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BOURG-SAINT-ANDÉOL
Église Saint-Andéol
Visite de la ville (24 avril 2010)

ÉGLISE SAINT-ANDÉOL

Bourg-Saint-Andéol - église

L'église Saint-Andéol est une des plus importantes de la vallée du Rhône. Élevée entre la fin du xie et le début du xiie siècle, elle occupe l'emplacement de l'église carolingienne élevée au milieu du ixe siècle par l'évêque Bernoin, dont il ne subsiste rien.

On sait que Bernoin fut, en 858, l'« inventeur » des reliques de saint Andéol. D´après la tradition, le diacre Andéol aurait fait partie d'une équipe de missionnaires envoyée par Polycarpe, évêque de Smyrne, à Irénée, évêque de Lyon, ceci au tout début du iiie siècle. Tandis que ses compagnons se dirigeaient vers la Bourgogne, Andéol descendit le Rhône et s'arrêta vers Bergoiata où ses prédications eurent un trop grand succès aux yeux de l'empereur Septime Sévère qui, se trouvant à passer par là avec ses troupes, ordonna l'exécution d´Andéol. Le malheureux aurait eu la tête fendue en forme de croix, avec une épée de bois... Son corps jeté dans le fleuve aurait été recueilli et enseveli secrètement par une pieuse dame romaine convertie au christianisme, du nom de Tullie.
Ces faits sont rapportés dans un texte du ixe siècle, la vita ou « Passion » de saint Andéol, ce qui, en 858, incita l'évêque Bernoin à rechercher les reliques du saint. Saint Polycarpe lui-même lui aurait révélé l'emplacement de la sépulture d'Andéol, près du Rhône, là où fut édifiée ultérieurement l'église Saint-Polycarpe. Le corps du martyr fut alors placé dans un sarcophage antique en marbre blanc qui avait été celui d'un enfant de sept ans. Ce sarcophage, actuellement déposé dans l'église Saint-Andéol, aurait séjourné dans la crypte de l'église Saint-Polycarpe jusqu´au début du xiie siècle.

S'il ne reste rien de l´église carolingienne, quelques éléments sculptés nous sont en revanche parvenus, au premier rang desquels la pierre tombale de l'évêque Bernoin, mort en 874. Celle-ci porte une épitaphe dont le texte a été ainsi restitué (R. Saint-Jean) :

Bourg-Saint-Andéol - Pierre tombale de l´évêque Bernoin

Pierre tombale de l´évêque Bernoin

IC INVENITUR TUMULOS BERNUINI EPISCOPI QUI INVENIT CORPUS BEATI ANDEOLI MARTIRIS ET ANC DOMUM ET FONDAMENTUM EREXIT. REXIT ECCLESIAM VIVARIENSEM ANNOS XXIII ET OBIIT PACIFICE IDUS DECIMBRIS V.

(Ici se trouve la tombe de l'évêque Bernoin qui découvrit le corps du bienheureux Andéol martyr et qui construisit cette maison [l'église] depuis ses fondations. Il dirigea l'Église de Viviers durant 23 ans et mourut dans la paix le 5 des ides de décembre.)

Cette inscription est entourée d´un superbe entrelacs en forme de tresse à trois brins.

Le sarcophage de saint Andéol

L'une des faces de ce sarcophage antique dans lequel ont été placées, lors de leur découverte, les reliques de saint Andéol a conservé son décor d´origine. L'autre face a fait l'objet d'une nouvelle sculpture au xiie siècle, lors du transfert du tombeau dans l'église nouvellement construite. Sur la face « païenne », deux petits génies ailés tiennent un cartouche qui nous apprend que ce tombeau était celui d'un enfant de sept ans du nom de Tiberius Julius Valerianus.
L'autre face, reprise donc au début du xiie siècle et non à l'époque carolingienne comme on l'a cru longtemps, comporte une longue inscription en l'honneur de saint Andéol gravée dans un cartouche souligné d'une bordure perlée. Au-dessus et au-dessous de cette inscription deux bandeaux sont ornés, le premier de deux motifs d'entrelacs, le second de quatre petits panneaux rectangulaires renfermant des couples d'animaux affrontés. Enfin, de part et d´autre de l'inscription, sont figurés deux personnages, saint Polycarpe à droite, saint Bégnine à gauche.

sarcophage de Saint-Andéol
sarcophage de Saint-Andéol

Sarcophage de saint Andéol, face "chrétienne"

Bref historique de l'église

Sa construction est attribuée à l'évêque de Viviers Léger (ou Léodegaire) (1096-1124). Elle fut consacrée en 1119 par le pape Calixte II, mais ceci ne signifie pas que sa construction fut alors terminée. En 1108, pour assurer au nouveau sanctuaire une vie religieuse régulière, l'évêque y appela les chanoines de Saint-Ruf d´Avignon, ordre de chanoines réguliers qui bénéficiait alors d'une grande réputation. Mais bientôt le clergé séculier, sans doute mécontent d'avoir été évincé d'un sanctuaire aussi important, se révolta et chassa les chanoines. Il s'en suivit un siècle de dissensions, ponctué de bulles pontificales enjoignant à l'évêque de réintégrer les chanoines. Ce n'est qu´en 1206 qu'Innocent III réussit à imposer leur retour définitif. Ils administrèrent l'église et le prieuré jusqu'à leur sécularisation en 1772.
Au cours des guerres de Religion, l'édifice subit des dégâts considérables et son trésor fut pillé lors de la prise de la ville par les troupes du baron des Adrets en 1568.
Malgré des réparations, d'ailleurs plus ou moins heureuses, réalisées aux xviie et xviiie siècles, l'église était en piteux état lors de son classement en 1854. Une restauration radicale fut réalisée entre 1862 et 1868, mais souvent sans respecter le style de l'édifice, notamment en ce qui concerne l'intérieur de l'abside. L'église échappa par miracle au bombardement du 15 août 1944, deux chapelets de bombes étant tombés au nord et au sud.

Visite extérieure

Bourg-Saint-Andéol - chevet de l´église

Le chevet orné d´arcatures lombardes

église de Bourg-Saint-Andéol - tour lanterne

L'édifice est remarquable par son chevet, son transept saillant, sa puissante tour lanterne élevée dans la deuxième moitié du xiie siècle, surmontée plus tard d'une flèche.

église de Bourg-Saint-Andéol - Remploi

Pierre de remploi encastrée dans un contrefort de l´abside

Les trois absides semi-circulaires, relativement hautes et étroites, sont ornées d'arcatures lombardes, décor qui s'étend d'ailleurs à l'ensemble de l'édifice. Il a été restauré au xixe siècle. Ce décor, ainsi que le parement des murs en petit appareil calcaire régulier sommairement taillé au pic reste dans la tradition du premier art roman méridional.

La tour-lanterne octogonale repose sur une souche carrée qui recouvre la coupole de la croisée du transept. La base en est également décorée d’arcatures lombardes. Le premier étage, construit en moyen appareil, avec des pilastres unis aux angles de l’octogone, est simplement ajouré de grandes baies plein-cintre. Mais le deuxième étage a reçu une ornementation beaucoup plus riche. Souligné par un cordon d’oves et de dents d’engrenage, il est flanqué de pilastres cannelés, tandis que ses baies géminées sont richement décorées d’archivoltes très travaillées et de colonnettes aux chapiteaux sculptés, tous différents.

 

Bourg-Saint-Andéol - église vue du sud
église de Bourg-Saint-Andéol - façade occidentale

La façade occidentale du XVIIIe siècle a remplacé la contre-abside

Les façades latérales, très restaurées au xixe siècle, sont contrebutées par des arcs-boutants construits au xviie siècle pour consolider l'édifice gravement endommagé au cours des guerres de Religion.

La façade occidentale ne date que du xviiie siècle, car l’église était jusque là dotée d’une deuxième abside, ou contre-abside, disposition rare en France, mais qui existe encore tout près de Bourg-Saint-Andéol, à La Garde-Adhémar, dans la Drôme. Cette contre-abside était creusée à l’intérieur de niches, suivant une disposition d’inspiration probablement catalane3, que l’on rencontre dans quelques autres églises ardéchoises. Le petit clocheton flamboyant a été élevé au xvie siècle pour abriter une horloge.

Visite intérieure

C´est une architecture aux lignes très pures, soulignées par la rareté de la décoration, que nous découvrons en pénétrant dans ce vaste édifice dont les voûtes culminent à près de 17 mètres de hauteur. La lumière dorée qui tombe des vitraux contemporains atténue agréablement la sècheresse de la pierre blanche.

Son plan comporte une nef de quatre travées, flanquée de collatéraux, un transept saillant sur lequel s'ouvrent une grande abside et deux absidioles de plan semi-circulaire voûtées en cul-de-four ; chacune des trois absides est précédée d´une courte travée de chœur.
La nef est couverte d´un berceau plein cintre renforcé de doubleaux qui retombent sur de minces pilastres dont l'imposte est simplement chanfreinée. Les bas-côtés, également voûtés en berceau communiquent avec la nef par de grandes arcades en plein cintre. Au-dessus des collatéraux, les murs de la nef sont percés de baies en plein cintre qui en assurent un éclairage relativement abondant.

Bourg-Saint-Andéol - Intérieur de l´église église de Bourg-Saint-Andéol - la coupole

La croisée du transept est couverte d’une audacieuse coupole, profonde de sept mètres et qui culmine à près de 24 mètres. Il faut remarquer le clavage rayonnant des trompes, d’une rare perfection, et le motif en forme de coquille à leur départ. Les tableaux qui les séparent sont garnis d’une triple arcature portée par de courtes colonnettes à chapiteaux ornés. Une disposition analogue a été reprise dans la petite église de Larnas.

On peut ainsi conclure, avec Yves Esquieu (loc. cit.)  que, malgré la suppression de la contre-abside au xviiie siècle et des restaurations souvent abusives au xixe, l'église de Bourg-Saint-Andéol reste un édifice marquant de l'art roman dans la vallée du Rhône.

Paul Bousquet

Bibliographie
1- Saint-Jean (Robert), Vivarais roman, La Pierre-qui-Vire, Zodiaque, 1991, p. 95.
2- Esquieu (Yves), « Bourg-Saint-Andéol - L'église de Saint-Andéol » Congrès archéologique de France - Moyenne vallée du Rhône, Paris, Société française d'archéologie, 1992.

VISITE DE QUELQUES ÉDIFICES REMARQUABLES

Ce samedi 24 avril, la Sauvegarde avait choisi Bourg-Saint-Andéol pour son Assemblée générale annuelle et pour effectuer la visite de quelques édifices remarquables. Cent-vingt adhérents étaient présents devant l’ancienne gare SNCF au moment de l’accueil assuré par le président Delubac et Marie-Paule Murphy, adjointe au maire chargée du patrimoine et de la culture ; Marie-Solange Serre, professeur d’histoire et responsable des archives municipales, après avoir évoqué Louis Pize dont la maison natale est toute proche, nous fit une présentation générale de l’histoire de la cité.

Bourg-Saint-Andéol - Vue du pont

Historique

En ce début de xxie siècle, Bourg-Saint-Andéol se présente comme une petite ville de moins de 8 000 habitants. Sa population a tendance à baisser au profit des communes du canton, conséquence d’une forme de périurbanisation.
De façon classique, le centre ancien est installé sur un site de défense et de communication : un rocher au-dessus du Rhône, au niveau d’un haut fond qui facilite la traversée du fleuve. Sa situation est intéressante, elle appartient à la petite région naturelle de la plaine de Pierrelatte qui s’étend des défilés de Donzère au nord à ceux de Mornas au sud, c’est-à-dire environ 25 km du nord au sud sur 7-8 km d’est en ouest. Cet espace se situe au milieu de la vallée du Rhône, axe majeur de communication et donc à mi-chemin entre Lyon et Marseille.

Aujourd’hui, vous vous retrouvez à Bourg-Saint-Andéol en raison de son riche patrimoine ; c’est en effet la première commune d’Ardèche par le nombre de monuments classés ou inscrits, donc protégés. Cependant, sa richesse patrimoniale n’a rien d’exceptionnel par rapport aux autres petites villes de cette région ; Saint-Paul-Trois-Châteaux, chef-lieu de cité romaine puis siège épiscopal jusqu’à la Révolution, ne manque pas de monuments intéressants ; Bollène, au débouché du Lez, au nord du Comtat Venaissin, présente aussi de beaux édifices ; grâce à son pont médiéval, Pont-Saint-Esprit, autre ville rhodanienne, contrôle le franchissement du fleuve à sa confluence avec l’Ardèche et sa richesse commerciale marque encore le paysage urbain, notamment avec le remarquable bâtiment aménagé actuellement en musée d’art sacré.

Bourg-Saint-Andéol : les remparts

Les remparts

L’occupation humaine de Bourg-Saint-Andéol est ancienne et remonte au moins au néolithique, au iiie millénaire av. J.C. environ, sur le plateau calcaire du Laoul, à l’ouest ; on y observe la présence de plusieurs dolmens. La nécropole des Géantes avec ses six sépultures a été fouillée récemment par une équipe franco-allemande dirigée par M. Pape et présente les trois types de dolmens qui existent en France. Plus tard, toujours en hauteur, on repère deux oppida.
À l’époque romaine, de riches villas se sont installées plus bas, sur les collines. Une agglomération secondaire est attestée à l’emplacement de la vieille ville ainsi qu’un temple de Mithra dans le vallon de Tourne.
À partir des xie-xiie siècles, la documentation plus abondante montre une cité dynamique, tournée vers le Rhône avec un commerce important ; on entrevoit une ville riche. D’après les travaux de M. Valladier-Chante1 sur les Estimes de 1464, pour le quart sud-est de l’Ardèche, la moyenne des fortunes s’élève à 47 livres alors qu’à Bourg elle est de 76 livres ! De plus, les deux premières fortunes sont bourguésannes et de très loin. De nombreux monuments rappellent ce passé : les remparts, les églises romanes de Saint-Andéol et Saint-Polycarpe puis, plus tard, ce seront le Palais des Évêques, les couvents des Visitandines et Ursulines, les hôtels particuliers des xvie, xviie et xviiie siècles.

Mais à travers cette évocation apparaît un autre caractère de la ville qui est la dimension religieuse, plus précisément catholique. La tradition y situe le martyre d’Andéol, vénéré comme l’évangélisateur du Vivarais ; les évêques de Viviers sont à l’origine de son culte au ixe siècle et de sa relance aux xie et xiie ; ils sont seigneurs de la cité depuis le Moyen Âge et y résident le plus souvent entre la fin du xvie siècle et 1742. Bourg-Saint-Andéol a été, de fait, le centre de la Réforme Catholique en Vivarais au xviie siècle.

La ville a souffert de la Révolution, perdant les riches terres de la rive gauche du Rhône et les nouvelles divisions administratives la coupent de ses liens naturels avec le sud, avec Pont-Saint-Esprit et le Languedoc plus particulièrement. L’Ardèche est désormais orientée vers le nord !

Alors qu’en France en général, le xixe siècle est marqué par la croissance démographique et l’urbanisation, Bourg-Saint-Andéol voit sa population stagner autour de 4 400 – 4 600 habitants. La cité compte cependant des activités florissantes comme les filatures de soie, les tanneries, les marbreries ; l’entreprise Bouvas a une réputation nationale et l’usine de carrelages Lauzun se développe en lien avec les ciments Lafarge. La ville est l’une des premières de France à bénéficier de l’électrification des rues en 1888 grâce aux revenus de la forêt du Laoul. Après la Révolution, les religieuses de la Présentation de Marie ont installé ici, dans l’ancien couvent de la Visitation, la Maison Mère de leur congrégation ; elles sont aujourd’hui présentes sur les cinq continents.

Bourg-Saint-Andéol : portrait de Marie Rivier, fondatrice du couvent de la Présentation de Marie

Marie Rivier, fondatrice de la congrégation de la Présentation de Marie

Au cours du xxe siècle, la ville a perdu peu à peu toutes ses activités industrielles et artisanales. Elle a aussi été profondément traumatisée par la tragédie du bombardement du 15 août 1944 par l’aviation américaine ; cette dernière voulait détruire le pont afin de gêner la retraite des troupes allemandes : elle a manqué le pont, mais meurtri la ville. On a dénombré 150 morts et de nombreux blessés pour une population d’un peu plus de 3 000 habitants et plusieurs quartiers de la ville ont aussi été détruits.

Aujourd’hui, l’évolution démographique de la commune est liée aux cycles d’activités de la vallée du Rhône, la construction des barrages, puis les usines atomiques ; désormais, le travail se trouve sur la rive gauche du fleuve, dans la plaine pierrelattine appelée « le Tricastin » où tout dépend de l’industrie nucléaire. Cette plaine se situe dans un couloir de circulation de première importance à l’échelon national et européen, mais cette petite région est faible par manque d’unité ; en effet, elle est divisée administrativement en trois régions (Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Languedoc-Roussillon) et quatre départements (Ardèche, Drôme, Gard et Vaucluse), ce qui l’éloigne des centres de pouvoir que sont Lyon, Marseille et Montpellier.

Visite de la ville

Le groupe conduit par Mlle Serre se dirigea ensuite vers ce qui reste des remparts avant de parcourir la Grand Rue (le chemin droit de la ville ancienne) et d’admirer quelques belles façades parmi lesquelles celles de l’hôtel de la famille Bazalgette du Charnève (xviie siècle) et de la maison de Mme de Larnage qui doit sa renommée à sa liaison avec Jean-Jacques Rousseau.
Tout à côté se trouvent les écoles publiques du Centre, à l’emplacement même où fut fondé le premier collège religieux de la ville ; après une première tentative par les Oratoriens en 1654, ce sont les Barnabites (clercs réguliers de Saint-Paul) qui vont faire la réputation de l’établissement, ne le quittant que par obligation en 1790. Seul témoin de l’église Notre-Dame de Lorette, une chapelle dédiée à saint Charles Borromée (xviie siècle), construite pour l’évêque Louis de Suze, bienfaiteur du collège : servant aujourd’hui de débarras, elle mériterait un bon rafraîchissement avec la mise en valeur de ses piliers et de la voûte.

Couvent de la Présentation de Marie

Bourg-Saint-Andéol-Couvent de la Présentation de Marie : bureau de Marie Rivier Bourg-Saint-Andéol-Couvent de la Présentation de Marie : chambre de Marie Rivier

Bureau et chambre de Marie Rivier

Bourg-Saint-Andéol : Chapelle du couvent de la Présentation de Marie

Chapelle du couvent

 

La matinée se termina par la visite du couvent de la Présentation de Marie ; après un accueil chaleureux dans la grande salle de réunion, sœur Geneviève2 retraça la vie de la fondatrice Marie Rivier et sa venue à Bourg-Saint-Andéol. Les participants, répartis en quatre groupes, purent pénétrer dans les jardins et admirer la grande façade, côté Rhône, récemment restaurée ; ils se rendirent ensuite à l’étage, dans la chambre et le lieu de travail de la fondatrice où se trouvent encore son lit et ses objets personnels ; après la chapelle du couvent, nombre d’entre nous furent impressionnés par la qualité des fresques qui ornent la crypte, lieu final de la visite. Chacun a pu constater l’excellent état des bâtiments et le rôle économique et social de l’établissement, premier employeur de la ville (lycée et maison de retraite).


Bourg-Saint-Andéol : Couvent de la Présentation de Marie - Fresques de la crypte Bourg-Saint-Andéol : Couvent de la Présentation de Marie - Fresques de la crypte

Couvent de la Présentation de Marie - Fresques de la crypte

P. Terrasse remet la médaille du Département à G. Delubac

P. Terrasse remet la médaille du Département à G. Delubac en présence du maire, Serge Martinez (Cliché D. de Brion)

 

Le temps pressant, il fallut rapidement rejoindre notre lieu de restauration ; l’apéritif (offert par la mairie) fut pris dans la cour de l’établissement, sous un soleil printanier. Après les mots de bienvenue prononcés par le maire Serge Martinez, ce fut un moment solennel que celui de la remise de la médaille du département par Pascal Terrasse, député et président du Conseil général de l’Ardèche, à notre président Guy Delubac, récompensant dix années passés à la tête de la Sauvegarde.


Après le repas et l’assemblée générale, la visite se poursuivit en des lieux rarement ouverts, mais curiosité et découverte n’en furent que plus savoureuses.

Église Saint-Polycarpe

Bourg-Saint-Andéol : Chapelle Saint-Polycarpe

C'est saint Polycarpe, évêque de Smyrne, disciple de saint Jean, qui, selon la tradition, aurait envoyé le diacre Andéol en Gaule. L'église que nous voyons aujourd'hui est un édifice roman dont l'origine paraît remonter au deuxième quart du xiie siècle, mais qui a subi tant de transfomations qu'il est impossible à première vue d'en imaginer la structure initiale. Pourtant celle-ci, particulièrement intéressante, a pu être retrouvée, grâce notamment au travail de maîtrise d'Anne Deirmendjian, effectué sous la direction de Yves Esquieu. 3

Il s'agit d'une église à nef unique, voûtée en berceau légèrement brisé, avec arcs doubleaux et arcs de décharge latéraux. Mais l’organisation de l’espace y était très particulière.

 

Bourg-Saint-Andéol : Chapelle Saint-Polycarpe - Plan de l'édifice du XIIe siècle Bourg-Saint-Andéol : Chapelle Saint-Polycarpe - Coupe de l'édifice du XIIe siècle

Église Saint-Polycarpe - Plan et coupe longitudinale ouest-est de l'édifice du XIIe siècle (restitution par Anne Deirmendjian)
Le trait rouge représente le sol de la nef actuelle.

Le chœur, probablement surmonté d'une coupole, était surélevé par rapport à la nef, dont le sol se situait bien au-dessous du niveau actuel et à laquelle on accédait à partir du portail par des escaliers. Formé d'un transept peu débordant et d'une abside semi-circulaire, ce chœur était construit au-dessus d'une crypte de plan tréflé. On atteignait celle-ci par deux escaliers ménagés dans l'épaisseur des murs nord et sud de la nef, accessibles par des portes s'ouvrant dans les murs occidentaux des bras du transept (voir le plan ci-dessus).

La construction de la crypte apparaît très soignée, en pierres de taille avec de nombreuses marques de tâcherons. Elle a certainement été construite pour abriter les reliques de saint Andéol, ce que tend à confirmer une inscription du xiie siècle, dans l’escalier nord, ainsi rédigée : « Sce Andeole intercede pro nobis ». L'église a été édifiée pour permettre la vénération de ces reliques, avec l’autel situé juste au-dessus de celles-ci. Au Moyen Âge, cette vénération est reliée à l’Eucharistie ; on veut bien affirmer ainsi que c’est le Christ seul qui sauve.

Bourg-Saint-Andéol : Crypte de l'église Saint-Polycarpe Bourg-Saint-Andéol : Nef de l'église Saint-Polycarpe

La crypte était de plan tréflé, formée de trois absides semi-circulaires voûtées en cul-de-four ;
malheureusement la partie centrale a été détruite et remplacée par un mur de parpaings.

Bourg-Saint-Andéol : église Saint-Polycarpe - Plan actuel

Plan actuel

Mais les modifications ultérieures masquent complètement cette organisation primitive. À l'origine, l'intérieur du bâtiment formait un seul volume étroit et de grande élévation (voir la coupe ci-dessus). Or, à une époque indéterminée, il fut divisé en deux dans le sens de la hauteur par la création, au niveau du chœur, d'un plancher qui forme le sol de la nef actuelle. L'abside a été détruite et la nef a été ensuite prolongée jusqu’aux remparts, par la création de deux travées supplémentaires. Par ailleurs au xixe siècle, lors de la construction des quais, le sol du niveau inférieur de l'église a été surcreusé et se trouve actuellement à 1,84 m au-dessous de son niveau primitif. C'est à cette hauteur que se retrouvent par exemple la base des pilastres soutenant les doubleaux de la nef, qui se prolongeaient jusqu'au sol primitif.

En conclusion, selon Anne Deirmendjian, « L'église Saint-Polycarpe apparaît désormais comme un témoignage monumental du culte andéolien, dont le sarcophage n'est ainsi pas seul représentatif. À ce titre, elle mérite d'être plus largement connue car l'originalité de sa crypte de plan tréflé, la rareté de son chœur surélevé en font un monument unique dans la région et même exceptionnel en rapport des dimensions de l'édifice. C'est un exemple intéressant d'architecture entièrement suscitée par la liturgie qui s'y déroulait, toute entière élevée à la gloire d'Andéol ; si l'historicité du martyr a été niée, son culte n'en a pas été moins réel et le nom qu'il a laissé à la ville, à l'église principale et à nombre de localités environnantes le prouve. L'église Saint-Polycarpe, longtemps prise pour preuve de l'existence de saint Andéol est en réalité un superbe témoignage de foi et d'hommage rendu, envers celui qui restera dans la mémoire légendaire "l'apôtre du Vivarais". »

 

Ancien couvent des Ursulines (mairie actuelle)

C'est sur la place devant la façade de l'Hôtel de Ville que nous commençons l'évocation des religieuses Ursulines qui se dévouèrent à Bourg-Saint-Andéol depuis leur arrivée le 28 mars 1618 jusqu'à leur expulsion le 16 septembre 1792. Ces « Dames de Sainte Ursule » viennent du couvent de Montélimar et s'installent, tout d'abord, au nord de la ville. Elles s'y établissent, selon la vocation de leur fondatrice, Angèle de Merici, pour assister les personnes en difficulté et surtout donner une éducation gratuite aux jeunes filles pauvres.
Elles ouvrent immédiatement une école qui a un grand succès : vers 1630 elles ont une centaine d'élèves, sans compter les jeunes pensionnaires qui logent dans le couvent. N'étant pas cloîtrées, elles vont secourir les pauvres à domicile. Mais les autorités religieuses voient d'un mauvais œil ces femmes « libres » et font pression sur elles pour qu'elles s'enferment dans un cloître. Elles obéissent en 1624 et se consacrent ensuite surtout à leur rôle d'éducatrices.

Leur premier couvent est rapidement trop petit et, en 1622, elles achètent une plus grande maison dans le quartier de Briançon, au sud-est du bourg. Ce qui est maintenant une place est à l'époque un entassement de maisons, chazals, étables et feniers, enfermés dans l'angle des remparts et dominés par deux tours, la tour de Constance et la tour des Grailles. Pour désenclaver leur couvent, elles achètent peu à peu les maisons avoisinantes qui sont abattues et font place à leur jardin, puis aux nouveaux bâtiments.
La construction du couvent se fait en trois étapes principales : d'abord, de 1622 à 1627, l'aile sud (Hôtel de Ville actuel). Puis, de 1642 à 1651, l'aile ouest qui comprend surtout leur grande église. Enfin, de 1682 à 1686, l'aile nord où logeront les pensionnaires. Cette aile a une particularité : le chef d'entreprise qui l'édifie est une femme, Bénigne Chalamel. Ce n'est donc qu'au bout de 64 ans qu'elles ont achevé leur couvent, en fer à cheval autour du cloître, celui-ci étant fermé sur le quatrième côté par le rempart est de la ville.

Que reste-t-il de cet ensemble qu'admiraient les habitants de l'époque ? Bien peu de choses sont encore visibles aujourd'hui. La façade de la mairie, l'aile sud, a été entièrement remaniée en 1891 avec ajout d'un perron monumental et d'une corniche. L'aile nord, divisée entre plusieurs particuliers, a été utilisée, entre autres, pour entreposer le matériel d'entretien du pont suspendu. Quant à l'aile ouest, elle est abattue après le bombardement du 15 août 1944 et laisse place à la rue.
Pour retrouver un témoin de l'époque des Ursulines, il faut descendre dans le sous-sol de la mairie. Là, semi-enterrée depuis le relèvement du niveau de la place, subsiste la chapelle qui a servi aux religieuses entre 1627 et 1651. Elle était ornée de peintures sur un enduit de chaux (ou de fresques ?) représentant des rinceaux de feuillage avec un cartouche dont on peut encore lire une partie de l'inscription :

« Dans ce Temple Sacré [...] chantons les louanges [...] de la terre et des cieux [...] en ces saints lieux [...] avec les concerts des anges. »

Ces peintures très endommagées finissent de se dégrader et n'existeront probablement plus dans un proche avenir si aucune mesure de sauvegarde n'est entreprise.

On trouvera une étude très détaillée du couvent des Ursulines dans l’article de Claude Chidaine cité en référence 4 .

Hôtel Bonot de Villevrain 5

Grâce à la gentillesse des propriétaires, les portes de l’hôtel étaient largement ouvertes pour accueillir le groupe de la Sauvegarde. Ainsi nous avons pu visiter ce bâtiment ayant appartenu à une branche de la famille de notre ancien président.

Bourg-Saint-Andéol : Escalier de l'hôtel Bonot de Villevrain

Hôtel Bonot de Villevrain

Les Bonot sont présents à Bourg depuis la fin du xve siècle. Ils ont été successivement notaires, puis marchands de draps (seconde fortune derrière les Nicolay en 1464), hommes de loi avant de devenir nobles. Leur hôtel dans la Grand Rue a été agrandi et réaménagé au xviiie siècle à l’occasion du mariage d’Emmanuel de Bonot, marquis de Villevrain (par sa mère) avec Marie-Elizabeth Xavière Robert d’Aquéria de Rochegude, originaire d’Avignon, en 1748. C’était une alliance courante entre deux noblesses, l’une récente mais riche et l’autre ancienne mais désargentée.

Il s’agit d’un hôtel entre cour et jardin, plan habituel dans le quartier du Marais à Paris et diffusé en Province. Il se compose d’un corps principal et de deux ailes. On pénètre dans la cour d’honneur par une porte en plein cintre décorée de motifs floraux sur des cuirs enroulés. La porte du bâtiment principal est mise en valeur par un perron avec des balustres en forme de poires.
À l’intérieur, l’escalier d’honneur affiche le rang social des propriétaires avec une superbe rampe en fer forgé. Celle-ci apparaît très ouvragée avec des feuilles d’acanthe et des feuilles d’eau. Au centre, en fer repoussé, on retrouve les initiales des Aquéria-Villevrain surmontées de la couronne de marquis.
En montant par l’escalier, on accède à la Grande salle qui semble plus ancienne, peut-être du xviie, avec un plafond à la française. Là se trouve une monumentale cheminée en stuc à l’ornementation très chargée.

Malgré l’heure tardive, une bonne centaine de personnes étaient encore présentes pour cette dernière visite ; des participants attentifs aux commentaires éclairés de Marie-Solange Serre qui a su, tout au long de la journée, nous faire aimer sa ville. Qu’elle soit ici vivement remerciée, sans oublier sœur Geneviève et Claude Chidaine qui s’est passionné pour l’ancien couvent des Ursulines.

Bourg-Saint-Andéol - Couvent de la Présentation de Marie - Vitrail

Couvent de la Présentation de Marie

Bourg-Saint-Andéol - Église Saint-Polycarpe

Église Saint-Polycarpe
Décor du portail

Bourg-Saint-Andéol - Église Saint-Polycarpe - Buste de saint Andéol

Église Saint-Polycarpe
Buste de saint Andéol

Bourg-Saint-Andéol - Église Saint-Polycarpe - Marque de tâcheron

Marque de tâcherons dans la crypte de Saint-Polycarpe

Bourg-Saint-Andéol - Hôtel Bonot de Villevrain - Décor de stuc d'une cheminée - Détail

Hôtel Bonot de Villevrain - Décor de stuc de la cheminée de la grande salle (détail)