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Visite de la Tannerie d'Annonay

tannerie

La Cance, bâtiments de la tannerie : à gauche le secteur humide, à droite le tri fini

Il s'agit de la seule tannerie subsistant à Annonay.
L’entreprise qui fait partie du groupe Hermès Cuir Précieux, filiale d’Hermès depuis 2012, occupe actuellement plus de 110 personnes.
Cependant l’histoire des tanneries à Annonay est plus ancienne puisque, si la Société Nouvelle Tannerie d’Annonay date de 1984, elle est l’héritière de deux tanneries mondialement réputées qui marquèrent la vie des Annonéens au xxe siècle  les tanneries Combe et Meyzonnier dont l’origine remonte à 1838. Les bâtiments actuellement occupés par la tannerie datent de 1965 pour ce qui est du secteur humide (le dôme) et de 1898 pour la partie la plus ancienne (le tri fini et le magasin des expéditions).
Suivant le même parcours que celui suivi par une peau brute jusqu’à ce qu’elle devienne un cuir, la visite débute par le secteur humide et plus particulièrement le secteur rivière/tannage. En effet, les quelques 800 peaux de veaux mises à l’eau quotidiennement arrivent salées et pliées par palettes de 70 à 115 peaux, regroupées par fournisseur et triées en fonction de leur poids : ce qu’on appelle les gros-lourds (12-15 kg brut) et les super-lourds (15-18 kg brut). En premier lieu, les peaux subissent un dessalage puis un reverdissage (trempe dans de l’eau) afin de les ouvrir et de leur redonner de la souplesse. Ensuite les peaux passent à l’égraminage, c’est-à-dire qu’on leur enlève la graisse et les restes de muscle côté chair. Les peaux sont ensuite mises en pelain dans des coudreuses pendant 48 heures. À l’aide de produits chimiques (sulfure et chaux) les peaux sont gonflées et les poils dissous. À la sortie des coudreuses, les peaux sont égalisées dans l’épaisseur par la refendeuse en tripe, seule la partie supérieure (fleur) est conservée. Les peaux sont ensuite tannées au chrome, on peut alors parler de cuir.

Peaux brutes

Peaux brutes

Une fois essorés, les cuirs obtenus ont une couleur bleue qui leur donne le nom de wet-blue. Ils sont alors triés et, en fonction des défauts observés, les cuirs sont affectés à des clients en fonction de leur choix. Le croupon étant la partie la plus importante, c’est là que se concentre l’attention des trieurs qui veillent à détecter les différents défauts possibles (veines1, défauts fermés type cicatrices, poux, dartres, etc.) qui abîment la fleur et obligent à trouver différents artifices afin de les masquer.
Ainsi, dès le tri en bleu, un cuir sera orienté dans le process de fabrication en fonction de ses défauts.
Après avoir été triés, les cuirs sont mis à l’épaisseur, également appelée force, en fonction des besoins du client, à l’aide d’une dérayeuse. Ensuite ils sont teints et nourris soit en surface (box-calf) soit tranchés en fonction de l’article que l’on souhaite obtenir. C ’est ensuite l’étape du corroyage qui vise à redonner toute sa taille à la peau grâce à l’essoreuse/metteuse au vent et à la sèche sous vide. Puis, par l’action de la sèche et du palisson, on cherche à donner la « main » à l’article travaillé (plus ou moins souple). À la fin du corroyage, on obtient un crust ; commencent alors les étapes de finition. La finition permet de donner des propriétés mécaniques et esthétiques au cuir. Ainsi, on cadre les peaux afin de leur donner leur taille définitive, puis on va affiner la couleur de la fleur. On peut aussi protéger la fleur contre l’abrasion, contre l’eau en passant divers produits sur le cuir, là aussi en fonction du cahier des charges du client. Il faut garder en tête qu’un cuir de premier choix, aniline pleine fleur, sera un cuir dont la fleur n’est pas masquée/protégée donc un cuir fragile.
On peut également lui donner du brillant dans le cas d’un box-calf, en passant les cuirs sur les lisses, caractéristique réservée aux cuirs de premier choix.
À l’inverse les peaux de moins bonne qualité pourront recevoir une solution opaque à base de pigments cachant la fleur ou un imprimé sur des presses permettant de masquer au mieux leurs défauts. Après finition, on s’assure de la qualité des cuirs produits, puis les peaux subissent un dernier tri avant d’être mesurées, emballées et expédiées.
Aujourd’hui l’essentiel de la production de Tannerie d’Annonay est destiné à la maroquinerie, soit pour la confection de sacs ou de ceintures. Le reste est vendu à des fabricants de chaussures.

Mathieu Gounon

1- Les veines sont des défauts de plus en plus problématiques dans l’industrie de la tannerie car, d’un point de vue esthétique, il est nécessaire de les masquer et donc de déclasser les peaux concernées. Les veines affaiblissent la résistance naturelle du cuir (risque de cassure).