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Autour de PRIVAS : Château de LIVIERS - Chapelle N.-D. DE LUBILHAC
Assemblée générale - 15 octobre 2005

Le 15 octobre 2005, notre Assemblée Générale revêtait un caractère particulier car nous y commémorions le cinquantenaire de notre Société et, en particulier, cinquante ans de partenariat avec le Conseil général de l’Ardèche pour la sauvegarde du patrimoine bâti. Aussi avions-nous choisi de la tenir à la ville-préfecture. La sortie-conférence du matin, guidée et commentée par Mme Régine Ribeyre, avait pour cadre le château de Liviers.

L’assemblée générale s’est tenue après le déjeuner dans l’Espace Ouvèze mis gracieusement à notre disposition par la mairie de Privas. Y assistaient MM. Pascal Terrasse député et vice-président du Conseil général en charge de la culture et Michel Valla, maire de Privas. Après sa clôture, Michel Faure, notre président honoraire, présentait avec son brio habituel un exposé rappelant les cinquante ans d’existence de la Société de Sauvegarde.

La fin de l’après-midi était consacrée à la visite de la chapelle de Lubilhac à Coux où nous étions accueillis et guidés par Gérard Ladreyt de Lacharrière. Le député Jean-Claude Flory, qui n’avait pu se libérer pour assister à notre assemblée générale, nous avait fait le plaisir d’y participer. Pour terminer cette journée, Annick et Gérard de Lacharrière nous ont reçu dans leur château voisin pour un sympathique pot de l’amitié.

Le château de Liviers

château de Liviers

Le château de Liviers

À 2,5 km au nord-est de Privas, le château de Liviers occupe une position stratégique au débouché sud du col du Moulin à Vent, entre les cols de la Vialette et de Creyseille. Situé sur un éperon rocheux à 550 mètres d’altitude, il domine le bassin et la ville de Privas. Par temps clair, on aperçoit au loin les vallées du Rhône et de la Drôme, le Mont Ventoux, le Vercors et les Alpes jusqu’au mont Viso.

Aux alentours du château, dans les bois de chênes, quelques petits dolmens, de nombreuses pierres gravées, des pierres à cupules, la découverte d’instruments en silex taillé attestent une occupation très ancienne. Quelques traces gallo-romaines ont également été relevées aux abords de la voie ancienne qui relie Privas à la vallée de l’Eyrieux et passe au pied de l’actuel édifice.

Deux châteaux ont occupé cette position. Dès le xie siècle, le château vieux abrite la famille Rostaing de Liviers. Ensuite s’installent 300 mètres plus haut les Mars de Liviers qui édifient le château neuf. Une co-seigneurie s’établit donc, selon une pratique assez fréquente en Vivarais.

En 1338, noble Pons de Rostaing rend hommage à Giraud de Montagut : c’est le dernier acte officiel des Rostaing qui disparaissent de Liviers. Les seuls seigneurs sont dorénavant les Mars. Cette famille est originaire du village de Mars (près de Saint-Agrève). Deux branches nobles s’en détachent : l’une se dirige vers le Forez, et l’autre vient s’installer à Liviers. Leur noblesse fut sûrement acquise au service des Templiers de Devesset auxquels succèdent les Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem ou chevaliers de Malte. À chaque génération, nous avons au moins un Mars de Liviers chevalier de Saint-Jean : en seulement un siècle (1542-1642), nous en relevons une dizaine. C’est dire l’attachement de cette famille à l’Ordre et à ses quartiers de noblesse.

Le premier aménagement du château neuf peut être daté du xiie siècle, peut-être sous l’impulsion des chevaliers de Saint-Jean et le château vieux devient une fortification avancée sur la voie qui monte de Privas.

En 1427, noble Lancelot de Mars est capitaine de Tournon, c’est-à-dire qu’il commande la garnison du château du Petit-Tournon pour Aymar de Poitiers-Valentinois, baron de Privas. Lorsque Aymar fait hommage de tous ses biens au roi de France en 1466, il cite dans ses vassaux « noble Lancelot de Mars, à cause de sa maison de Liviers ». C’est sûrement Lancelot qui a modernisé le bâtiment médiéval et ajouté des parties de style Renaissance (fenêtres à meneaux, escalier à vis…).

visite du château de Liviers

Pendant l'exposé de Mme Ribeyre

visite du château de Liviers

Au cours de la visite

À l’arrivée de la Réforme, le seigneur de Liviers, Pierre de Mars, est catholique, mais ses deux filles sont protestantes. Elles se marient en 1556 avec des protestants : Catherine épouse Anthoine Audigier, marchand à Saint-Germain et Isabel épouse également un marchand de Villeneuve-de-Berg, Pierre Archebrin. Les fils restent catholiques : François se marie en 1566 avec Claude de Hautvillard et Jean, reçu chevalier de Malte en 1571, deviendra Grand Prieur de Saint-Gilles.

Pendant tous les troubles religieux, ce sont les deux filles qui habitent Liviers où elles entretiennent une garnison protestante qui protègera les communications entre Privas et les Boutières. Leur frère François leur a laissé le château et habite chez son beau-père au château de Hautvillard, prés de Silhac.

Après le désastre du siège de Privas, le fils de François, Jean, revient s’installer au château. Les terres et les bâtiments ont souffert pendant les affrontements des deux partis et les États du Languedoc lui accordent une subvention de 1 000 livres. De nouveaux travaux sont entrepris : construction du grand escalier intérieur, création de l’esplanade nord, aménagement de nouveaux bâtiments.

Mais les dettes se sont accumulées : les dots des filles ne sont pas acquittées depuis plusieurs générations. Le seigneur de Liviers est rentier (percepteur) des dîmes du prieuré de Rompon, que les paysans rechignent à payer. Il est également bailly de Boulogne, fonction honorifique de peu de rapport. Il doit signer avec ses créanciers une première transaction en 1641. Entre 1654 et 1711, son fils Jean-Victor (dernier chevalier de Malte reçu en 1642) et son petit-fils devront disperser la majorité des biens de la famille. Le 21 avril 1774, le parlement de Toulouse remettra ce qui restait du patrimoine à Louis du Bay, créancier principal. Celui-ci, en janvier 1775, transmettra ces biens à son beau-frère Barthélemy de Rozier (dot de sa femme Madeleine du Bay).

visite du château de Liviers

La visite continue...

C’est de nouveau une famille protestante qui s’installe à Liviers. En 1802, Charles, fils de Barthélemy, devient le premier maire de Lyas. Il est également très actif dans la communauté réformée de Privas. C’est un administrateur efficace : il rassemble les terres autrefois dispersées et donne au château son aspect actuel. Il meurt en 1834 à l’âge de 92 ans. Il n’a qu’une fille et c’est par les femmes que Liviers se transmettra aux Granger-Veyron. Son propriétaire actuel est M. J.L. Humbert.

De la terrasse sud, au pied du château, on se rend compte de l’importance de ce site dans le système défensif mis en place autour de Privas par les comtes de Poitiers-Valentinois et repris par les Huguenots aux xvie et xviie siècles. En partant de Liviers vers l’ouest, on trouve successivement le fort de Creyseilles, le hameau fortifié de Flachères, la tour de l’Escrinet, le vieux Cheylus, au sud le château d’Entrevaux, la tour du Lac et, passé le défilé d’Alissas, le château de Rochessauve, la forteresse de Chomérac, et jusqu’à Baix, Vaneilles, Mauras, le Bijou, Fontblachère.

Du Pouzin, défendu par son château, en remontant l’Ouvèze, c’est Saint-Alban, le nouveau Cheylus, Fort-Mahon, Saint-Quintin et, plus bas, la Jaubernie, le Cros du Roure, le fort du Moulin à Vent et nous arrivons par l’est à Liviers, qui était la pièce maîtresse de ce système défensif.

En effet, il a fallu aux troupes royales de Louis XIII trois campagnes successives (1627-1628-1629) pour arriver sous les murs de Privas par les vallées de l’Ouvèze et de la Payre. Mais Liviers permit aux Privadois de recevoir des renforts des Boutières, puis d’évacuer les populations civiles pendant le siège de 1629, en contrôlant la seule voie restée inaccessible aux régiments catholiques.

La chapelle de Lubilhac

D’après des recherches faites par la chartiste Mme de Vaucorbeil, un établissement monastique y a été construit entre 1000 et 1050 au plus tard. Cette abbaye dépendait de celle de Rompon. Elle est typique du style roman. Avec l’aide de l’architecte des Bâtiments de France, M. �tienne During, et son assistante, Mme Martine Moron, des fouilles ont pu y être faites sous le contrôle de Mme Joëlle Dupraz, chargée à l’époque des fouilles dans le département.

En 1629, après la prise de Privas, dernière ville libre protestante, l’abbaye servait d’église à la commune de Coux et tenait le registre paroissial. Vers 1640, Coux construisit son église et les moines quittèrent l’abbaye. La famille Ladreyt de Lacharrière a alors racheté les terres et l’abbaye. En 1750, après un procès d’un siècle à la cour royale de Montpellier, la famille acquéreuse s’est retrouvée totalement propriétaire de cette abbaye.

Au début du xviiie siècle, entre 1700 et 1750, elle fut transformée en ferme. La maison d’habitation jouxtant l’abbaye est de cette époque ; elle a été construite par réemploi et surélévation des bâtiments d’habitation et de logistique des moines. Cela a permis, grâce aux bestiaux (vaches et moutons) logeant dans l’abbaye et à l’engrangement du foin sur un faux plafond de bois créé à l’époque coupant la hauteur de la chapelle en deux, de préserver ce bâtiment.

Vers les années 1990-1995, Marc Ladreyt de Lacharrière, en accord avec la Fondation du Patrimoine qu’il avait aidé à créer, a voulu restaurer totalement le lieu dans son état originel. Les travaux ont débuté fin 2002 et seront achevés fin 2007. Ils se poursuivent sous le contrôle de Gérard, son frère, et de l’architecte Sophie Montmard. La partie ouest et la première travée sont à ce jour terminées.

 

D’après des textes de Mme Ribeyre et de Gérard Ladreyt de Lacharrière