| Ruoms
et Labeaume |
106 personnes participaient à cette sortie qui bénéficia
d'un très beau temps d'automne. La visite du vieux Ruoms
le matin était accompagnée, guidée et commentée
par Nicolas Clément, auteur du mémoire de maîtrise
intitulé : "La continuité de l'occupation
du site de Ruoms de l'époque gallo-romaine à l'installation
du prieuré clunisien" et par Madame Marie-Hélène
Balazuc, agrégée d'histoire et auteur des deux ouvrages :
"Mémoires de soie" et "Mémoires
de pierre."
Partis du grand parking
devant l'Office de Tourisme, nous nous rendons d'abord dans l'enclos
entre la chapelle Notre-Dame-des-Pommiers et l'église Saint-Pierre,
où Nicolas Clément dresse un bref bilan historique
de la ville de Ruoms.
La plus ancienne trace de l'occupation humaine
à Ruoms remonte au Moustérien, civilisation mise
en évidence dès le début du XXe
siècle dans la grotte de Beaume Granas. D'époque
plus récente sont les dolmens situés sur le plateau
calcaire de la rive gauche de l'Ardèche. Sur les onze recensés
par Jules Ollier de Marichard au XIXe siècle, sept sont
encore visibles. Dans celui du méandre de Gens, qui a livré
le plus bel ensemble du Chalcolithique, Raymond Mont jardin a
mis en évidence les restes de sépulture de plus
d'une centaine d'individus. Non loin de là, il a également
découvert au moulin de Grazel un habitat de la fin du Néolithique
- début de l'âge du bronze. |
Le site de Ruoms a été occupé dès
la période du Chasséen.
Lors des fouilles du parking de la Place des Anciens Combattants,
Nicolas Clément a pu mettre au jour des fragments de céramique
et des lamelles en silex. La période de l'Âge de
Fer est attestée par la présence de céramiques
massaliotes et pseudo-ioniennes dans la grotte de Beaume Granas.
L'étymologie de Ruoms rappelle aussi la présence
gauloise, puisque ce nom viendrait soit de Ritomagus (champ/marché
du chef/roi), soit de Rigomagus (champs/marché du gué).
Nicolas Clément a pu recueillir en prospection un tesson
de céramique du IVe siècle avant J.C..
Les monnaies (obole de Marseille, demi-as de Nîmes) marquent
bien la transition et le passage à l'Empire Romain. Les
vestiges antiques les plus nombreux remontent à la période
du I er au IIIe siècle après J.C.. Ruoms
est devenu une agglomération, relais au bord de la voie
dite d'Antonin le Pieux. Les fouilles de ces dernières
années montrent une occupation du sol de plus du double
de la superficie du village médiéval clos dans ses
remparts. Du haut Moyen- Âge, on a quelques tessons de céramique
et des fragments de sarcophages. L'époque carolingienne
est attestée par les entrelacs en réemploi dans
l’église. Puis arrive la donation de Seguin, riche
alleutier (propriétaire terrien), qui cède la villa
de Ruoms avec ses quatre églises à l'abbaye de Cluny
à la fin du Xe siècle. C'est la naissance du prieuré
clunisien qui perdure jusqu'à la Révolution. |
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| Le
bâtiment par lequel nous sommes entrés dans l'enclos
est vraisemblablement carolingien et, peut-être, le seul vestige
d'une de ces quatre églises du Xe siècle.
À côté se trouve l'actuelle chapelle Notre-Dame-des-Pommiers.
Cette construction romane en calcaire tendre non local faisait probablement
partie d'un ensemble plus complexe et appartenait certainement à
la première église Saint-Pierre édifiée
par les moines clunisiens vers la première moitié
du XIe siècle. On y retrouve, en réemploi,
l'archivolte de la porte occidentale ainsi que deux médaillons
symbolisant deux des quatre évangélistes (le lion
de saint Marc et l'ange de saint Mathieu). |
À l'intérieur
de la chapelle se trouve un tableau représentant la Vierge
portant le Christ. Un sondage devant la porte a permis de mettre
au jour des structures antiques avec du béton à tuileau
à mettre en relation avec les deux pièces du complexe
thermal antique découvert à l'angle sud-ouest de l'église
Saint-Pierre. Depuis l'enclos, nous observons
le clocher de l'église Saint-Pierre qui montre les différentes
phases de construction et notamment l'emmurement du premier niveau,
traditionnellement daté des guerres de Religion, qui rend
peu esthétique le premier niveau de ce beau clocher roman.
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| Nous pénétrons
dans l'église par une porte du transept nord d'apparence
moderne à l'extérieur ; mais vue de l'intérieur,
on s'aperçoit qu'il s'agit en fait d'une porte médiévale
en plein cintre constituée d'un calcaire identique à
celui de l'archivolte et des médaillons de réemploi
de la chapelle. Faut-il y voir leur emplacement d'origine ? L'étude
du bâti montre que l'église Saint-Pierre a été
édifiée en plusieurs étapes. Le chœur
est la partie la plus ancienne et peut être daté du
XIe siècle. On y observe la présence de plusieurs
niches avec des ouvertures qui ne sont pas des baies romanes mais
contemporaines. Un décor polychrome bien conservé
est visible dans les écoinçons. Aux deux premiers
piliers de la nef, des entrelacs en réemploi proviennent
vraisemblablement d'une des églises mentionnées dans
la donation de Seguin. |
Dans l'absidiole nord, se trouvent
deux niches superposées qui auraient pu servir de reliquaire.
La croisée du transept se compose d'une coupole sur trompes
reposant elles-mêmes sur des colonnettes. Des fragments de
peintures y sont encore observables. La nef et le bas-côté
méridional sont romans et contemporains. Entre ces deux corps
et au niveau de la deuxième travée, on a une belle
baie simple romane, aujourd'hui obstruée, mais qui offrait
un large puits de lumière au XIIe siècle.
On peut supposer qu'à cette époque la porte principale
se situait sous cette baie dans le collatéral sud et que,
en conséquence, l'archivolte et les médaillons de
la chapelle s'y trouvaient aussi. Le collatéral nord est
lui du XIXe siècle. |
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| Ressortant de l'église,
nous nous trouvons devant sa façade occidentale où
se trouve, en réemploi, insérée dans la partie
correspondant au collatéral nord, une stèle funéraire
anépigraphe antique. Les objets qui y sont sculptés,
traditionnellement interprétés comme des outils de
forgeron, sont vraisemblablement plutôt les attributs d'un
commerçant tenant un bazar ou une quincaillerie. On retrouve
également dans cette façade les traces de la nef et
celles du collatéral sud marquées par les différentes
phases de construction. Dans le tiers inférieur, nous visualisons
bien la partie romane avec les vestiges du toit à une pente.
La partie supérieure est une construction fruste avec un
matériel hétérogène et est traditionnellement
datée des guerres de Religion. L'actuelle porte occidentale
n'est pas d'époque médiévale et encore moins
romane comme on a pu l'écrire dans des ouvrages reconnus.
En l'étudiant de près, on s'aperçoit qu'il
s'agit d'une construction postérieure. En couplant cette
observation avec l'analyse des archives communales, on peut la dater
de 1844, date à laquelle la municipalité refuse de
payer les travaux de la porte car la taille des pierres est de mauvaise
facture. Sur le côté
nord de la place de l'église, se trouve la porte Saint-Roch,
porte en ogive marquant l'entrée du prieuré clunisien
et qui doit dater des XIIe - XIIIe siècles
Sous la place, des inhumations en pleine terre ont été
découvertes. Il s'agit d'un cimetière antérieur
à l'arrivée des clunisiens au XIe siècle.
Contre la façade sud de l'église, des fouilles ont
mis au jour une partie du cimetière médiéval
avec son mur de clôture Les sépultures étaient
constituées de blocs entourant le défunt, recouverts
d'une dalle fermant le caveau, le tout en calcaire |
marneux. Sur la douzaine de sépultures
fouillées, une seule renfermait un vase pégau. Dans
une autre (celle d'un pèlerin?), a été trouvé
un ferret de bourdon. Sous le cimetière médiéval,
au niveau de l'angle sud-ouest de l'église, se trouvaient
deux pièces appartenant à un complexe thermal antique.
La plus grande était une piscine d'eau froide; la plus petite,
conservée dans sa totalité, servait de baignoire d'eau
froide avec un sol en opus spicatum (briquettes disposées
en chevron). Divers éléments permettent de penser
que les pièces d'eau chaude se situaient dans l'enclos entre
la chapelle Notre-Dame-des-Pommiers et l'église Saint-Pierre.
Ces vestiges ont été réutilisés au cours
du haut Moyen-âge comme dépotoir. On y trouve des fragments
de céramique des Ve - VIe siècles
ainsi que des déchets alimentaires. La
visite se termine devant les remparts, place Colonel Scipion Tourre.
La région a connu de nombreux troubles pendant la guerre
de Cent Ans avec les raids des Routiers et des Tuchins, paysans
révoltés. Ces derniers ont pris Sampzon C'est en
1390 que les habitants de Ruoms demandent au roi d'ériger
de nouvelles fortifications car celles du prieuré sont
insuffisantes. Aujourd'hui, la quasi-totalité de ces remparts
est intacte avec six tours rondes et deux tours carrées
marquant les accès médiévaux du village.
Seuls les créneaux, le chemin de ronde et la tour ronde
est ont été détruits. Une fête organisée
par l'ensemble des associations de la commune, sous la houlette
de l'Amicale du Pays Ruomsois, a permis de récolter de
l'argent destiné à la mise en valeur du vieux Ruoms.
Ainsi a été mis en place un parcours culturel avec
des panneaux explicatifs sur les principaux monuments.
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Après
l'assemblée générale, à laquelle
assistaient, outre nos guides, MM. Lestra, adjoint au maire
de Ruoms qu'il représentait et Jean Prat, président
de l'Amicale du Pays Ruomsois, et le déjeuner, M.
Paul Jourdan, ancien exploitant de carrières nous
emmenait visiter ses anciennes carrières, d'où
était extraite la célèbre pierre de
Ruoms avec laquelle
ont été bâtis de nombreux édifices,
non seulement en Ardèche, mais un peu partout en
France et à l'étranger. Une légende
dit, mais il semble que ce n'est qu'une légende,
que la base de la Statue de la Liberté à New
York est en pierre de Ruoms.
La journée se terminait par la visite du très
beau village de Labeaume, visite guidée et fort bien
commentée par Marie-Hélène Balazuc.
Elle fut tellement appréciée qu'à 7
h 30 nous étions encore une quinzaine à l'écouter
sur la place en bordure de la rivière.
13 octobre 2001
D'après un texte de Nicolas Clément
Photos : Paul Bousquet
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Labeaume
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