SAINT-PAUL-DE-TARTAS
(Journée champêtre du 18 juillet
2004) |
Le programme
de cette journée comportait d'abord la visite de l'église
romane de Saint-Paul-de-Tartas. Deux possibilités avaient
été offertes aux participants, soit de se retrouver
à 10 heures au Chaussadis, chez Marie et Paul Bousquet, pour
aller de là à pied jusqu'à Saint-Paul, soit
de se regrouper à 11 heures devant l'église.
C'est une vingtaine de personnes qui choisirent la première
solution et firent donc le trajet du Chaussadis jusqu'au village
en trois quarts d'heure par une agréable petite route. Celle-ci
traverse le hameau de Fourmagne où l'on reconnaît une
ancienne maison de béate, encore pourvue de sa cloche, mais
moins caractéristique que celle de Saint-André-en-Vivarais
que nous pûmes admirer lors de la sortie du 6 juin dernier,
car ne possédant pas de campanile. Deux petites haltes en
cours de route permirent de reconnaître d'abord le village
de Coucouron, au pied de son petit volcan, le Plot de la Laoune,
puis la chaîne des sucs, depuis le Mont Gerbier-de-Jonc jusqu'au
Mézenc, en passant par le Sépous, le Montfol, la Lauzière,
le Taupernas... Quatre croix jalonnent ce chemin, dont trois en
pierre ; au sommet de la côte, à 1 215 mètres
d'altitude, celle dite « du Couderc du Lac »
possède un fût galbé avec astragale, comme une
colonne antique. La quatrième se trouve à l'entrée
de Saint-Paul. C'est une croix à personnages bien conservée,
portant le millésime 1617, avec le Christ d'un côté
et, de l'autre, une Vierge orante entourée par des anges.
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Croix
du Couderc du Lac |
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À notre arrivée à
Saint-Paul, nous trouvons la place pleine de voitures et c'est
une cinquantaine de personnes qui se regroupent pour écouter
le Président honoraire, Michel Faure, nous présenter
l'église. Il peut pour cela s'appuyer sur le compte rendu,
qu'il a retrouvé, d'une précédente visite
de la «Sauvegarde» (12 août 1975), compte rendu
rédigé par Jean Oisel, à partir de notes
de Robert Saint-Jean.
Le village tire son nom de la colline voisine,
le mont Tartas qui le domine au nord. Jusqu'à la Révolution,
il fit partie du Vivarais et fut le siège d'un prieuré
de l'abbaye de La Chaise-Dieu. |
| L'église est romane (fin
du XIIe siècle), massive, bâtie d'un seul
jet en blocs de granit ou de lave et couverte de lauzes. Le plan
est rectangulaire: une seule nef de vastes proportions, contrebutée
par deux énormes contreforts au niveau de l'arc triomphal.
Ils étaient jadis surmontés d'échauguettes
dont un vestige se voit du côté nord. C'était
donc une église fortifiée, dont les murs ont une épaisseur
énorme. |
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Église
de Saint-Paul-de-Tartas
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La
partie médiane de la façade est en granit ; elle
est flanquée de deux ailes plus étroites, légèrement
saillantes, en pierres de lave. L'entrée est constituée
par un portail à quatre arceaux en ogives, donc plus tardif
que le reste; les nervures des arceaux se raccordent aux parties
verticales sans l'intermédiaire de chapiteaux. Contrairement
au reste de l'édifice, il est réalisé en grès
assez dur. Au-dessus du porche se voit un curieux oculus d'époque
romane : un motif mouluré semi-circulaire en couronne
la partie supérieure et retombe sur deux éléments
sculptés dont Noël Thiollier a proposé une interprétation :
à droite un être dont on devine la tête et les
bras et à gauche un animal fantastique à la longue
queue touffue, qui semble vouloir représenter un loup en
marche {peut-être un ancêtre lointain de la bête
du Gévaudan ?) et dont la tête est écrasée
par le boudin qui termine la moulure. La tradition populaire rapporte
qu'il s'agirait à droite du singe représentant l'esprit
du mal et à gauche du renard symbolisant l'esprit de ruse,
tous deux semblant vouloir, en vain, échapper au châtiment.
La haute façade se termine par un vaste clocher-peigne à
quatre baies, toutes pourvues de leurs cloches, mais obstruées
à l'arrière par une construction couverte, ce qui
est assez fréquent en montagne du fait de la rudesse du climat.
À une époque plus tardive, on a
d'abord rajouté une chapelle latérale au nord, puis
au XIXe siècle, une deuxième au sud, flanquée
d'une sacristie, ce qui nuit à l'ordonnancement extérieur
de l'édifice. |
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Un
des enfeus |

Vestiges
d'une échauguette
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Pénétrons dans celui-ci. Les parements
intérieurs des murs ainsi que la voûte en berceau sont
faits de gros blocs aussi bien appareillés que ceux de la
façade et des murs extérieurs. La voûte est
renforcée d'arcs doubleaux en cintre légèrement
surhaussé retombant sur des consoles sculptées. Un
gros bandeau de section rectangulaire entoure la naissance de la
voûte.
L'arc triomphal retombe sur deux chapiteaux sculptés qui,
contrairement à l'habitude, ne couronnent pas une colonne
ou un pilier, mais sont disposés comme des modillons, supportés
par une sorte de corbeau. Celui du nord est particulièrement
original par son décor formé de quatre sirènes
à deux queues qui entourent la corbeille, en tenant dans
chaque main une queue-jambe de leur voisine. Le motif de la sirène
à deux queues se retrouve dans quelques églises du
Velay1, notamment au porche du For de la cathédrale
du Puy, mais la composition du chapiteau de Saint-Paul est unique.
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1-Burger
P. et Crémilleux A, La Sirène et le chapiteau
roman,
43260 Saint-Julien-Chapteuil, Les Éditions du Roure,
1997 |
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Le chur,
légèrement plus étroit que la nef, se
termine par un chevet plat percé d'une longue et étroite
fenêtre au profond ébrasement et d'un important
oculus. Comme cela se rencontre dans d'autres églises,
l'axe du choeur est légèrement dévié
par rapport à celui de la nef. Faut-il y voir ce symbolisme
si controversé de l'inclinato capite rappelant
l'inclinaison de la tête du Christ sur la croix ? Selon
Robert Saint-Jean, il s'agirait plus prosaïquement d'une
erreur de raccordement des fondations lors d'une reconstruction
partielle de l'édifice. Dans le chur,
on remarque un vestige de boiserie sculptée, sans doute
du XVIIIe siècle, qui devait s'étendre
à l'ensemble du pourtour; est-ce l’œuvre
d'un artisan local ou une récupération d'un
couvent détruit ? Vers l'entrée,
une seconde voûte basse, peu saillante, devait composer
un élément de construction avec l'oculus de
la façade. Une tribune en bois, plus récente,
en altère le caractère.
Un cimetière entourait l'église. Contre son
mur nord subsistent deux enfeus en bon état de conservation.
Construits en granit et couverts de lauzes, ils dateraient
du XIIe siècle. L'entablement de celui de
gauche était soutenu par quatre colonnettes dont une
seule subsiste ; celui de droite, par deux consoles au
masque humain encore reconnaissable et par deux colonnettes
disparues. Une allée mène de la porte de l'enclos
à celle de l'église ; elle est bordée
de pierres tombales mises bout à bout et toutes semblables,
avec une grande croix en relief. Faut-il y voir le manque
d'imagination de quelque tailleur de pierre local ou l'uniformité
voulue des tombes des religieux bénédictins
? |
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| D'après
les vestiges retrouvés, on pense que le prieuré
s'étendait assez loin autour de l'église. En
tous cas, une très belle et ancienne maison du village
en faisait certainement partie ; on dit même qu'elle
aurait été la maison du Prieur. Nous avons eu
la chance de pouvoir, non seulement en contempler l'extérieur,
en grandes pierres parfaitement taillées et appareillées,
mais aussi pénétrer dans la salle du rez-de-chaussée
superbement voûtée, grâce à l'extrême
obligeance de sa propriétaire, Mme Schuyten,
que nous tenons à remercier encore ici.
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Compte
tenu de l’heure avancée, le retour au Chaussadis,
où nous attendait l’apéritif, s’effectua
en voiture pour tout le monde. Puis ce fut le pique-nique
dans le pré, à table ou assis dans l’herbe,
selon le goût de chacun.
Vint enfin, dans la grange,
la projection de la première partie d’un diaporama
consacré aux Églises romanes en Ardèche.
Il s’agit des églises de la partie méridionale
du rivage rhodanien, de Bourg-Saint-Andéol à
Cruas.
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Photographies :
P. Bousquet & J.-P. Huyon
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