retour accueil

TOURNON-SUR-RHÔNE
Château - musée, collégiale Saint-Julien, chapelle et bibliothèque historique du lycée, fouilles archéologiques

château de Tournon

Château de Tournon

La Sauvegarde s'était rendue à Tournon en août 2003 à l'occasion de sa sortie annuelle avec l'Amicale des Ardéchois à Paris ; le compte rendu de cette visite avait été rédigé par Michel Carlat, Michel Faure et Juliette Thiébaud.
Elle y est retournée le 13 avril 2013 pour son assemblée générale annuelle et le 3 août 2017, à nouveau avec l'Amicale des Ardéchois à Paris.
Le présent texte reprend essentiellement l'ensemble des comptes rendus de ces visites, auxquels nous avons ajouté un complément, dû à Christiane Bernard, sur les remplois romans encastrés dans la façade de l'église Saint-Julien.

LE CHÂTEAU-MUSÉE

Du quai Farconnet, face à l'ancien hôtel de la Tourette, on peut admirer le mur Renaissance du château de Tournon, édifice méconnu et, oh combien ! intéressant. Construit par Claude de la Tour-Turenne, veuve de Just II, baron de Tournon et comte de Roussillon, mort en 1563, il est visiblement le point d'orgue d'un grand dessein des Tournon porté par le Cardinal et relayé après sa mort par l'énergique usufruitière de sa Maison. Ce mur résulte d'un projet de Serlio inspiré de celui de l'Hôtel de Ferrare de Fontainebleau, exécuté par un autre architecte, sans doute Jean Vallet, à l'époque architecte des Tournon, dont on retrouve la trace au château de Roussillon (Isère) et au collège de Tournon. Cette façade monumentale de 80 mètres de long, flanquée initialement de deux grosses tours rondes, au mur ajouré masquant les écuries, était dotée d'une entrée principale regardant l'ancienne porte du Rhône et formant une première enceinte étonnante. On y devine encore les restes importants de l'encadrement à bossage de la porte charretière et de la poterne donnant jadis sur l'ancienne place du Manège. On y distingue les traces d'un pont-levis et de sa herse. À droite de cette entrée, seule reste aujourd'hui une partie du grand mur de clôture aux belles ouvertures jumelées surmontées d'une alternance régulière de frontons courbes et triangulaires brisés à leur sommet. Dans un délabrement tragique, ces vestiges uniques demandent une indispensable restauration menée conjointement avec un classement au titre des Monuments Historiques.
Demeure des comtes de Tournon jusqu’en 1644, ce haut lieu historique ardéchois est devenu officiellement une prison entre 1809 et 1926, un musée en 1928 et demeura le siège du tribunal d’instance jusqu’en 2010.

La création du musée

Le musée revendique une double origine. En effet, un musée régional est fondé en 1913 par la Société Régionale des Amis des Arts. Ce premier musée « devait réunir tout ce qui, depuis les temps les plus lointains jusqu’à nos jours, peut donner une idée de la vie régionale »1 et fut installé en 1918 au lycée de Tournon. Le 6 mai 1928 est inauguré un « musée du Rhône » par Gustave Toursier, président de l’Union Générale des Rhodaniens, dans la chapelle du château.
Ainsi, bien qu’initialement consacrées au Rhône et au patrimoine régional, les collections du musée se sont progressivement enrichies grâce à des dons et legs. L’intérêt, l’originalité, l’inscription du musée dans un site historique contribuent à faire de ce musée un ensemble de qualité labellisé « Musée de France ».
Au début des années 80, Juliette Thiébaud, conservatrice bénévole du musée jusqu’en 1999, réorganise les collections et dessine les grands traits de la muséographie actuelle. Le premier étage est consacré à l’histoire du château et de ses habitants, tandis que le second est dévolu au musée avec une déclinaison par thèmes : les salles rhodaniennes d’abord, la salle de la batellerie sur le Rhône, la salle Marc Seguin, la salle des peintures du Rhône ouverte en 2009. Puis viennent les salles mettant en avant le patrimoine régional, Charles Forot et Marcel Gimond. Pièce incontournable de la visite, le château-musée abrite depuis 1996 un remarquable triptyque du xvie siècle.

Le triptyque de Tournon

Giovanni Capassini est un peintre né à Florence et mort vers 15792. Formé à Florence, élève d’Andrea del Sarto et de Raffaello da Brescia, influencé par Rome et les peintres français, il serait arrivé en France vers 1540 en tant que « peintre de Monseigneur le Révérendissime Cardinal de Tournon ». Le triptyque, son œuvre maîtresse, constitue une synthèse de ces différentes influences.
Le panneau central est daté de 1555, ce qui correspond à la date du retour du Cardinal en France après huit années passées à Rome. Il a été commandé par ce dernier pour être présenté aux élèves dans la chapelle du collège de Tournon, l’un des plus anciens collèges de France (1536).

Le triptyque de Tournon

Le triptyque de Tournon (Cliché musée de Tournon)

Le tableau est d’un format singulier, c’est un triptyque à volets fermants dont les revers sont peints en grisaille et arrondi au centre. Une tricéphale ornait initialement la partie supérieure cintrée. On retrouve les couleurs, les drapés et les attitudes typiques du maniérisme florentin. Les scènes peintes sont enrichies d’un cartouche dans lequel apparaît une citation. Du point de vue iconographique, le thème du panneau central est la Résurrection du Christ ; le Christ vainc la mort symbolisée par un squelette en train de choir, tandis que des soldats endormis se réveillent. Sur le volet droit figure la scène du Noli me tangere, Marie-Madeleine est agenouillée au pied du Christ en jardinier. Le cardinal de Tournon, en tant que commanditaire, est peint de profil avec à ses pieds un petit chien. Au revers figure l’ange de la Résurrection en grisaille, assis sur une pierre tombale, les ailes déployées, il s’adresse aux Saintes Femmes. Ces dernières apparaissent sur le volet gauche tandis qu’à l’avers figure la scène des Pèlerins d’Emmaüs où le Christ attablé découpe le pain.
Il est plutôt rare que les retables soient conservés en entier et dans leur lieu d’origine. À Tournon, il était convenu que le volet gauche avait disparu dans l’incendie qui toucha le collège en 1714. Au milieu des années 1980, menant des recherches dans le cadre d’une exposition à venir dans les musées de Marseille sur la peinture en Provence au xvie siècle, la conservatrice Marie-Paule Vial parvient à localiser le panneau manquant. En comparant la description du triptyque avant son démembrement donnée par le peintre tournonais Pierre-Paul Sevin3 à un tableau attribué à Ridolfo Ghirlandaio tout juste entré au Louvre par don en 1980, elle parvient à reconstituer le triptyque. Le tableau est présenté une première fois dans son ensemble en 1990 dans l’exposition Polyptiques du Louvre. En 1995, Juliette Thiébaud souhaite pouvoir réunir les trois panneaux au château de Tournon. Elle obtient du musée du Louvre et du lycée Gabriel Faure des dépôts et effectue des travaux d’aménagement dans la chapelle Saint-Vincent.
La ville de Tournon héberge ainsi deux tableaux du peintre, le second, également sur le thème de la Résurrection, est visible à l’église Saint-Julien et date de 1576.

Aurélie Laruelle
Chargée du Patrimoine de Tournon-sur-Rhône (pour la présentation du musée et du triptyque)

Notes

Informations pratiques

Château-musée de Tournon
14 place Auguste Faure 07300 TOURNON-SUR-RHÔNE
04 75 08 10 30
www.ville-tournon.com/chateau-musee
Ouverture du 20 mars au 10 novembre

LA COLLÉGIALE SAINT-JULIEN

C'est, après le château, le plus ancien monument de la ville. La plus ancienne trace de l'église remonte au xiie siècle. Il en reste quelques vestiges à la base du clocher, ainsi que des remplois dans la façade. Elle était déjà dédiée à saint Julien de Brioude. Construite au pied du rocher du château, elle était entourée primitivement du cimetière.

L’architecture

église saint-Julien

Église Saint-Julien

église saint-Julien Le portail

Mais en 1316, le 16 juin, un acte de l'évêque de Valence dont elle dépendait alors érige l'église Saint-Julien, jusque-là desservie par un prêtre recteur, en une collégiale de sept chanoines. La principale cause invoquée pour cette multiplication des desservants est l'abondance de la population. Ils auront la charge de prier aux heures « canoniales » en cette église. Le collège de chanoines dut être fondé une seconde fois en 1441, suite à certains abus.
Toutefois, il semble bien que la date de 1316 soit aussi à peu près le début de la construction de l'édifice actuel, très vaste avec 61 mètres de long et 21 de large, une des rares églises gothiques en Ardèche.

intérieur de l'église

Cette église a été construite en commençant par le chœur, dans la première moitié du xive siècle. Le chevet est divisé en trois parties, un chœur oblong terminé par un mur plat percé d’une grande baie et couvert d’une voûte sexpartite, accosté de deux chapelles orientées carrées voûtées sur croisées d’ogives simples, de style gothique rayonnant. Puis on a construit la nef, aux frais des habitants, de 1348 à 1418 environ. Elle se présente sous la forme d’une immense halle de 44 mètres de long, divisée en trois vaisseaux par des arcades longitudinales. Enfin la façade a été élevée, de 1440 à 1496, percée d’une baie flamboyante dessinée en 1488, en terminant par le clocher, où l'on a posé une cloche fondue en 1486 et qui est une des plus anciennes de la région. Du point de vue architectural, le contraste entre la nef et le chevet est très net. Les parties orientales, voûtées, à plan compartimenté, suivent un modèle emprunté aux églises cisterciennes, avec ses chapelles échelonnées en profondeur et carrées. La nef au contraire, couverte seulement d’une charpente de bois et avec ses arcades très larges, évoque l’architecture des ordres mendiants, dominicains et franciscains. On retrouve surtout dans l'espace ouvert de la nef-halle de Saint-Julien la tendance vers une église orientée vers la prédication, la primauté de la parole auprès du public éduqué des villes, le sentiment de communauté qui rassemble les habitants de la cité. Les matériaux sont locaux : granite de Tournon, molasse du Dauphiné, chaux de Châteaubourg et sable des bords du Doux et du Rhône.
Enfin, autre particularité, des maisons ont été construites contre l'église, en obstruant ses fenêtres, à la suite de la démolition de chapelles latérales en 1792 et de la vente de leurs parcelles.

Des œuvres d'art remarquables

Peintures murales

Peinture murale de la chapelle du sépulcre

Peintures murales détail

Peinture murale de la chapelle du sépulcre - Détail

Parmi elles, on remarque d'abord les peintures murales de la chapelle du sépulcre située au flanc nord, fin xve - début xvie siècle, offertes par Thomas Arnier, bourgeois de Tournon, en 1509, et que la ville aujourd’hui a décidé de restaurer. Ces peintures constituent un cycle de la Passion. La partie la mieux conservée est la représentation de la Crucifixion. La multiplicité des personnages et la disposition de l'ensemble sont remarquables, cumulant les scènes des évangiles et des personnages allégoriques ou légendaires. On y admire aussi le thème rare de la fresque évoquant l'Humanité souffrante aidant le Christ à porter la croix, inspiré d'un poème du roi René d'Anjou. Derrière Jésus, un paysan, un prisonnier, un pèlerin, une veuve, un orphelin et quatre religieux mendiants l'aident à porter une très longue croix. Il y a lieu d'observer ces peintures de deux points de vue : d'une part leur histoire, le lieu dans lequel elles ont été réalisées, leur fonction dans le culte et la spiritualité de l'époque qui s'explicite par leur iconographie ; et d'autre part leur valeur sensible car leur richesse de couleur, l'expressivité, la variété des personnages figurés nous touchent encore aujourd'hui.
Dans la chapelle des morts, où avait été déposé le corps du dauphin François, de 1536 à 1547, Pierre-Paul Sevin, peintre tournonais du xviie siècle, a peint des fresques avec la mort sur un sarcophage. Des tableaux anciens de l'école italienne sont de grande valeur : le triptyque de la Vie de la Vierge, attribuable à Gandolfino d'Asti (vers 1520), la Résurrection du Christ, de 1576, par Jean Capassin, peintre florentin établi à Tournon à la demande du cardinal François de Tournon. Deux tableaux de l'école maniériste (début du xviie siècle) : l'Annonciation, de Jean Mosnier et la très belle Adoration des bergers, traitée en clair-obscur, sans doute due au célèbre artiste lorrain Jacques de Bellange.

Tryptique de la vie de la Vierge

Triptyque de la vie de la Vierge de Gandolfino d'Asti

Des tableaux de grands maîtres du xviie siècle proviennent du couvent des capucins : Guy François, originaire du Puy-en-Velay, dont la Présentation au Temple, de 1645, témoigne de son talent, d'un sentiment très intériorisé des personnages et un rendu d'une grande vérité.
La Vierge en gloire, d'Horace Le Blanc, peintre de la ville de Lyon, est un chef-d'œuvre de la peinture baroque.
Dans la chapelle du Saint-Sacrement à gauche, se trouve un intéressant tableau de Pierre-Paul Sevin, Notre-Dame du Rosaire.
Une série de trois tableaux de Claude Robèque, datés de 1700, représente la Passion et provient d'une série initialement placée au couvent des sœurs de Notre-Dame.
Nous avons admiré aussi de belles sculptures sur bois, telles celles représentant les pères fondateurs des carmes, saint Albert et saint Ange (xviie siècle), ou des anges et des saints en bois doré du xviiie siècle.
Les vitraux ont été refaits après la Seconde Guerre mondiale, sur des cartons de Théodore Hanssen et exécutés par l'atelier Thomas de Valence. Le grand vitrail axial du chœur représente les sept sacrements.
En conclusion, cette église dont la construction remonte au Moyen-Âge, est restée à tout moment un point central de la vie de la ville de Tournon et reflète par sa longue histoire les différentes époques qui ont contribué à son ornementation et en ont fait en outre un véritable musée d'œuvres d'art.

Georges Fréchet

Bibliographie

Complément sur l'église Saint-Julien

La collégiale Saint-Julien aurait été construite sur l'emplacement d'un temple romain. De l'église romane qui a précédé l'actuel édifice gothique, il ne reste que très peu de chose : appareillage de base du clocher et trois remplois dans la façade :

Les cinq maisons encastrées dans les murs de l'église et qui ont remplacé les chapelles à la Révolution donnent un aspect très inhabituel à cette église.

Tournon - remploi roman dans un mur de la collégiale Saint-Julien Tournon - remploi roman dans un mur de la collégiale Saint-Julien Tournon - remploi roman dans un mur de la collégiale Saint-Julien

Les trois remplois dans la façade de l'église

Christiane Bernard (texte et photos)

CHAPELLE DU LYCÉE GABRIEL FAURE

Historique

Au milieu du xvie siècle, la chapelle du cardinal François de Tournon est en très mauvais état, comme sans doute une partie de l'établissement. Les jésuites utilisent une salle basse du collège pour leurs offices, salle érigée en chapelle par Mme de Tournon en 1574.
Il faut penser à une nouvelle construction. Just-Louis de Tournon promet d'aider les jésuites dans leur projet. Il fait même un plan en 1606. Mais les plans furent nombreux, transformés, aménagés. Toutefois le point le plus important était de trouver une surface suffisante pour ériger une grande église « proportionnée à la magnificence du collège ».

Chapelle du lycée de Tournon

Chapelle du lycée (Cliché D. de Brion)

Il fut décidé de supprimer le rempart à cet endroit et d'utiliser le jardin. Une première tranchée fut ouverte en 1673. M. de Ventadour adhéra au projet. Les habitants furent invités à participer de leurs deniers à la construction.
La pose de la première pierre par l'évêque de Valence fut annoncée par les cloches de la ville et les canons du château.
L'ancienne rue des Cordiers fut modifiée. Une partie déplacée prit plus tard le nom de rue du 14 juillet. Au cours des travaux des tilleuls furent plantés sur l'avenue de Mauves. Les digues furent exhaussées.
En 1676, les maîtres-maçons Robert et Pierre Sauvat construisent les fondations des murs extérieurs et les piliers. En 1681, une partie du bâtiment est terminée. Mais les travaux sont interrompus à la suite de troubles dans la ville, d'inondations qui ont compromis la construction, de fièvres et de la pauvreté consécutive à tous ces facteurs. Enfin, au début du xviiie siècle, en moins de trois ans, on atteint les voûtes. En 1707, la balustrade de la Sainte Table est posée ainsi que les degrés de l'autel et le pavé. Le toit est terminé et le clocher édifié en 1713. Il ne reste plus qu'à embellir la chapelle.
Malheureusement, le 3 avril 1714 vers 9 h du soir, un tragique incendie ravageait le collège. Un vrai désastre ! Impossible d'arrêter le feu. Les chanoines Payen et Moreau concentrèrent leurs efforts avec succès... Elle venait d'être inaugurée et renfermait les seules œuvres d'art qui furent sauvées.

Juliette Thiébaud

Le bâtiment

Construite à la fin du xviie siècle, la chapelle du lycée Gabriel Faure est par sa conception plus proche des réalisations du début du siècle : une nef unique à chapelles latérales. Les plans en ont été vraisemblablement dessinés par l’architecte lyonnais Étienne Martellange, jésuite qui à 17 ans était parti à Rome étudier l’architecture antique dont il se serait inspiré ici.

Autel de la chapelle du lycée de Tournon

Le maître-autel (Cliché D. de Brion)

La nef est fermée par un chœur à abside semi-circulaire, avec sacristies sur les côtés. Le maître-autel de belle facture n’était pas accolé au mur du fond, ce qui laissait un passage entre les sacristies latérales.
Une belle chaire en bois est située contre un des piliers du côté nord de la nef.
Les tribunes à l’étage ne sont accessibles que par la galerie du bâtiment des régents. La tribune de droite se rejoint par un passage couvrant l’entrée et sur lequel est placé un petit orgue. La nef est couverte par voûte d’arêtes.
La façade de la chapelle s’élève perpendiculairement à celle du collège dans le jardin aménagé en 1870. La travée centrale plutôt étroite encadre l’entrée en plein cintre avec une magnifique porte à panneaux de bois. Un décor sculpté dans la pierre rappelle aux fidèles la lumière apportée par la foi chrétienne. Deux niches vides accompagnent latéralement cet ensemble. À l’étage une Vierge à l’Enfant est placée dans une niche au-dessus de laquelle un grand oculus donne la lumière. Au niveau des tribunes, deux ouvertures d’éclairage sont posées directement sur la corniche. L’ensemble de cette façade est rapporté et non composé avec le bâtiment. Est-elle d’Étienne Martellange ?

Dominique de Brion
d’après un texte de Guy Morel architecte DPLG

LA BIBLIOTHÈQUE HISTORIQUE DU LYCÉE

Lorsqu’il pénètre dans cette pièce aux murs couverts de vitrines en noyer emplies de livres, le visiteur est saisi d’admiration par la richesse du lieu.

L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert

La bibliothèque historique fut encore plus prestigieuse lorsque le cardinal François de Tournon légua tous ses ouvrages et tableaux au Collège Royal qu’il avait fondé en 1536. La « librairie » du collège est citée pour la première fois en 1556 et Pierre-Paul Sevin, peintre tournonais, note à la fin du xviie siècle que des œuvres du Titien (rapportées par le Cardinal de ses multiples voyages en Italie) étaient exposées dans la bibliothèque.
Malheureusement le 3 avril 1714 un incendie détruisit pratiquement l’établissement : livres et peintures partirent en fumée. Un volume dans une vitrine témoigne des ravages du feu qui dura trois jours. Il ne reste qu’un nombre limité de
documents antérieurs au sinistre, environ 270. Parmi les volumes qui furent sauvés des flammes, de l’eau et du pillage,
valent la peine d’être mentionnés : la Grammaire de Jehan Pelisson de 1544, l’ouvrage de Pierre Lombard datant de 1535, les livres imprimés à Tournon au xviie siècle, que ce soit dans les ateliers de G. Linocier, de Cl. Michel, H. Cardon, A. Pichon, ou L. Durand. Après le désastre, les jésuites, jusqu’à leur départ en 1763, les oratoriens ensuite, essayèrent de reconstituer la bibliothèque avec l’aide des couvents des carmes, des capucins et de l’Oratoire.

Bibliothèque du lycée : appareils pédagogiques

Quelques instruments pédagogiques : milliampèremètre, voltmètre, pile de Volta, boîte de résistances, lanterne magique. (Cliché D. de Brion)

C’était sans compter le deuxième évènement en 1888 : en effet cette année-là vit la création de la faculté des Lettres de Lyon, quai Claude Bernard. Sur ordre du ministre de l’Instruction publique d’alors, 3 000 ouvrages de la bibliothèque furent réquisitionnés. Dans un article du 28 juin 1888, Louis Gallix relate l’émoi de la population lorsque les Tournonais apprirent le « projet d’enlèvement » du « précieux diamant dont le lycée est l’écrin ».
Les ouvrages soustraits font désormais partie des fonds patrimoniaux de la Bibliothèque Inter-Universitaire Denis Diderot (BIU) de Lyon et sont disponibles pour les chercheurs. Un conservateur est attaché à ce département et veille à leur rénovation.
En dépit des vicissitudes de l’Histoire, la bibliothèque compte actuellement 9 957 titres, ce qui représente près de 12 000 livres ou revues. L’association « Sauvegarde du Patrimoine du Lycée Gabriel Faure » a assuré le nettoyage des ouvrages et le dernier inventaire qui a nécessité six années de travail. La saisie informatique facilite maintenant la tâche des chercheurs potentiels qui désirent consulter des œuvres spécifiques puisque l’inventaire a été communiqué à la BIU de Lyon.
Quelques livres ou collections attirent particulièrement les visiteurs, qu’ils soient jeunes collégiens, lycéens ou adultes. Ce sont principalement l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (édition Pellet de Genève, Lausanne, Neuchâtel de 1777 à 1779), la Description de l’Egypte (1809 à 1822). Les 14 volumes de cette œuvre prestigieuse sont désormais rangés dans un très beau meuble bibliothèque et pourront plus aisément être mis en valeur sur un lutrin intégré. Le 18 avril dernier, l’association a pu remercier les 74 donateurs sans lesquels cette réalisation n’aurait pu voir le jour.
Et que dire des gravures du Voyage en Perse de Coste et Flandin, du dictionnaire chinois-latin-français, des manuels imprimés en hébreu, syriaque, sanskrit… ou des manuscrits de musique ?
D’autres curiosités figurent aux côtés des livres : les instruments pédagogiques. Le plus étonnant est la lunette astronomique de Carochez, opticien de Monsieur, frère du roi Louis XVI.
Toutefois le télescope, la lanterne magique, la machine d’Atwood, la pile Volta, la machine de Ramsden et le petit orgue portatif présentent aussi beaucoup d’intérêt à l’heure actuelle, témoins de l’enseignement riche et varié délivré dans l’établissement.

Christiane Thomas
secrétaire de l’association « Sauvegarde du patrimoine du lycée Gabriel Faure »

DES FOUILLES ARCHÉOLOGIQUES DE GRAND INTÉRÊT SOUS LA PLACE JEAN-JAURÈS À TOURNON

Lors de la venue de la Sauvegarde à Tournon, Paul Barbary, adjoint à la Culture de la ville, a pu rendre compte aux participants des intéressantes découvertes archéologiques réalisées lors de la campagne de fouilles préventives à la construction d’un parking souterrain sous la place Jean-Jaurès (autrefois place des Graviers).
Certes les résultats de ces fouilles ne sont pas spectaculaires pour les non initiés comme nous avons pu nous en rendre compte sur place, mais elles ont un interêt historique considérable : c’est ce qu’a voulu présenter Paul Barbary à l’auditoire.

Ainsi, lors de ces fouilles, plusieurs phases d'occupation remontant au premier Âge du fer ont pu être identifiées. Ce site se développe au pied d’un affleurement rocheux repéré dans la partie ouest de l’emprise de fouille : les vestiges sont constitués de nombreux creusements, fosses, trous de poteaux... ; certains alignements semblent correspondre à des enclos, d’autres pourraient appartenir à des bâtiments, parfois adossés au rocher.
Parmi les objets mis au jour, des céramiques communes de production locale, mais surtout des éléments d’importation provenant de la basse vallée du Rhône et du monde méditerranéen... ; elles témoignent des échanges le long de l’axe rhodanien. La présence de nombreux éléments métalliques, fibule, fragments de bracelets, épingles, tiges... confèrent à ce site un grand intérêt car ce sont des objets caractéristiques de la période de transition entre le premier et le second Âge du fer.
La découverte d’une petite forge associée à des fragments de nombreux objets en bronze, fragments de tôles de bronze découpés... permettent de supposer l’existence sur place d’un atelier de production métallurgique qui pourrait avoir produit au cours du ve siècle av. J.-C. des éléments de parures parmi lesquels fibules et bracelets.

Dominique de BRION

Texte réalisé à partir du document de présentation conçu par ARCHEODUNUM (société d’investigation archéologique, opérateur de ce chantier).
Chantier effectué sous la direction du service régional de l’archéologie (DRAC Rhône-Alpes).