VAGNAS
(1er février 2007) |
Ce matin-là, nous
sommes une vingtaine de courageux à nous retrouver
dans le paisible village de Vagnas balayé par un
vent glacial. Nous sommes accueillis par MM. André Malignon,
maire de la commune, et Paul Chauvel, secrétaire
de l’association ‘’Vagnas, patrimoine
et découverte’’. Notre équipe
est renforcée par Mesdames Joëlle Tardieu et
Joëlle Dupraz, archéologues qui ont dirigé de
nombreux chantiers de fouilles en Ardèche, et œuvré,
en particulier, sur le site du Monastier. Mais avant de
rejoindre ce dernier, nous dégustons un bon café bien
chaud. |
La Pierre
plantée
Un premier arrêt au bord de la D579 au lieu-dit ‘’la
Pierre plantée’’ au nord de Vagnas nous
permet de découvrir l’une des nombreuses bornes
milliaires qui jalonnaient la voie romaine dite voie des
Helviens. Un nombre relativement important de ces milliaires
est parvenu jusqu’à nous et se trouve, soit
sur le terrain, soit dans des musées. Certains ont
dû leur préservation au fait qu’ils
ont été ‘’christianisés’’ par
l’adjonction d’une croix.
C’est le cas
de celui de Vagnas, inscrit à l’inventaire
supplémentaire des monuments historiques, numéroté XXXI
Sud et surmonté d’une croix depuis 1717. Il
devait porter une dédicace à Antonin le Pieux,
empereur romain qui régna de 138 à 161 et
dont la famille était originaire de Nîmes.
L’inscription est devenue illisible. Cet arrêt
est l’occasion pour Joëlle Dupraz de nous rappeler
l’importance de cette voie qui reliait, à travers
l’Helvie, les cités de Valence et de Nîmes
par le Teil, Alba, Saint-Jean-le-Centenier, St-Germain,
Sauveplantade, Saint-Maurice-d’Ardèche, Pradons,
Ruoms, Salavas, Vagnas, Barjac, pour ne citer que les principaux
points. Trois kilomètres plus au sud de l’endroit
où nous nous trouvons, elle quittait l’Helvie
et pénétrait dans le pays des Volques arécomiques,
au lieu où a été trouvé le
milliaire XXXIII Sud maintenant au musée archéologique
de Nîmes.
Pour une description complète de cette
voie, accompagnée d'une carte et illustrée de nombreuses
photographies, on se reportera à la page "La
voie romaine des Helviens" du présent site.
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La
Pierre Plantée
Milliaire Sud XXXIII |
Le Monastier
Reprenant nos voitures, nous empruntons un chemin quelque
peu chaotique à travers bois et parvenons en quelques
minutes à proximité du site du prieuré dont
les ruines, en partie envahies par la végétation,
ne sont pas très spectaculaires pour un œil
non averti. Le site est isolé, en contrebas du chemin,
mais il n’en a pas toujours été ainsi
puisqu’une voie ancienne passait par là. Propriété privée
jusqu’à ces dernières années,
le terrain qui porte les vestiges a été acquis
par la municipalité qui y attache beaucoup d’intérêt.
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Les
fouilles
On a toujours su qu’il y avait un prieuré en
ce lieu dont la mémoire était demeurée
grâce à son toponyme « Le
Monastier. » Les premiers sondages réalisés
en 1941 par Urbain Thévenon, instituteur à Vagnas,
révélèrent l’existence d’une
nécropole médiévale. Mais les
fouilles sérieuses ne débutèrent
qu’en 1962 sous sa direction avec l’aide
d’une association qu’il avait créée,
la SERAHV (Société d’Études
et de Recherches Archéologiques et Historiques
de Vagnas.)
À son décès, elles
furent poursuivies par le Dr Maurice Laforgue. La
dernière fouille
eut lieu en 1979 et les vestiges furent alors abandonnés.
Ce travail avait permis de mettre au jour les restes
d’une église romane orientée qui était
celle du prieuré, dépendance de l’abbaye
de Cruas, dont la fondation semble remonter au Xe
siècle. Il révéla aussi que le
chevet roman reposait sur les murs d’un petit édifice
carolingien dont le sol se trouvait à 70 ou
80 cm au-dessous du sol roman.
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Dans
les vestiges du Monastier avec Joëlle Dupraz, Joëlle
Tardieu et Paul Chauvel |
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De très nombreux éléments
recueillis et placés dans le musée du village
ont permis de formuler cette conclusion : éléments
carolingiens semblant provenir d’un chancel, table
d’autel dans la tradition carolingienne avec des
signatures de certains abbés, de prieurs de Vagnas
et des prieurés voisins qui étaient de passage,
noms de moines, de personnages divers et variés,
ce qui prouve la fréquentation du lieu à cette époque.
Il y a une dizaine d’années, Joëlle
Tardieu, aidée par l’association « Vagnas,
Patrimoine et Découverte », a repris
l’étude du Monastier. Dans une longue et intéressante
introduction, elle aborde d’abord pour nous de nombreux
domaines, ce dont nous ne pouvons malheureusement pas rendre
compte dans le cadre de ce compte rendu (limites des cités
antiques qui ont perduré dans celles des diocèses,
puis des départements, rôle politique et économique
des grandes abbayes, réforme grégorienne…)
La première mention de Vagnas dans les textes
se situe vers 1100, mais évidemment le prieuré existait
déjà.
Étude de l’église.
Joëlle Tardieu nous aide à nous repérer
dans ces vestiges difficilement lisibles pour le profane,
car les murs, à quelques exceptions près,
sont complètement arasés. On y reconnaît
une petite nef étroite de deux travées, un
grand transept saillant, dont le bras nord a totalement
disparu et le sanctuaire, ou chevet, pentagonal, très
long, dont on remarque l’épaisseur inhabituelle
des murs et qui reposait donc sur une construction antérieure.
C’est là qu’on a trouvé une
pierre gravée portant l’épitaphe d’un
certain vicomte Maubert sur laquelle on lit « j’ai
fait construire en ce lieu vénérable un monastère
en l’honneur du Christ et de la règle de saint
Benoît […] j’ai fait tondre la chevelure
de ma tête dans le monastère de Cruas […] » Lors
de la découverte, l’étude de ces lignes
et de leur graphie a fait attribuer ce texte au Xe siècle.
Mais J. Tardieu pense différemment. Tant par la
manière dont il est rédigé que par
l’emploi de certains termes, elle pense qu’il
s’agit d’un faux du XIe ou XIIe siècle
réalisé par les moines de Cruas pour justifier
de l’ancienneté de leurs attaches dans ce
secteur stratégique. Elle s’appuie pour cela
sur les travaux du père Amargier, dominicain, relatifs à l’abbaye
Saint-Victor de Marseille.
Poursuivant l’examen du bâtiment, on observe,
de part et d’autre du chevet, la trace de deux petites
annexes latérales rectangulaires, formant absidioles,
qui faisaient partie de la construction romane. Celle du
sud est rehaussée et il y a trace à l’intérieur
d’un escalier en colimaçon, ce qui laisse supposer
qu’elle aurait pu servir de base à un clocher.
M. Laforgue avait trouvé dans la nef un moule pour
la coulée d’une cloche, un second a été trouvé par
la suite. Pour J. Tardieu, l’existence d’un véritable
clocher indique le développement d’une vie paroissiale,
ce que confirme l’existence de fonts baptismaux dont
on pense avoir reconnu l’emplacement, la cuve baptismale
ayant été retrouvée et déposée
au musée.
Une autre question se pose. Pourquoi les bâtiments
conventuels étaient-ils au nord de l’église,
et non au sud comme d’habitude ? En remarquant
que l’église se trouve en bas de pente, sous
le chemin, et que des portes de l’édifice roman
ouvrant au sud ont été obturées, on
peut imaginer qu’à l’époque dite « petit âge
glaciaire » à la fin du Moyen-Âge,
au cours de laquelle il y eut de nombreux éboulements
et coulées de boue, la partie sud du monastère
a pu être ensevelie. Seule l’église, partie
sacrée, aurait été protégée,
donc conservée. Par la suite, les bâtiments
se sont redéployés au nord.
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Éléments
carolingiens trouvés lors des fouilles

L'épitaphe du vicomte Maubert |
Études
archéologiques récentes
Mmes Dupraz et Tardieu nous expliquent qu’elles
ont repris l’étude du Monastier, sans
procéder à de nouvelles fouilles, mais
en reprenant l’étude des structures déjà mises
au jour par de nouvelles techniques. Il s’agit
d’un relevé très précis
des dimensions des pierres, de leur forme, de l’épaisseur
des joints, d’une étude des enduits, des
mortiers. Cette étude a été réalisée
en particulier sur le mur sud de la nef, dont la hauteur
est encore de deux ou trois mètres. Il est formé,
contrairement au reste de l’édifice, de
très grands blocs de calcaire, aux joints très
fins, parfois montés à la scie et qui,
visiblement, sont dans leur état d’origine,
n’ont jamais été déplacés. |

Les
vestiges de l'église en regardant vers l'est. |
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Il
s’agit d’une technique de construction très
ancienne, ce qui a conduit nos archéologues à se
demander si l’on ne se trouvait pas devant un monument
antique. Ce pourrait avoir été un mausolée,
monument funéraire abandonné qui aurait
pu servir de noyau à l’édifice roman.
Le fait qu’il y ait eu ici un tel monument corroborerait
l’hypothèse déjà formulée
que le prieuré de Vagnas se serait installé sur
le site d’une ancienne villa romaine. Mais celle-ci
n’a pas été localisée.
Peut-être
sous la vigne ?
Vestiges
du mur sud de la nef qui, d'après les études de J. Tardieu,
pourraient être ceux d'un mausolée antique
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Le lavoir des moines
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Maintenant nous suivons Paul Chauvel sur un sentier
s’enfonçant dans la végétation,
nous découvrons bientôt un joli lavoir
alimenté par une source d’où jaillit
une eau limpide, la source près de laquelle
des hommes se sont installés dès l’antiquité.
Longtemps délaissé, ce lavoir a été superbement
restauré il y a quelques années. De là,
toujours guidés par Paul Chauvel, nous parcourons
sur plusieurs centaines de mètres une portion
de la voie romaine des Helviens qui, venant de Salavas,
gagnait Vagnas par le Gour d’Estelle et le Monastier.
Un autre embranchement situé plus à l’est,
rejoignait Vagnas par Champagnac.
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| Mais l’heure du repas étant
venue, nous regagnons le village et nous nous installons
dans la Maison pour Tous, aimablement mise à notre
disposition. C’est, en fait, l’ancienne église
de Vagnas construite entre le XIIe et le XIVe siècle,
désaffectée
en 1882 et amputée de son clocher. |
Le musée
Au cœur du village, dans une maison ancienne se
trouve le petit musée agréablement aménagé,
selon l’expression de Robert Saint-Jean, qui retrace
la vie du village depuis la Préhistoire. Là sont
exposés les nombreux vestiges trouvés sur
le site du prieuré, ainsi que des outils et objets
de parement préhistoriques. Écoutant les
explications de Paul Chauvel qui répond patiemment à nos
nombreuses questions, nous pouvons voir des poteries de
la nécropole, la cuve baptismale, la cruchette d’un
pèlerin, une table d’autel brisée et
gravée de graffiti de dévotion, le sarcophage
supposé être celui du vicomte Maubert ainsi
que sa pierre épitaphe, deux chapiteaux sculptés,
une curieuse pierre gravée d’un étrange
dessin, le lion sculpté symétrique
de celui inséré dans le portail d’une
maison de Vagnas, le moule de la cloche reconstitué,
des monnaies, de nombreux autres objets, on ne peut les
citer tous. Une vitrine est consacrée à la
sériciculture qui fit vivre le pays en son temps,
une autre à la mine de lignite et de schiste bitumineux épisodiquement
exploitée au XIXe et au XXe siècle et fermée
définitivement depuis soixante ans.
Le village
Paul Chauvel nous guide ensuite dans le village aux maisons
caractéristiques de l’époque de la
sériciculture ; autour de la place, certaines
constructions dateraient du XIIIe siècle. Il nous
fait remarquer, remployées dans les murs de l’ancienne église
et du château, des pierres provenant du Monastier.
Le château, construit au XIVe siècle, a été profondément
remanié au cours des siècles suivants par
l’ouverture de nouvelles fenêtres et la construction
d’un étage supplémentaire au XIXe siècle, d’où son aspect hétéroclite.
La journée se termine par la visite de la nouvelle église
construite en 1882.
Nous devons remercier M. le Maire et Paul Chauvel d’avoir
bien voulu nous accompagner et nous servir de guides pendant
cette journée enrichissante. Merci également à Mesdames
Tardieu et Dupraz d’avoir bien voulu consacrer une
partie de leur temps à cette sortie.
Nous recommandons au lecteur qui n’aurait pu se
joindre à nous, la visite de Vagnas et de son musée
où il sera chaleureusement reçu par Paul
Chauvel, et de faire l’acquisition de la très
intéressante et très documentée brochure ‘’Le
temps de Vagnas’’ dont il est l’auteur.
Pour en savoir plus :
- Sur la voie romaine des Helviens :
ARNAUD (Abbé P.) Voies romaines en Helvie, Le
Teil, Imp. Bénistant, 1966
REBUFFAT R. et alii.Visite à la voie
romaine des Helviens, Le Teil, Les Amis de Mélas
et du Patrimoine, 1994.
REBUFFAT R. « Les voies romaines de la Basse-Ardèche », Mémoire
d'Ardèche et Temps Présent, 66, Privas,
15 mai 2000.
ainsi que sur ce site : La
voie des Helviens
-
Sur le Monastier
SAINT-JEAN R. « Les découvertes du Monastier à Vagnas », Archéologia, 109,
août 1977,
ainsi que la brochure déjà citée
de Paul CHAUVEL, Le Temps de Vagnas.
J.-P. HUYON, M. et P. BOUSQUET |



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