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SAINT-VINCENT-DE-BARRÈS - CHÂTEAU DE BERZÈME  (12 mai 2007)

Le village de Saint-Vincent-de-Barrès

Une centaine de personnes se retrouvent sur la place de la mairie de Saint-Vincent-de-Barrès, où nous sommes reçus par MM. Legrand et Sabatier, membres de l’association « Barrès Loisir Animation Culture » et par M. Perrin, maire de la commune.
  Le groupe se rassemble ensuite dans la salle communale pour une présentation de l’histoire de Saint-Vincent-de-Barrès, dont l’essentiel est résumé ici.

Le chevalier « Stéphane » aurait construit un fort au Barry, en face de Saint-Vincent, vers 925. D'après la charta vetus, l’évêché de Viviers créa, avant le Xe siècle, une fondation sur le territoire d’une villa gallo-romaine, la villa Artenica. Ensuite, en 1020, l’évêque de Viviers échangea avec les bénédictins de Cluny l’église de Saint-Vincent contre celle de Meysse. Les moines bénédictins y sont restés presque jusqu’à la Révolution.

Saint-Vincent-de-Barrès : une des portes du village et fontaine

En 1095, Genton de Barrès participe à la première croisade. Un différend entre le comte de Valentinois et l’évêque de Viviers à propos de la suzeraineté sur le Barrès se règle en 1213 au bénéfice de l’évêque. Le fort du Barry, vendu au comte de Valentinois en 1256, est saisi par ordre du roi en 1390, puis restitué en 1392.
Le Barrès, comme le Valentinois, est rattaché au duché de Savoie de 1424 à 1446, puis fait définitivement partie du domaine royal en 1467. Saint-Vincent sera pris par les huguenots en 1574, mais restera à l’écart des grands troubles liés aux guerres de Religion ; il en sera de même au moment de la Révolution. Le rempart a été partiellement démoli entre 1830 et 1905.
Les municipalités successives, ainsi que les propriétaires privés, ont fait un gros effort de restauration de tout le bâti ancien : remparts, tours, église, ruelles et maisons anciennes. Une signalisation a été mise en place pour la visite, le commentaire qui suit s’en inspirera largement.

Une partie du groupe assiste ensuite à la projection d’un documentaire sur les fêtes médiévales. Ces fêtes ont lieu tous les quatre ans, avec une grande manifestation en costumes d’époque. Les dernières ont eu lieu en septembre 2006 (spectacle « le Moyen Âge en jeu », jeux de société, jeux d’adresse, etc.)

 Les autres participants suivent, soit M. Sabatier, soit son épouse, pour une visite du vieux village.
Bâti sur un promontoire rocheux dominant la plaine et la route actuelle de Privas au Teil par Meysse, vis-à-vis du plateau du Coiron, c’est un bel exemple de village fortifié, en partie conservé et restauré, avec six tours le long du rempart, et quatre autres (dont la tour de la prison) défendant le château. Le donjon date de la fin du XIe siècle, les parties annexes du château ont été rajoutées au XIIe et au XIIIe siècle ; au-dessus de la porte de la mairie, dans les bâtiments restaurés du château, on remarque le blason de la famille Chambaud de La Tourrette.

Saint-Vincent-de-Barrès : le donjon

Saint-Vincent-de-Barrès - Le donjon

Nous descendons vers la porte des notables, entrée principale de l’enceinte fortifiée, autrefois fermée par deux grandes barres en bois bloquées sur des butées. Elle était précédée d’un long passage couvert en chicane et surveillée par une meurtrière. L’église actuelle date de 1687 ; elle a remplacé celle du XIe siècle abandonnée pendant les guerres de Religion.

Derrière l’église, la vue depuis le rempart s’étend jusqu’au Coiron et à la montagne d’Andance ; c’est l’occasion pour nos guides de retracer l’histoire de ce paysage volcanique où le basalte, après avoir rempli les vallées il y a 6 millions d’années, s’est retrouvé former les hauteurs par suite de l’érosion des terrains sédimentaires environnants. Sur la « montagne d’Andance » est exploité un gisement de diatomite, roche composée de silice presque pure, formée à partir d’organismes fossiles, les diatomées.

Nous parcourons ensuite la longue ruelle courbe qui s’étire sur le côté est du village ; on peut y voir entre autres des maisons anciennes très étroites et une échoppe médiévale dont la porte centrale, au milieu de l’arc voûté, est fermée par un volet de bois, dépliable vers l’extérieur et sur lequel le marchand exposait ses articles, ensuite « triés sur le volet ». 

Au terme de cette visite, nous pouvons remercier nos hôtes pour la qualité de leur accueil et pour tout le travail réalisé dans la réhabilitation de leur patrimoine bâti.

Saint-Vincent-de-Barrès : la porte des notables

Saint-Vincent-de-Barrès - La porte des notables

Saint-Vincent-de-Barrès : une échoppe médiévale

Saint-Vincent-de-Barrès - Une échoppe médiévale

L’étape suivante nous mène au-dessus de Privas, au bout de la route très raide qui conduit à Chabanet au restaurant « la Bergerie ». M. Caddet, maire de Berzème et M. de Pampelonne se joignent à nous pour ce repas chaleureux. C’est ensuite la petite route rejoignant celle du col de Benas, autrefois lieu de passage entre le nord et le sud du Vivarais, contrôlé par le château de Cheylus, puis nous traversons le Coiron, pays d’élevage, marqué par des prairies à l’herbe abondante et où les arbres sont rares, climat oblige... Parfois, les éoliennes les remplacent.

À Berzème, Monsieur Caddet nous présente le château racheté en 1997 par cette petite commune de 150 habitants. Construit en basalte, la pierre noire du Coiron, c’est en fait une maison forte : un bâtiment carré flanqué au sud de deux tours rondes, crénelées à l’origine, mais écimées probablement par ordre de Richelieu, avec une cour d’honneur au sud et des bâtiments annexes au nord.

château de Berzème

Le château de Berzème

Le château était encore habité en 1986, mais déjà mal entretenu. C’était presque une ruine dix ans plus tard. Mis en vente, il avait d’abord intéressé un promoteur qui voulait en réalité construire 90 bungalows sur les terrains contigus. À la suite de cela, la commune décida de l’acheter à son compte pour le préserver.

La propriété agricole comprenait 17 hectares, dont quatre de prés. Au XIXe siècle, l’un des propriétaires, Eugène de Villedieu, y créa un arboretum composé d’essences nobles, qui a été confié en gestion à l’ONF.

En 1999, la commune a réalisé des travaux d’urgence sur le bâtiment principal, puis en 2000-2003 la mise hors d’eau, ensuite les travaux intérieurs. Les ressources propres de la commune étant limitées, le financement a été en partie réalisé grâce à la location de la moitié du château à « Vivarais Habitat » (cet organisme y a réalisé cinq appartements) et grâce à la vente d’une partie des terrains pour la construction de petits bâtiments d’habitation (sous le contrôle de l’architecte des bâtiments de France).

Devant cette belle façade, M. Caddet nous raconte l’histoire du château.

Escalier du château de Berzème

Escalier du château de Berzème
(photo Simone Delubac)

Pour Benoît d’Entrevaux, il daterait du XVe siècle, la seigneurie appartenait alors aux Lestrange. Mais dans un manuscrit écrit par le curé Fauché en 1788, on peut lire : « un noble, Gaspard de Mantin, d’Avignon, acheta en 1634 les terres de Berzème et d’Allier et fit aussitôt construire le château. » Peut-être a-t-il simplement fait construire (ou reconstruire) les deux tours sur les ruines d’un ancien domaine. Le château appartint ensuite à la famille privadoise des Fayon (noble Fayon, baron de Montbrun, seigneur du Clap et son épouse Suzanne de Joviac en 1760, puis Antoine de Fayon dit l’abbé de Montbrun, en 1772), à celle des Roqueplane en 1782. À la fin du XIXe siècle, on y trouve le poète Eugène de Villedieu, qui fut préfet de l’Ardèche.
Nous montons au premier étage par un magnifique escalier à vis en bois massif ; cet escalier avait été démonté et vendu, il a pu heureusement être récupéré chez un brocanteur et remonté à sa place initiale. Cette tour de gauche abritait autrefois un oratoire. En haut, nous traversons une salle réservée aux activités de la commune et un espace à vocation muséale. Les plafonds à la française en trop mauvais état n’ont pu y être conservés. À l’est, la grande salle donne de plain-pied sur l’extérieur et nous pouvons apercevoir les bâtiments annexes, dont la restauration doit débuter en juin de cette année. Le château doit en effet accueillir dans la mezzanine de la grande salle et dans ses annexes la collection de l’ancien musée agricole du Verdus près de Privas ; cette collection acquise par le Conseil général rassemble aussi bien des outils à main (coulassou, bigot...) que de grosses pièces (tracteurs et locomobiles à vapeur).

Nous n’avons pas vu l’arboretum, 25 hectares autour du château, dont 10 en futaie régulière, avec des cèdres, mélèzes, épicéas, séquoias, frênes, tilleuls, érables, sycomores, ormes, etc.

Nous quittons Berzème et le plateau par une petite route en direction de Saint-Martin-sur-Lavezon et du château de Pampelonne où nous sommes fort aimablement reçus par Régis de Pampelonne et son épouse autour du verre de l’amitié. De la terrasse du château, on jouit d’une vue remarquable sur le Barrès et cette halte clôture très agréablement la journée.

Bernard de Brion