Rochemaure
VISITES
7
avril 1957
10 mai 1958
3 avril 1965
7 novembre 1965
22 octobre 1988
21 novembre 2004
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Chapelle
N.-D. des Anges
idem
Chapelles Saint-Laurent et N.-D. des Anges
Histoire de Rochemaure ; chapelle N.-D. des Anges (travaux de
restauration accomplis avec l'aide de la "Sauvegarde".)
Chapelle N.-D. des Anges : bref historique et rappel des travaux
de restauration accomplis avec l'aide de la "Sauvegarde".
Histoire du château - Visite des vestiges de l'ensemble castral
et du quartier restauré de La Violle.
Bibliographie |
|
La
Société de Sauvegarde s'est rendue à plusieurs reprises
à Rochemaure, ceci dès 1957, car la chapelle N.-D. des
Anges, qui était à l'époque en fort piteux état, fut un
des premiers monuments auxquels l'association s'intéressa
et sa contribution à la remise en état de cet édifice fut
déterminante.
Par la suite, elle intervint aussi pour la restauration
du donjon et de la tour du Guast ; enfin, tout récemment, elle apporta
une contribution pour celle d'un four à pain.
Les textes ci-dessous permettent de suivre cette action,
notamment en faveur de N.-D. des Anges.
Visite
du 7 avril 1957
[...] Ancienne église
N.-D. des Anges. Abandonnée depuis cent
ans, ouverte à tous vents, cette église
avec son campanile ruiné, dont les travées
du XIVe siècle ont été très
augmentées au XVIIe, souffre d'un abandon
affligeant. La végétation envahit murailles
et toitures et un programme important de premiers travaux,
dépassant deux millions, s’y accomplirait
utilement. Les possibilités plus modestes de la
Société de Sauvegarde assureraient néanmoins,
selon M. Granger-Veyron, architecte dont les avis autorisés
sont précieux, un premier échelon de travaux,
réalisables pour 700 000 F environ, dont 500 000
F du Conseil général et le solde des Amis
du Vieux Rochemaure.
Visite
du 10 mai 1958
N.-D. des Anges.
Quelle joie de voir ces murs consolidés et un peu
d'ordre mis dans ces tombes ! Les marches devront être
reculées afin de dégager l'entrée,
de créer un terre-plein. Un fameux travail a déjà été accompli.
Mais il faut encore rouvrir la fenêtre absidiale,
maintenant murée, et accomplir divers petits travaux
intérieurs. La Société des Amis du
Vieux Rochemaure fera faire tout cela durant l'été,
pour permettre une réouverture intermittente au
culte, en novembre si possible.

Visite
du 3 avril 1965
[...] Il est tard et la dispersion commence,
mais une partie de la caravane, sur le chemin du retour,
aura à coeur de monter, par une route étroite
et sinueuse, jusqu'au vieux Rochemaure ;
l'impossibilité de tourner, en voiture, obligera
de monter jusqu'à l'antique chapelle Saint-Laurent,
sur le plateau d'où la vue est magnifique sur le
Rhône et les ruines du village-haut. Elle abrite
des sépultures de nobles familles, mais est surtout
célèbre par son carré magique,
pierre découverte au siècle dernier dans
un ravin voisin et scellée dans le mur de la chapelle.
L'interprétation de cette inscription est encore
abondamment discutée.
C'est dans
la chapelle N.-D. des Anges, à mi-pente,
que les derniers fidèles vont se retrouver. L'extérieur
et la toiture ont été magnifiquement restaurés à la
diligence de la Société des Amis du Vieux
Rochemaure et de la Société de Sauvegarde,
qui ont su susciter de généreux concours.
C'est à sa restauration intérieure que nous
devons maintenant nous attacher. Elle en vaut la peine,
et ce n'est pas sans émotion que nous avons pu faire
découvrir, parmi les innombrables graffiti qui souillent
ses vénérables murs, un émouvant sonnet,
témoin des impressions d'une âme sensible,
il y a probablement longtemps, et que les travaux de réfection
des murs vont bientôt faire disparaître. Il
se trouve sur l'un des piédroits de la porte latérale.
Les éraflures du crépi rendent quelques mots
difficilement lisibles, mais voici cependant le texte de
ce sonnet, tel qu'ont pu le reconstituer Mlle Désenfant
et M. Oisel, et qui constitue une mélancolique conclusion à cette
belle journée :
Une église,
un enclos jonché d'iris ; des tombes,
Et, sentinelle obscure aux bornes du silence,
Doigt levé qu'on dirait d'attente,
d'espérance,
Un cyprès ; quelquefois des vols las
de colombes.
En bas, dans le remous des orges et des blés,
La plaine bourdonnante, et le labeur humain,
Le fleuve, impétueux et rapide chemin,
Le travail de la terre et de l'homme, accouplés.
Ah, dérouler ainsi toute son âpre
vie,
Jour à jour, fil à fil, croyant
qu'on sait, qu'on prie,
Qu'on attend, qu'on espère, agir,
lutter, souffrir,
Puis quand descend d'en haut le geste de
se taire,
Sans tourner son regard vers les hommes,
mourir,
Pour venir s'allonger, les yeux clos, sous
la terre.
(Eugénie)
de Nery.

Visite
du 7 novembre 1965
Les travaux de
restauration intérieure de l'ancienne église
N.-D. des Anges, à Rochemaure étant assez
avancés, nous avons pensé célébrer
une sorte de centenaire pour cet édifice qui servit
au culte paroissial jusqu'en 1865, époque à laquelle
son état de délabrement servit de prétexte à son
abandon en faveur d'un nouvel édifice construit
plus bas, en bordure de la route nationale.
Un temps exceptionnellement beau favorisa l'afflux de
nos très nombreux invités et des populations des localités
rhodaniennes voisines. La télévision a même permis
- quoique trop brièvement, au gré de beaucoup - de rayonner
un aperçu de la cérémonie qui a marqué la résurrection
de cet antique sanctuaire.
Plus antique
encore est le site de Rochemaure dont, dans une conférence
préliminaire à laquelle nous empruntons de
larges extraits, voulut bien nous entretenir l'érudit
Abbé Amaud, alors que l'église était
déjà pleine, bien avant l'arrivée
des invités officiels.
Dès la Préhistoire, on trouve, au
pied du volcan de Chenavari, d'importants ateliers de silex taillés
pour la confection d'armes et d'outils primitifs. Ces gisements fournirent
ensuite l'armée française en pierres à fusil, industrie
que les efforts de désarmement (à moins que ce ne soit l'invention
d'autres armes) a fait péricliter.
La période gallo-romaine voit se développer,
dans la plaine, la station des Fonts de Collarion (aujourd'hui le pittoresque
quartier des Fontaines, au nord, en bordure de la N. 86), village de nautes
du Rhône et de passeurs assurant la communication avec Ancône,
sur l'autre rive. On y a trouvé des stèles funéraires,
aujourd'hui conservées dans une collection privée, à Montélimar.
Plus haut, sur le replat,
avant le Chenavari, s'édifie à une date incertaine
- sans doute entre le Ve et le VIIIe siècle
- la chapelle Saint-Laurent, dont la nef, à la voûte
effondrée, subsiste encore avec les tombeaux de la
famille Privat. Une petite abside close présente la
célèbre inscription, dite «carré magique»,
découverte dans le lit d'un torrent voisin et enclavée
au-dessus de la porte d'entrée. Son interprétation
demeure une énigme au sujet de laquelle l'Abbé Arnaud
a énoncé diverses hypothèses. |
 |
S
A T O R
A R E P O
T E N E T
O P E R A
R O T A S |
Le "carré magique"
Il
s' agit d'une petite plaque de pierre portant
cinq mots qui peuvent se lire dans tous les
sens (de gauche à droite, de droite à gauche,
de haut en bas et de bas en haut.) Mais l'exemplaire
de Rochemaure n'est pas unique ; on en
a retrouvé de semblables en différents
points du monde, datant de diverses époques
; un des plus célèbres a été découvert à Pompei.
La signification de ce texte reste toujours
mystérieuse. Selon les lieux et les
dates, on a attribué aux "carrés
magiques" toutes sortes de sens et de
vertus magiques.* |
Découvert
en 1850 dans le ravin de Rignas et scellé alors
dans le mur de la chapelle Saint-Laurent, le "carré magique" de
Rochemaure a disparu en 1972, puis a été retrouvé quelques
années plus tard. Depuis, il a été mis
en lieu sûr et une copie en a été placée
dans la chapelle N.-D. des Anges. (NDLR)
* Cf. L. GÉRARDIN, Les carrés magiques, éd.
Dangles, 1986. |
|
 Vestiges de la chapelle Saint-Laurent
(en 2005) |
Le
rebord de ce plateau est soutenu par d'énormes dykes
basaltiques, dont le plus grand supporte les ruines considérables
du château et d'un petit village qui formaient l'extrémité d'un
vaste périmètre de remparts, encore en grande
partie debout, descendant jusqu'au village médian
dominé par un donjon plus petit : la Tour du Guast
(ou de Pampelonne). C'est là que se trouve la vieille église
; tout cet ensemble, dont les parties les plus anciennes
remonteraient au Xe siècle, est classé « monument
historique».
La construction de ces lieux fortifiés fut
le fait des Adhémar, puissante famille dont les principaux fiefs,
en Dauphiné, étaient Montélimar (Montilium Adhemari),
la Garde-Adhémar et Grignan et en Vivarais, Rochemaure et Alba.
Le plus illustre représentant de cette famille fut sans doute Adhémar
de Monteil, évêque du Puy, qui dispensa les secours spirituels
aux troupes de la première croisade (on l'appellerait aujourd'hui
un «aumônier militaire») et périt au siège
d'Antioche. Il est l'auteur du célèbre chant du Salve Regina,
que divers pays, notamment la Corse jadis, adoptèrent comme hymne
national.
On suit les possesseurs de la seigneurie de Rochemaure : les
Lévis-Ventadour, les Rohan-Soubise, etc., jusqu'en 1789. Parmi leurs
vassaux, on note les Chansiergues, les Pampelonne, les Hilaire de Joviac,
les Terrasson de Fougères, dont les descendants habitent toujours
Rochemaure ou la région rhodanienne.
C'est vers la fin du XIIe siècle, ou au
début du XIIIe, que fut édifiée l'église
N.-D. des Anges, qui resta église paroissiale jusqu'en 1869. Initialement,
sa structure s'apparentait à celle de l'église Saint-Laurent
: une seule nef avec les sépultures des Adhémar. Au cours
des guerres civiles du XVIe siècle, le clocher fut abattu
pour faire écrouler deux travées de la nef (on distingue
encore les amorces des nervures des croisées d'ogives), mais le
chœur subsista presque intact.
On reconstruisit par la suite le gracieux campanile à deux
grandes arcades et une plus petite, en réemployant d'anciens matériaux,
parmi lesquels on retrouva deux têtes, où une interprétation
fantaisiste de Francus voudrait voir Isis et Osiris. Il s'agit bien plus
vraisemblablement de deux débris provenant de gisants de tombeaux
ou d'anciens corbeaux de soutien d'une corniche. Peu de personnes semblent
avoir remarqué un sujet grotesque, de facture très archaïque,
enchâssé latéralement dans le campanile. Vers la même époque,
diverses familles firent édifier, des deux côtés de
la nef, les six chapelles qu'on y voit aujourd'hui, affectées à leurs
sépultures (les curés étaient enterrés devant
le maître-autel). |

Chapelle Notre-Dame des Anges |
La
plus ancienne est la seconde, du côté nord
; une inscription, récemment rétablie,
rappelle que les Chansiergues y sont inhumés depuis
1440. Les traces de peintures murales, badigeonnées à la
Révolution, se distinguent encore dans la partie
non encore restaurée : première travée
de la nef, avec ses deux chapelles latérales,
ce qui permet, par comparaison avec le reste, de mesurer
l'ampleur et la qualité du travail accompli.
C'est autant sans doute le délabrement de l'ensemble que
la désertion progressive du village supérieur, qui motiva
l'abandon de N.-D. des Anges comme lieu de culte paroissial, voici un siècle. |
|
Beaucoup
d'entre nous ont connu l'aspect lamentable de ce vaste
vaisseau, ouvert à tous les vents, dépouillé de
la plus grande partie de son mobilier, rongé par
l'humidité, le lierre et la végétation
folle, les tombes ouvertes et profanées, servant
de réceptacle aux détritus du cimetière
voisin, mais attirant cependant les visiteurs par le charme
romantique du site, belvédère admirable sur
la plaine du Rhône, fourmillante de vie.
Il y a dix ans, les promoteurs de la Société de
Sauvegarde inscrivirent à leur programme divers projets qui furent
plus ou moins rapidement menés à bien. Le plus important
fut sans conteste celui qui visait à redonner la vie à ces
ruines, au cours de plusieurs campagnes successives qui permirent leur
dégagement de la gangue végétale, la consolidation
des voûtes et de l'appareil extérieur de maçonnerie,
la réfection du toit avec des tuiles anciennes récupérées
par la C.N.R. lors de démolitions exigées par le percement
du canal.
Puis on s'attaqua au sol qui fut recouvert d'un dallage rustique
en belles lauzes, les sépultures nettoyées et les dalles
funéraires remises en place, ainsi qu'un autel de bois peint du
XVIIIe siècle, lequel avait pu, avec quelques autres
objets mobiliers, être mis à l'abri en temps utile. Le ravalement
des murs du chœur et des deux chapelles latérales nord
met en valeur la robustesse des arcatures et de la croisée d'ogives
subsistantes.
Œuvre collective entreprise dans la tradition des bâtisseurs
du Moyen Âge : animateurs provoquant des dons importants, recueillis
et administrés par la Société des Amis du Vieux Rochemaure
; intérêt porté par le Conseil général,
prélevant en sa faveur une part notable du crédit d'entretien
des Monuments ; concours bénévoles d'artisans locaux. L'un
d'eux a réalisé une excellente restauration des vantaux du
porche de la façade et réparé habilement une belle
croix de bois doré ; le ferronnier du village a forgé, avec
cet amour du travail bien fait de nos deux artisans, les ferrures de présentation
d'un ensemble d'objets d'art, mobilier liturgique récemment découvert,
délaissé ou ignoré dans un capharnaüm, derrière
le chœur de l'église actuelle. Il comprend une collection
extraordinaire de bâtons de pénitents (les ruines d'une chapelle
de Pénitents se voient encore au vieux Rochemaure), des lanternes
processionnelles, des croix processionnelles en bois doré, et même
deux autres en argent massif dont la beauté justifie une prochaine
demande de classement, des reliquaires, des statues en bois doré du
XVIIIe siècle, la plus belle étant celle d'une
Vierge à l’enfant qui a retrouvé sa place au-dessus
de l'autel, en parfaite harmonie d'éclat et de proportions. Un très
ancien inventaire, retrouvé dans les archives de l'église,
a permis de constater que cet ensemble était presque complet. Il
a suffi d'un faible apport d'objets de la paroisse pour achever d'orner
le cadre liturgique de la cérémonie.

Visite
du 22 octobre 1988
[...] Regroupement à la chapelle N.-D. des Anges. M. Robert
Saint-Jean en rappelle brièvement l'historique et surtout narre
l'extraordinaire "sauvetage" de ce monument.
Probablement édifiée au début du XIIIe siècle,
cette chapelle à nef unique abrite les sépultures des Adhémar,
seigneurs du lieu, et celles des seigneurs qui succédèrent à cette
famille. Au cours des guerres civiles du XVIe siècle,
le clocher fut abattu pour faire écrouler deux travées de
la nef mais le choeur fut épargné. L'édifice fut rapidement
reconstruit ainsi que son campanile. Les six chapelles latérales
furent alors élevées par diverses familles et, au XVIIe siècle,
N.-D. des Anges devint église paroissiale et ce jusqu'à ce
qu'en 1865 une autre église fût construite près de
la route nationale. Abandonné depuis cette date, cet édifice
se dégrade et en 1957 se trouve pratiquement ruiné, ouvert à tous
les vents. Les murs et le toit sont envahis par la végétation,
les tombes sont ouvertes et la chapelle sert de réceptacle à tous
les détritus. M. Pierre Vallette-Viallard, alors président
de la Sauvegarde, et Mme Vallette-Viallard, M. l'abbé Arnaud, M.
Granger-Veyron et la Sauvegarde ainsi que les "Amis du Vieux Rochemaure" décident
de mobiliser toutes les énergies et de sauver cette chapelle. Mme
Vallette-Viallard sonne à toutes les portes pour obtenir les sommes
et les matériaux nécessaires : Conseil Général,
Compagnie Nationale du Rhône, entreprises régionales, etc...
L'association des Amis de Rochemaure recueille les dons, les artisans locaux
oeuvrent bénévolement : c'est une extraordinaire conjonction
de bonnes volontés, une ceuvre collective dans la tradition des
bâtisseurs du Moyen Âge.
En 1958, les arbres ont été arrachés,
le cimetière nettoyé, les tombes refermées
et, au cours des huit campagnes qui se succéderont
jusqu'en 1965, tous les travaux envisagés seront
menés à bien : consolidation des voûtes
et de la maçonnerie extérieure, toit refait
avec des tuiles anciennes récupérées
par la C.N.R., le sol de la chapelle refait en lauzes,
les dalles funéraires remises en place, enfin
une partie du mobilier transféré de la
chapelle des Pénitents de Rochemaure (abandonnée) à N.-D.
des Anges. La croix du cimetière datant du XVIe siècle
est installée à l'intérieur ;
une Vierge à l'Enfant placée au-dessus
de l'autel. Tout est prêt pour la réunion
solennelle du 7 novembre 1965 qui rassemble tous ceux
qui ont participé à cette oeuvre ; Mgr
Boissy, vicaire général de l'évêché,
célèbre une messe solennelle : N.-D. des
Anges a retrouvé sa dignité.
Les principaux artisans de cette réussite
remarquable ont aujourd'hui disparu : M. et Mme Vallette-Viallard
reposent désormais dans cette chapelle, M. l'abbé Arnaud
et M. Granger-Veyron nous ont quittés. Ils ont
sauvé cette antique chapelle et ce site admirable
: ne les oublions pas.

Visite
du 21 novembre 2004
| Lorsqu’on
arrive à Rochemaure par la RN 86, que l’on
vienne du nord ou du sud, on ne peut qu’être
frappé par la masse noire de l’immense
dyke qui s’étire au sommet de la pente
dominant la rive droite du Rhône ; sa crête
supporte les ruines d’un vaste ensemble castral
dont la visite est au programme de notre matinée.
|
 |
Nous nous retrouvons
environ 65 personnes rassemblées sur le parking
derrière l’église actuelle, autour
du Dr Lecerf, adjoint au maire, chargé de
la culture, qui a bien voulu nous accueillir à Rochemaure
et être notre guide tout au long de la visite.
Daniel Bouix, Président de l’association Les
Amis de Joviac, nous a également fait l’amitié de
nous accompagner et de nous faire bénéficier
de ses connaissances sur l’histoire de Rochemaure.
Un temps superbe nous promet une journée aussi
sympathique qu’enrichissante.
Sans perdre de
temps, nous prenons la route étroite et sinueuse
qui, rapidement, nous conduit de l’altitude 66
m au bord du fleuve à 210 m environ, au niveau
du parking supérieur. Cette route, construite
en 1899, traverse à deux reprises le rempart
crénelé qui descend jusqu’au village
médian. |

1:Tour
du Guast - 2: Chapelle N.-D. des Anges
3: Ensemble castral
|
 |
Un peu d’histoire
Le dyke de Rochemaure, formé il y a
sept millions d’années, marque la dernière avancée
du plateau volcanique du Coiron. Sa position dominante au-dessus de la
vallée du Rhône en fit certainement de tout temps un lieu
stratégique. Les gallo-romains avaient créé une station
balnéaire au pied du rocher, où se trouve de nos jours le
quartier des Fontaines. Le donjon aurait été construit entre
1120 et 1140 par un fils ou petit-fils de Hugues Adhémar de Monteil,
seigneur de Montélimar, dont le frère fut évêque
du Puy et chef spirituel de la première croisade. Au siècle
suivant, furent construits la maison seigneuriale et des remparts, à savoir
la grande enceinte au nord du donjon qui enserre le village de la Fare
et la maison seigneuriale, ainsi que deux murs crénelés descendant
l’un du château, l’autre du village jusqu’au Rhône.
Il faut savoir que celui-ci s’étendait alors
jusqu’au niveau de l’actuelle RN 86. Ces remparts, ainsi que
les tours qui les flanquent, ayant bénéficié de travaux
de restauration, sont en bon état, mais les murs crénelés
descendent moins bas qu’autrefois. La tour la plus importante est
la tour du Guast, qui pourrait remonter au Xe siècle et dont le propriétaire
actuel est encore un membre de la famille de Pampelonne ; construite
sur un dyke basaltique, elle constitue elle-même un second château,
bien que moins important que le château principal. Sa position permettait
un contrôle effectif du Rhône. C’est
près
d’elle
qu’est
implantée la chapelle Notre-Dame des Anges.
La suite des propriétaires successifs du château
est complexe. Nous citerons seulement les Adhémar de Monteil jusqu’en
1359, les Levis-Ventadour jusqu’en 1694, les Rohan-Soubise jusqu’en
1784, les Garnier des Hières jusqu’en 1912, enfin les Massin
de Miraval jusqu’en 1974, date à laquelle le château
fut cédé à la commune pour un franc symbolique.Il
faut noter qu’en 1630, le château fut abandonné ;
en effet, en 1598, le nouveau gouverneur Jacques d’Hilaire préféra
faire construire le château de Joviac plutôt que d’habiter
le « vieux nid d’aigle ». Son fils, nommé à son
tour gouverneur, revint à Rochemaure jusqu’à sa mort
en 1630. Il en fut le dernier résident. En 1730, le propriétaire,
qui était le prince Hercule de Rohan, fit vendre la toiture pour
couvrir une grange… Ainsi commença la ruine des bâtiments.
Visite de l’ensemble castral
Lorsqu’on quitte le parking, on atteint d’abord
le village de la Fare en suivant un chemin pentu qui longe des roches volcaniques
supportant une portion de l’enceinte dont fait partie la tour de
Bise.
|

Vestiges
de l'enceinte
|

Quartier
de la Fare, avec la statue de sainte Marthe |
On
pénètre dans le village par une porte ancienne, élargie à l’époque
moderne ; c’est le plus vieux quartier de
Rochemaure qui, en ruine, a été parfaitement
restauré. Ses maisons sont à nouveau habitées.
C’est une succession de passages voûtés
et de ruelles sinueuses ; on remarque un four à pain,
plus loin une statue de sainte Marthe, patronne de la
ville, et même un mûrier ; par endroits,
la vue sur le Rhône est superbe.
Franchissant maintenant la grille marquant
l’entrée du château, on voit à droite le four
banal, en haut de quelques marches et, sur notre gauche, nous longeons
des vestiges de l’ensemble castral. Ceux-ci se dressent sur un rocher
formé de prismes basaltiques dont nos amis géologues nous
font remarquer la disposition, à 45 degrés de l’horizontale
par endroits, complètement horizontaux ailleurs, ceci s’expliquant
par le fait que ces prismes croissent toujours perpendiculairement à leur
socle. |

Vestiges
de l'ensemble castral. Remarquer les prismes
basaltiques inclinés.
|
Le
donjon, un des plus anciens de la vallée
du Rhône, s’érige encore majestueux
avec ses quarante mètres de hauteur. Il
est construit en moellons de basalte noir, les
chaînages d’angle seuls étant
en calcaire clair, plus facile à tailler.
Il est formé d’une base carrée
datant du début du XIIe siècle,
surmontée d’une tour polygonale, telle
qu’on les construisait vers la fin de ce
même siècle. Sur son rocher abrupt,
il n’a jamais été pris. Comme
c’était généralement
le cas, le donjon ne comportait pas d’ouverture à sa
base ; on y pénétrait par une
porte ouverte au premier étage par une échelle
facile à retirer en cas de danger. De nos
jours, un escalier intérieur, construit
pour faciliter l’accès des visiteurs,
permet d’atteindre la terrasse située
au pied de la tour polygonale. |

Au
fond à droite, le donjon.
Vestiges
de l'ensemble castral.
|
|
On
a de là une vue splendide sur la vallée
du Rhône et sur l’extrémité du
massif du Coiron, avec notamment le volcan du Chenavari
qui culmine à 508 mètres.
Pendant ce temps, ceux d’entre-nous qui n’étaient
pas montés au donjon restèrent sur une terrasse au soleil,
où ils bénéficièrent d’intéressantes
explications de Daniel Bouix qui leur détailla les éléments
du paysage observé vers l’est. D’abord une ancienne
filature, fermée depuis 1934, qui a conservé ses deux cheminées,
puis l’ancien pont suspendu de Rochemaure, construit suivant la technique
mise au point par Marc Seguin, ensuite l’emplacement de la voie romaine
d’Antonin le Pieux, dont le tracé était en partie celui
de l’actuelle RN 86. Elle était à l’époque
longée par le Rhône qui venait jusqu’au pied du château ;
Rochemaure fut un village de nautes. Nous voyons aussi la tour du Guast, à mi-hauteur
du rempart crénelé qui descend vers le village. À l’ouest,
c’est le Chenavari ; entre lui et le dyke supportant
la forteresse, un vallon qui est actuellement couvert de prés verdoyants
fut pendant longtemps ensemencé en blé. |
| Cette
zone fut habitée à l’époque
préhistorique, ainsi qu’en témoigne
la découverte de silex taillés.Le groupe
s’étant reformé, le Dr Lecerf nous
conduit maintenant à l’emplacement de la
demeure seigneuriale, du XIIIe siècle.
C’est là que résidaient les seigneurs,
tandis que le donjon servait à la défense,
ainsi qu’au stockage des armes et des provisions.
Il n’en reste que quelques pans de murs ;
l’un d’eux est percé d’une fenêtre à meneaux
qui, nous fait remarquer le Dr Lecerf, est le fait d’une
reconstitution aberrante.
Après
le repas pris dans une salle mise gracieusement à notre
disposition par la municipalité, le
Dr Lecerf nous emmène visiter l’ancien
quartier de la Violle. |

Vestiges
de la demeure seigneuriale |
Visite
du quartier de la Violle
Celui-ci s’étage au bas de la pente dominée
par le château. Il revit progressivement grâce à une
restauration intelligente, mais le travail est loin d’être
achevé. Il faut beaucoup de courage et de compétence pour
relever ces ruines et reconstituer de belles maisons d’époque. |
Partis de l’Hôtel
de Ville, devant lequel a été placée
une copie du milliaire VIIII de la voie romaine
d’Antonin
le Pieux, nous parcourons
la rue du Faubourg qui traverse la ville du nord
au sud ; beaucoup de détails architecturaux,
de nombreux remplois (têtes, figurines) mériteraient
un examen plus attentif. L’ensemble, homogène,
date de la première moitié du XVIe siècle.
Plusieurs rues très en pente grimpent sur
notre droite. Après « la Placette »,
où subsiste un vieux lavoir, nous continuons
par la rue de la Violle. Une autre place sur notre
gauche marque l’emplacement de l’ancienne
chapelle des Pénitents qui remplaça
un certain temps N.-D. des Anges dans son rôle
d’église paroissiale, avant la construction
de l’église actuelle. Construite en
1718, elle fut démolie en 1919. Il n’en
subsiste que le petit clocher arcade, avec sa cloche,
que l’on voit de la route nationale.
|

Copie
du milliaire VIIII nord de la voie des Helviens |
Découvert à la
fin du XVIIIe siècle près
de la Croix de la Lauze, au sud de Rochemaure,
le milliaire 9 nord de la voie des Helviens
a été transporté d'abord
au château de Joviac, puis au lycée
de Privas ; ramené récemment à Rochemaure,
il a été mis à l'abri
dans la chapelle N.-D. des Anges, tandis qu'une
copie en était placée devant
l'hôtel de ville.
Pour
en savoir plus sur la voie des Helviens et
ses milliaires, cliquer
ici |
|
 Porte des Tournelles
|

Cartouche
portant les lettres IHS entrelacées
|
Il
faudrait pouvoir s’attarder plus longtemps dans
ce quartier pour en observer à loisir tous les
détails. Citons encore une façade de
style gothique flamboyant, sans doute du XVe siècle,
dont les sculptures en calcaire clair se détachent
sur un fond de basalte noir, un cartouche du même
style aux lettres IHS entrelacées sur une maison
en face, une façade aristocratique du XIVe siècle
dans la rue des remparts qui monte sur notre droite,
puis encore, percée dans le rempart, la porte
des Tournelles avec sa bretèche…
Mais il est quand même
largement temps de quitter Rochemaure pour rejoindre
Meysse, deuxième étape de notre journée,
ce que nous devons nous résoudre à faire,
après avoir encore chaleureusement remercié le
Dr Lecerf pour avoir bien voulu nous consacrer tant
de temps et nous faire profiter de sa connaissance
approfondie de Rochemaure et de son histoire.


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BIBLIOGRAPHIE
CHABREDIER
Ludovic, Rochemaure gardienne du Rhône, Rochemaure : éd.
Sudre, 1980.
LAFFONT Pierre-Yves, Atlas des
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