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RUOMS   (13 octobre 2001)

Cent six personnes participaient à cette sortie qui bénéficia d'un très beau temps d'automne. La visite du vieux Ruoms le matin était accompagnée, guidée et commentée par Nicolas Clément, auteur du mémoire de maîtrise intitulé : « La continuité de l'occupation du site de Ruoms de l'époque gallo-romaine à l'installation du prieuré clunisien » et par Madame Marie-Hélène Balazuc, agrégée d'histoire et auteur des deux ouvrages : « Mémoires de soie » et « Mémoires de pierre ».

Partis du grand parking devant l'Office de Tourisme, nous nous rendons d'abord dans l'enclos entre la chapelle Notre-Dame-des-Pommiers et l'église Saint-Pierre, où Nicolas Clément dresse un bref bilan historique de la ville de Ruoms.

La plus ancienne trace de l'occupation humaine à Ruoms remonte au Moustérien, civilisation mise en évidence dès le début du XXe siècle dans la grotte de Beaume Granas. D'époque plus récente sont les dolmens situés sur le plateau calcaire de la rive gauche de l'Ardèche. Sur les onze recensés par Jules Ollier de Marichard au XIXe siècle, sept sont encore visibles. Dans celui du méandre de Gens, qui a livré le plus bel ensemble du Chalcolithique, Raymond Montjardin a mis en évidence les restes de sépulture de plus d'une centaine d'individus. Non loin de là, il a également découvert au moulin de Grazel un habitat de la fin du Néolithique - début de l'âge du bronze.

Ruoms : vue g´n´rale

Le site de Ruoms a été occupé dès la période du Chasséen.
Lors des fouilles du parking de la place des Anciens Combattants, Nicolas Clément a pu mettre au jour des fragments de céramique et des lamelles en silex. La période de l'âge du fer est attestée par la présence de céramiques massaliotes et pseudo-ioniennes dans la grotte de Beaume Granas. L'étymologie de Ruoms rappelle aussi la présence gauloise, puisque ce nom viendrait soit de Ritomagus (champ/marché du chef/roi), soit de Rigomagus (champ/marché du gué). Nicolas Clément a pu recueillir en prospection un tesson de céramique du IVe siècle avant J.-C.. Les monnaies (obole de Marseille, demi-as de Nîmes) marquent bien la transition et le passage à l'empire romain. Les vestiges antiques les plus nombreux remontent à la période du Ier au IIIe siècle après J.-C.. Ruoms est devenu une agglomération, relais au bord de la voie dite d'Antonin le Pieux. Les fouilles de ces dernières années montrent une occupation du sol de plus du double de la superficie du village médiéval clos dans ses remparts. Du haut Moyen- Âge, on a quelques tessons de céramique et des fragments de sarcophages. L'époque carolingienne est attestée par les entrelacs en réemploi dans l’église. Puis arrive la donation de Seguin, riche alleutier (propriétaire terrien), qui cède la villa de Ruoms avec ses quatre églises à l'abbaye de Cluny à la fin du Xe siècle. C'est la naissance du prieuré clunisien qui perdure jusqu'à la Révolution.

Ruoms : chapelle N.-D. des Pommiers Ruoms : chapelle N.-D. des Pommiers, détail de la façade

Chapelle Notre-Dame des Pommmiers

Le bâtiment par lequel nous sommes entrés dans l'enclos est vraisemblablement carolingien et, peut-être, le seul vestige d'une de ces quatre églises du Xe siècle. À côté se trouve l'actuelle chapelle Notre-Dame-des-Pommiers. Cette construction romane en calcaire tendre non local faisait probablement partie d'un ensemble plus complexe et appartenait certainement à la première église Saint-Pierre édifiée par les moines clunisiens vers la première moitié du XIe siècle. On y retrouve, en réemploi, l'archivolte de la porte occidentale ainsi que deux médaillons symbolisant deux des quatre évangélistes (le lion de saint Marc et l'ange de saint Mathieu).

Ruoms : clocher

 À l'intérieur de la chapelle se trouve un tableau représentant la Vierge portant le Christ. Un sondage devant la porte a permis de mettre au jour des structures antiques avec du béton à tuileau à mettre en relation avec les deux pièces du complexe thermal antique découvert à l'angle sud-ouest de l'église Saint-Pierre. 
Depuis l'enclos, nous observons le clocher de l'église Saint-Pierre qui montre les différentes phases de construction et notamment l'emmurement du premier niveau, traditionnellement daté des guerres de Religion, qui rend peu esthétique le premier niveau de ce beau clocher roman.

Nous pénétrons dans l'église par une porte du transept nord d'apparence moderne à l'extérieur ; mais vue de l'intérieur, on s'aperçoit qu'il s'agit en fait d'une porte médiévale en plein cintre constituée d'un calcaire identique à celui de l'archivolte et des médaillons de réemploi de la chapelle. Faut-il y voir leur emplacement d'origine ? L'étude du bâti montre que l'église Saint-Pierre a été édifiée en plusieurs étapes. Le chœur est la partie la plus ancienne et peut être daté du XIe siècle. On y observe la présence de plusieurs niches avec des ouvertures qui ne sont pas des baies romanes mais contemporaines. Un décor polychrome bien conservé est visible dans les écoinçons. Aux deux premiers piliers de la nef, des entrelacs en réemploi proviennent vraisemblablement d'une des églises mentionnées dans la donation de Seguin.

´glise de Ruoms : le choeur

Dans l'absidiole nord, se trouvent deux niches superposées qui auraient pu servir de reliquaire. La croisée du transept se compose d'une coupole sur trompes reposant elles-mêmes sur des colonnettes. Des fragments de peintures y sont encore observables. La nef et le bas-côté méridional sont romans et contemporains. Entre ces deux corps et au niveau de la deuxième travée, on a une belle baie simple romane, aujourd'hui obstruée, mais qui offrait un large puits de lumière au XIIe siècle. On peut supposer qu'à cette époque la porte principale se situait sous cette baie dans le collatéral sud et que, en conséquence, l'archivolte et les médaillons de la chapelle s'y trouvaient aussi. Le collatéral nord est lui du XIXe siècle.


´glise de Ruoms : Trompe de la coupole
´glise de Ruoms : coupole

Ressortant de l'église, nous nous trouvons devant sa façade occidentale où se trouve, en réemploi, insérée dans la partie correspondant au collatéral nord, une stèle funéraire anépigraphe antique. Les objets qui y sont sculptés, traditionnellement interprétés comme des outils de forgeron, sont vraisemblablement plutôt les attributs d'un commerçant tenant un bazar ou une quincaillerie. On retrouve également dans cette façade les traces de la nef et celles du collatéral sud marquées par les différentes phases de construction. Dans le tiers inférieur, nous visualisons bien la partie romane avec les vestiges du toit à une pente. La partie supérieure est une construction fruste avec un matériel hétérogène et est traditionnellement datée des guerres de Religion. L'actuelle porte occidentale n'est pas d'époque médiévale et encore moins romane comme on a pu l'écrire dans des ouvrages reconnus. En l'étudiant de près, on s'aperçoit qu'il s'agit d'une construction postérieure. En couplant cette observation avec l'analyse des archives communales, on peut la dater de 1844, date à laquelle la municipalité refuse de payer les travaux de la porte car la taille des pierres est de mauvaise facture.

´glise de Ruoms : façade occidentale

Sur le côté nord de la place de l'église, se trouve la porte Saint-Roch, porte en ogive marquant l'entrée du prieuré clunisien et qui doit dater des XIIe - XIIIe siècles. Sous la place, des inhumations en pleine terre ont été découvertes. Il s'agit d'un cimetière antérieur à l'arrivée des clunisiens au XIe siècle. Contre la façade sud de l'église, des fouilles ont mis au jour une partie du cimetière médiéval avec son mur de clôture. Les sépultures étaient constituées de blocs entourant le défunt, recouverts d'une dalle fermant le caveau, le tout en calcaire marneux. Sur la douzaine de sépultures fouillées, une seule renfermait un vase pégau. Dans une autre (celle d'un pèlerin ?), a été trouvé un ferret de bourdon. Sous le cimetière médiéval, au niveau de l'angle sud-ouest de l'église, se trouvaient deux pièces appartenant à un complexe thermal antique. La plus grande était une piscine d'eau froide ; la plus petite, conservée dans sa totalité, servait de baignoire d'eau froide avec un sol en opus spicatum (briquettes disposées en chevron). Divers éléments permettent de penser que les pièces d'eau chaude se situaient dans l'enclos entre la chapelle Notre-Dame-des-Pommiers et l'église Saint-Pierre. Ces vestiges ont été réutilisés au cours du haut Moyen-Âge comme dépotoir. On y trouve des fragments de céramique des Ve - VIe siècles ainsi que des déchets alimentaires.

Ruoms : rue des Tournelles

Rue des Tournelles, les maisons sont adossées au rempart.

La visite se termine devant les remparts, place Colonel Scipion Tourre. La région a connu de nombreux troubles pendant la guerre de Cent Ans avec les raids des Routiers et des Tuchins, paysans révoltés. Ces derniers ont pris Sampzon. C'est en 1390 que les habitants de Ruoms demandent au roi d'ériger de nouvelles fortifications car celles du prieuré sont insuffisantes. Aujourd'hui, la quasi-totalité de ces remparts est intacte avec six tours rondes et deux tours carrées marquant les accès médiévaux du village. Seuls les créneaux, le chemin de ronde et la tour ronde est ont été détruits. Une fête organisée par l'ensemble des associations de la commune, sous la houlette de l'Amicale du Pays Ruomsois, a permis de récolter de l'argent destiné à la mise en valeur du vieux Ruoms. Ainsi a été mis en place un parcours culturel avec des panneaux explicatifs sur les principaux monuments.

Après l'assemblée générale, à laquelle assistaient, outre nos guides, MM. Lestra, adjoint au maire de Ruoms qu'il représentait et Jean Prat, président de l'Amicale du Pays Ruomsois, et le déjeuner, M. Paul Jourdan, ancien exploitant de carrières nous emmenait visiter ses anciennes carrières, d'où était extraite la célèbre pierre de Ruoms avec laquelle ont été bâtis de nombreux édifices, non seulement en Ardèche, mais un peu partout en France et à l'étranger. Une légende dit, mais il semble que ce n'est qu'une légende, que la base de la statue de la Liberté à New-York est en pierre de Ruoms.

La journée se terminait par la visite du très beau village de Labeaume, visite guidée et fort bien commentée par Marie-Hélène Balazuc. Elle fut tellement appréciée qu'à 19 h 30 nous étions encore une quinzaine à l'écouter sur la place en bordure de la rivière.

D'après un texte de Nicolas Clément

N.-D. des Pommiers

N.-D. des Pommiers

Affiche

Fêtes du millénaire de la fondation du prieuré clunisien (1998)

remploi carolingien

Entrelacs en réemploi dans l'église

Pour en savoir plus sur l'église de Ruoms :