,
il y a : d’un coté, au sud, le presbytère
aujourd’hui loué à des particuliers ;
de l’autre, au nord, un cimetière désaffecté dont
le sol est en surélévation par rapport à celui
de l’église. Ce cimetière, autrefois,
se prolongeait jusque devant l’église et il
fallait le traverser pour pénétrer dans cette
dernière. Une disposition classique pour beaucoup
de vieilles églises de campagne : le Christ célébré dans
l’église est, au milieu des morts, le premier
ressuscité d’entre eux. Un symbole peut-être ?
ou une commodité ? |

Église de Pranles |
L’église de Pranles a une
très longue histoire. Au XIIe siècle - pense-t-on
- et peut-être à l’emplacement d’un
premier oratoire, se crée un prieuré dépendant
de l’abbaye de la Chaise Dieu. C’est en 1043
que Robert de Turlande, chanoine de l’église
Saint-Julien de Brioude et devenu en 1070 Saint Robert,
fonde à une quarantaine de kilomètres au
nord du Puy une abbaye bénédictine ;
c’était pour lui la Casa Dei (Maison
de Dieu) traduit ultérieurement et très improprement
en Chaise Dieu.
Au prieuré de Pranles, dédié dès
les origines à Notre-Dame et bien plus tard à Notre-Dame
de l’Assomption, résideront donc pendant pas
mal de siècles des moines. Ils habitèrent
finalement dans la partie du presbytère adossée
directement au sud-ouest de l’église. C’est
une construction du XIVeou du XVe siècle abritant
encore des trésors architecturaux.
Malgré de nombreux avatars - particulièrement
au XVIe siècle au moment des guerres
de religion – des
prieurs se sont succédé à Pranles,
presque sans discontinuer, jusqu’à la Révolution.
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La façade
de l’église, très typiquement du XVIIe siècle, est toute simple : un mur et au-dessus
l’arcade évoquée plus haut. En dessous
de celle-ci, un œil de bœuf et le porche d’entrée
en plein cintre. Façade qui surprend un peu ceux
qui viennent dans l’intention d’admirer une
architecture romane. Mais, sitôt la porte franchie,
ils ne sont pas déçus. En effet apparaît
alors une merveilleuse nef romane du XIIe siècle
prolongée par une abside semi-circulaire ;
abside nettement déportée sur la gauche par
rapport à l’axe de la nef. C’est une
disposition peu fréquente, mais rencontrée
malgré tout ailleurs, parfois même dans des édifices
très célèbres (cathédrale de
Quimper, une église romane de Senlis et, dans une
moindre mesure, Notre-Dame de Paris, …). S’agit-il
du symbole du Christ mourant en croix tête inclinée
ou d’impératifs divers qu’il a fallu
contourner ? La discussion reste ouverte ; les
avis divergent. Ce qu’il y a de certain, c’est
que le chœur est comme dans la plupart des églises
romanes dirigé vers l’est, là où le
soleil se lève, symbole de la lumière du
Ressuscité se manifestant après la nuit du
tombeau.
Du XIIe siècle, la nef est, quant à elle, « toute
menue, assez basse, mais fort harmonieuse ». Elle comprend trois
travées. Sa voûte est en berceau et supportée par des
arcs doubleaux légèrement brisés. L’ensemble,
très chatoyant, est en pierres de grès soigneusement équarries
et toutes de teintes différentes. Les doubleaux retombent sur quatre
piliers carrés et quatre colonnes rondes adossées à ces
derniers. |
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Entre
doubleaux et colonnes, quatre chapiteaux sculptés
sont tout à fait
remarquables et méritent à eux seuls
le détour. Sur les murs nord et sud, on peut
aussi observer des arcs de décharge. Trois chapiteaux
sur les quatre comprennent des personnages (chapiteaux
historiés).
Le dernier est sans personnage. Faut-il voir dans ces
personnages des moines, ce que suggère leur
coiffure de cheveux ? Y a-t-il eu, au moins pour
un des quatre, une volonté de représenter
une scène religieuse ? ou, au contraire,
ne s’agit-il que d’éléments
décoratifs ? … Là aussi la
discussion reste ouverte. Curieusement cependant, sur
chacun des trois chapiteaux historiés, le nombre
de personnages est de sept, chiffre éminemment biblique (chandelier à sept
branches, sept sacrements, …). De savants spécialistes
reconnaissent dans les deux chapiteaux de la nef les
plus proches du chœur une imitation assagie de
la collerette
berrichonne. Bref ce sont des sculptures toutes
fort bien venues et nul ne peut se passer de les observer.
Sur deux autres colonnes plus rustiques et de part et
d’autre
de l’entrée du chœur, on peut aussi admirer deux autres
chapiteaux plus anciens que ceux de la nef et donc probablement du XIe siècle.
Malheureusement, ils ont été très abîmés à la
fin du XIXe siècle. Chacun comporte trois faces. Sur
trois d’entre
elles on peut distinguer plus ou moins bien des personnages levant les
bras au ciel. Sur la face centrale de celui qui est à gauche en
regardant le fond du chœur, on reconnaît aisément le
torse et la tête de quelqu’un implorant Dieu, les deux bras
et les deux mains s’élevant vers le ciel. Il prie. |
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C’est
un orant, rencontré ailleurs, ici ou là,
spécialement dans la crypte de l’abbatiale
de Cruas, mais en entier et plus finement sculpté.
Ces deux colonnes et chapiteaux sont-ils les restes de
l’ancienne église, antérieure à celle
du XIIe siècle ou, plus vraisemblablement,
des réemplois ? Le mystère reste entier. |
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À reconstituer
l’hypothétique histoire de l’église
de Pranles, on peut mieux s’expliquer certaines anomalies,
des différences criantes de style qui pourtant s’harmonisent
parfaitement et les volontés différentes
des bâtisseurs et rebâtisseurs à travers
les âges.
Une église, un oratoire – on ne sait – existait
sans doute antérieurement au XIIe siècle.
Ce premier édifice se serait éboulé et
on l’aurait reconstruit au XIIe siècle, mais
plus bas pour s’assurer davantage de sa solidité.
Le bâtiment dont la nef actuelle reste le témoin
comprenait, peut-on supposer, comme beaucoup d’églises
romanes de l’époque, une nef, une tour lanterneau
au-dessus de ce qui tenait lieu de transept et enfin le
chœur ou abside.
Au XIVe ou XVe siècle sont rajoutées,
en style gothique et de part et d’autre du transept,
deux chapelles latérales. C’est à cette époque également
qu’est édifiée la partie prieurale
du presbytère jouxtant l’église au
sud-ouest.
Puis aux environs de 1578, les guerres de religion
faisant rage, l’église est en grande partie
détruite.
Sont gravement endommagées : la voûte
du chœur (en cul de four elliptique), la tour lanterne,
les deux chapelles latérales et la façade à l’ouest,
ainsi probablement qu’une partie de la première
travée de la nef romane. Ce n’est qu’à la
fin du XVIIe siècle, et même au
début
du XVIIIe, qu’on entreprend la reconstruction.
Mais celle-ci est quasiment bâclée. On veut
aller vite. La voûte du chœur est refaite avec
de petites et très vilaines pierres rendant indispensable
son crépissage, ne serait-ce que pour sa solidité.
La tour lanterne n’est pas reconstruite. Elle est
remplacée par une voûte surbaissée
de pénétration. Les deux chapelles latérales
sont rebâties, mais le plus simplement possible :
voûte en berceau et ouverture en plein cintre, leur
moulure n’étant même pas reconstituée
jusqu’en haut. La nef détruite reste identique à elle-même.
Mais les chapiteaux romans, peu appréciés à cette époque,
sont recouverts de plâtre. Enfin la façade,
telle un plaquage, est complètement conçue
en style du moment.
Vers le milieu du XVIIIe siècle
(1759 ? …)
une sacristie inexistante jusque là est rajoutée
derrière le chœur avec des pierres beaucoup
plus petites que le reste de l’église, un
appareil beaucoup moins beau. Ce faisant, on bouche la
fenêtre du milieu du chœur, lequel est entièrement
crépi et ne comporte plus que deux fenêtres
au lieu de trois. Un peu plus tard, trouvant le chœur
trop sombre, on agrandit les fenêtres latérales,
leur donnant la forme observable maintenant. Rappelons
que les trois fenêtres du chœur des églises
romanes symbolisaient les trois personnes de la Sainte
Trinité. Primitivement elles étaient, pense-t-on,
analogues à celle du centre retrouvée en
1999 lors de la restauration du chœur et habillée
très vite par un petit vitrail très simple.
Vers
la fin du XIXe siècle et au XXe siècle, à diverses
reprises des travaux sont entrepris, parmi lesquels la
remise à jour des chapiteaux de la nef sous le plâtre
depuis environ deux siècles. À signaler également
lors du remplacement d’un plancher en bois par les
dalles actuelles la découverte de tombes au sein
même de l’église.
Les derniers travaux se sont étagés entre 1995
et 2001. Et c’est le chœur qui a été alors
l’objet de la restauration la plus importante avec la
découverte de sa fenêtre centrale. L’amélioration
de l’éclairage reste encore à entreprendre.
Ainsi se présente la vieille église campagnarde
de Pranles, si attachante par sa beauté et sa grande
simplicité. On y respire calme, paix et sérénité.
En témoignent les très nombreuses réflexions
laissées par les visiteurs qui s’y rendent
en toutes saisons, la porte restant ouverte chaque jour
de 10 à 18 h.
La journée se termine par la visite de l'église
Saint-André de Creysseilles. Située dans un site des plus pittoresques,
elle nous est présentée par Anne Claire Vautrin. Le nom de Creysseilles,
dit-elle, pourrait provenir de crucis locus : le lieu de la croix.
De fait, le carrefour situé au-dessus de l'église que l'on appelle le col
des croix marque le croisement d'anciennes drailles passant non loin d'un
ensemble de gravures rupestres. D'après Mazon, une église primitive aurait
été située au hameau de Creysseilles, à trois kilomètres de l'église actuelle ;
elle aurait été définitivement détruite au XIIIe siècle
au temps de la guerre des Albigeois. Les catholiques transportèrent alors
le culte à une chapelle dédiée à saint André qui existait déjà ;
elle fut au XIVesiècle cédée au monastère Saint-Michel de Charay
dont elle dépendit jusqu'à la Révolution.
L'église
Saint-André, telle qu'on la voit aujourd'hui, d'origine romane,
comporte une nef unique, longue de trois travées. Elle a été remaniée dès
le XIVe siècle (construction d'un chœur à chevet plat), puis
au XVe ou XVIe siècle (adjonction de deux chapelles
formant croisillons). Enfin, la façade et le clocher ont été refaits au
milieu du XIXe siècle. Depuis une quarantaine d'années, plusieurs
restaurations ont été entreprises.
Pour l’église de Pranles – Texte
de Paul de LAGARDE
Pour le moulin
de Mandy – Texte d’après
des documents du PNR des Monts d’Ardèche
Pour l'église de Creysseilles - Texte de
Dominique de Brion,
d'après un document de
la paroisse Saint-Jean
du Pays de Privas
© Sté de
Sauvegarde des Monuments anciens de l'Ardèche
4 novembre 2006
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