Le village de Beaumont, en plein cœur de la Cévenne ardéchoise,
possède en particulier une intéressante petite église
romane dont la "Sauvegarde" a contribué à réparer
le magnifique toit de lauzes.
Ce fut l'objet d'une visite-conférence de notre association le 14 mai 1988, au compte rendu de laquelle nous emprunterons
de larges extraits.
« [...] Les 170 participants se retrouvent à Beaumont, heureux d'avoir franchi les huit kilomètres de route très pittoresque mais impressionnante qui, du pont des Deux-Aygues, les a conduits à ce haut village.
L'église est archi-comble car les enfants des écoles et les habitants se sont joints aux visiteurs. Le Général de Pampelonne remercie M. le Maire, son conseil municipal, les membres des "Amis de Beaumont" pour leur accueil. Il présente ensuite M. Guy Berdaguer, maire de Beaumont, mais aussi président et fondateur des "Amis de Beaumont", et lui passe la parole. D'un exposé passionnant, remarquablement documenté, nous rappelons ce qui suit.
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En préambule, M. Berdaguer évoque l'histoire de la route pour bien situer le site de son village. La route date seulement de la fin du siècle dernier ; auparavant seul un chemin muletier reliait Beaumont à la vallée et la rivière devait être franchie à gué ; car le pont, dont les premiers travaux furent entrepris vers 1850, ruina les habitants de Beaumont : après avoir versé 5 000 F sur les 6 000 F de la dépense de construction, ils virent leurs économies partir avec le pont qui fut emporté quelques jours avant son inauguration par les crues résultant des violents orages de fin août... Ce n'est que 40 ans plus tard que le pont fut reconstruit, en même temps que fut ouverte la route que vous avez "grimpée".
Il se pourrait que le premier peuplement du village soit le fait de populations fuyant les invasions successives qui ont déferlé sur la contrée ; cette région de montagne aurait servi de refuge privilégié.
Dès le IXe siècle, la seigneurie de Beaumont se composait de Beaumont, Saint-Mélany et Dompnac ; ce mandement portait le nom de Chabranotis ou Chabrilles en Bellomonte ; c'est à l'époque où le notable Aginus et son épouse Pétronille firent don à l'évêque de Viviers d'un territoire immense allant de Borne et Saint-Laurent-les-Bains jusqu'à La Souche, Prunet, Joannas et Beaumont.
Selon Robert Saint-Jean, l'église actuelle aurait été édifiée à l'extrême fin du XIIe siècle et il fait remarquer les difficultés que durent surmonter les bâtisseurs, dans cette région schisteuse, impropre à fournir un matériau de construction convenable, pour amener de fort loin les pierres de granit et de grès fin qui constituent la majeure partie de l'édifice.
Son plan était à l'origine fort simple : une nef de deux travées, suivie d'un chœur de dimensions plus réduites, terminé au levant par une abside polygonale à cinq pans. De nombreux rajouts au cours des siècles en ont compliqué la structure. La travée de chœur est voûtée en berceau brisé, celles de la nef sont couvertes d'ogives d'une facture très primitive, sans doute un peu plus tardives.
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L'abside était à l'origine percée de trois fenêtres dont une seule subsiste (réouverte d'ailleurs il y a une dizaine d'années) ; les deux autres sont murées car engagées dans la construction de la sacristie et de la chapelle des Pénitents. « Notre souhait serait de les réouvrir et d'y placer un vitrail éclairé par derrière, ce qui redonnerait à l'abside son aspect initial ».
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Des deux chapelles, celle du côté de l'abside était autrefois dédiée à saint Pierre. Sous cette chapelle, un caveau voûté construit par Messire Jean Monnier, curé-prieur de Beaumont de 1660 à 1700, abrite les restes des anciens prieurs. L'on peut voir sculptées sur les culs-de-lampe et sur la clé du croisillon les armes des seigneurs de Beaumont et alliés. Symétrique de cette chapelle, se trouve la chapelle autrefois dédiée à sainte Catherine, fondée par les seigneurs de Beaumont ; devant cette chapelle, dans la grande nef, sont enterrés les seigneurs de Beaumont.
L'église est recouverte de lauzes : toit magnifique mais qui nécessite d'urgence de sérieuses réparations, réparations pour lequelles la "Sauvegarde" apporte son aide. À remarquer la corniche en pierres taillées sous le rebord de la toiture et les modillons sculptés sous le dépassement de la toiture de l'abside. Autrefois l'église se trouvait au milieu du cimetière ; depuis 1846 la partie du cimetière sise devant l'église a été supprimée et une grande croix érigée, dont le socle constitué d'anciennes pierres tombales porte encore des inscriptions.
Après avoir rappelé avec humour les violents démêlés qui opposèrent vers 1675 les paroissiens au prieur et au représentant de l'évêque -on parla même de mutinerie- et qui s'apaisèrent grâce à la diplomatie des consuls du village, le conférencier résume la longue histoire des seigneurs de Beaumont dont le premier connu est Pierre de Beaumont en 1019 et qui s'allièrent plus tard avec les du Roure, les Beauvoir, les Grimoard, les Brison, les Maubec. Les premiers seigneurs firent ériger un castrum sur l'emplacement de l'actuel château du Blat, hameau que l'on traverse en montant vers le village. Aménagé en château-fort, ce lieu fut la demeure des seigneurs vraisemblablement jusqu'au XVe siècle. Après son mariage avec Jeanne de Cayre, héritière de Gabriel de Brison, Rostaing de Beaumont résida certainement dans l'ancien château de Brison.
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M. Berdaguer a étudié l'estime de 1464 et les compoix de 1662, 1713 et 1774. Il s'avère que Beaumont était la commune la plus riche du mandement, avec des revenus par habitant supérieurs à ceux de Valgorge et identiques à ceux d'une ville alors florissante, Largentière. Beaumont comptait, en 1464, 361 habitants, 807 à la veille de la Révolution, enfin 1367 en 1841. Ensuite la régression a été continue jusqu'à ce jour (174 habitants). Mais la courbe est stabilisée et une inversion apparaît. « On peut avoir aujourd'hui légitimement foi dans l'avenir de Beaumont ».
Très applaudi, M. le Maire invite les auditeurs à visiter le village en compagnie des « Amis de Beaumont » : vieilles demeures, belles portes et fenêtres, ruelles pittoresques. Puis, sous la conduite de M. et Mme Deleplace, montée à la Croix de la Tourasse, magnifique belvédère dominant les vallées de la Beaume et de la Drobie et d'où la vue s'étend vers le Tanargue, le Mont Lozère et bien entendu la Tour de Brison ; une tour s'élevait à cet emplacement mais elle fut rasée à la Révolution.»