retour accueil

ÉGLISE SAINT-ANDÉOL DE BOURG

Une autre page est consacrée à une visite partielle de la ville, avec notamment une présentation détaillée de l´église Saint-Polycarpe.

Bourg-Saint-Andéol - église

L'église Saint-Andéol est une des plus importantes de la vallée du Rhône. Élevée entre la fin du xie et le début du xiie siècle, elle occupe l'emplacement de l'église carolingienne élevée au milieu du ixe siècle par l'évêque Bernoin, dont il ne subsiste rien.

On sait que Bernoin fut, en 858, l'« inventeur » des reliques de saint Andéol. D´après la tradition, le diacre Andéol aurait fait partie d'une équipe de missionnaires envoyée par Polycarpe, évêque de Smyrne, à Irénée, évêque de Lyon, ceci au tout début du iiie siècle. Tandis que ses compagnons se dirigeaient vers la Bourgogne, Andéol descendit le Rhône et s'arrêta vers Bergoiata où ses prédications eurent un trop grand succès aux yeux de l'empereur Septime Sévère qui, se trouvant à passer par là avec ses troupes, ordonna l'exécution d´Andéol. Le malheureux aurait eu la tête fendue en forme de croix, avec une épée de bois... Son corps jeté dans le fleuve aurait été recueilli et enseveli secrètement par une pieuse dame romaine convertie au christianisme, du nom de Tullie.
Ces faits sont rapportés dans un texte du ixe siècle, la vita ou « Passion » de saint Andéol, ce qui, en 858, incita l'évêque Bernoin à rechercher les reliques du saint. Saint Polycarpe lui-même lui aurait révélé l'emplacement de la sépulture d'Andéol, près du Rhône, là où fut édifiée ultérieurement l'église Saint-Polycarpe. Le corps du martyr fut alors placé dans un sarcophage antique en marbre blanc qui avait été celui d'un enfant de sept ans. Ce sarcophage, actuellement déposé dans l'église Saint-Andéol, aurait séjourné dans la crypte de l'église Saint-Polycarpe jusqu´au début du xiie siècle.

S'il ne reste rien de l´église carolingienne, quelques éléments sculptés nous sont en revanche parvenus, au premier rang desquels la pierre tombale de l'évêque Bernoin, mort en 874. Celle-ci porte une épitaphe dont le texte a été ainsi restitué (R. Saint-Jean) :

Bourg-Saint-Andéol - Pierre tombale de l´évêque Bernoin

Pierre tombale de l´évêque Bernoin

IC INVENITUR TUMULOS BERNUINI EPISCOPI QUI INVENIT CORPUS BEATI ANDEOLI MARTIRIS ET ANC DOMUM ET FONDAMENTUM EREXIT. REXIT ECCLESIAM VIVARIENSEM ANNOS XXIII ET OBIIT PACIFICE IDUS DECIMBRIS V.

(Ici se trouve la tombe de l'évêque Bernoin qui découvrit le corps du bienheureux Andéol martyr et qui construisit cette maison [l'église] depuis ses fondations. Il dirigea l'Église de Viviers durant 23 ans et mourut dans la paix le 5 des ides de décembre.)

Cette inscription est entourée d´un superbe entrelacs en forme de tresse à trois brins.

Le sarcophage de saint Andéol

L'une des faces de ce sarcophage antique dans lequel ont été placées, lors de leur découverte, les reliques de saint Andéol a conservé son décor d´origine. L'autre face a fait l'objet d'une nouvelle sculpture au xiie siècle, lors du transfert du tombeau dans l'église nouvellement construite. Sur la face « païenne », deux petits génies ailés tiennent un cartouche qui nous apprend que ce tombeau était celui d'un enfant de sept ans du nom de Tiberius Julius Valerianus.
L'autre face, reprise donc au début du xiie siècle et non à l'époque carolingienne comme on l'a cru longtemps, comporte une longue inscription en l'honneur de saint Andéol gravée dans un cartouche souligné d'une bordure perlée. Au-dessus et au-dessous de cette inscription deux bandeaux sont ornés, le premier de deux motifs d'entrelacs, le second de quatre petits panneaux rectangulaires renfermant des couples d'animaux affrontés. Enfin, de part et d´autre de l'inscription, sont figurés deux personnages, saint Polycarpe à droite, saint Bégnine à gauche.

sarcophage de Saint-Andéol
sarcophage de Saint-Andéol

Sarcophage de saint Andéol, face "chrétienne"

Bref historique de l'église

Sa construction est attribuée à l'évêque de Viviers Léger (ou Léodegaire) (1096-1124). Elle fut consacrée en 1119 par le pape Calixte II, mais ceci ne signifie pas que sa construction fut alors terminée. En 1108, pour assurer au nouveau sanctuaire une vie religieuse régulière, l'évêque y appela les chanoines de Saint-Ruf d´Avignon, ordre de chanoines réguliers qui bénéficiait alors d'une grande réputation. Mais bientôt le clergé séculier, sans doute mécontent d'avoir été évincé d'un sanctuaire aussi important, se révolta et chassa les chanoines. Il s'en suivit un siècle de dissensions, ponctué de bulles pontificales enjoignant à l'évêque de réintégrer les chanoines. Ce n'est qu´en 1206 qu'Innocent III réussit à imposer leur retour définitif. Ils administrèrent l'église et le prieuré jusqu'à leur sécularisation en 1772.
Au cours des guerres de Religion, l'édifice subit des dégâts considérables et son trésor fut pillé lors de la prise de la ville par les troupes du baron des Adrets en 1568.
Malgré des réparations, d'ailleurs plus ou moins heureuses, réalisées aux xviie et xviiie siècles, l'église était en piteux état lors de son classement en 1854. Une restauration radicale fut réalisée entre 1862 et 1868, mais souvent sans respecter le style de l'édifice, notamment en ce qui concerne l'intérieur de l'abside. L'église échappa par miracle au bombardement du 15 août 1944, deux chapelets de bombes étant tombés au nord et au sud.

Visite extérieure

Bourg-Saint-Andéol - chevet de l´église

Le chevet orné d´arcatures lombardes

église de Bourg-Saint-Andéol - tour lanterne

L'édifice est remarquable par son chevet, son transept saillant, sa puissante tour lanterne élevée dans la deuxième moitié du xiie siècle, surmontée plus tard d'une flèche.

église de Bourg-Saint-Andéol - Remploi

Pierre de remploi encastrée dans un contrefort de l´abside

Les trois absides semi-circulaires, relativement hautes et étroites, sont ornées d'arcatures lombardes, décor qui s'étend d'ailleurs à l'ensemble de l'édifice. Il a été restauré au xixe siècle. Ce décor, ainsi que le parement des murs en petit appareil calcaire régulier sommairement taillé au pic reste dans la tradition du premier art roman méridional.

La tour-lanterne octogonale repose sur une souche carrée qui recouvre la coupole de la croisée du transept. La base en est également décorée d’arcatures lombardes. Le premier étage, construit en moyen appareil, avec des pilastres unis aux angles de l’octogone, est simplement ajouré de grandes baies plein-cintre. Mais le deuxième étage a reçu une ornementation beaucoup plus riche. Souligné par un cordon d’oves et de dents d’engrenage, il est flanqué de pilastres cannelés, tandis que ses baies géminées sont richement décorées d’archivoltes très travaillées et de colonnettes aux chapiteaux sculptés, tous différents.

 

Bourg-Saint-Andéol - église vue du sud
église de Bourg-Saint-Andéol - façade occidentale

La façade occidentale du XVIIIe siècle a remplacé la contre-abside

Les façades latérales, très restaurées au xixe siècle, sont contrebutées par des arcs-boutants construits au xviie siècle pour consolider l'édifice gravement endommagé au cours des guerres de Religion.

La façade occidentale ne date que du xviiie siècle, car l’église était jusque là dotée d’une deuxième abside, ou contre-abside, disposition rare en France, mais qui existe encore tout près de Bourg-Saint-Andéol, à La Garde-Adhémar, dans la Drôme. Cette contre-abside était creusée à l’intérieur de niches, suivant une disposition d’inspiration probablement catalane3, que l’on rencontre dans quelques autres églises ardéchoises. Le petit clocheton flamboyant a été élevé au xvie siècle pour abriter une horloge.

Visite intérieure

C´est une architecture aux lignes très pures, soulignées par la rareté de la décoration, que nous découvrons en pénétrant dans ce vaste édifice dont les voûtes culminent à près de 17 mètres de hauteur. La lumière dorée qui tombe des vitraux contemporains atténue agréablement la sècheresse de la pierre blanche.

Son plan comporte une nef de quatre travées, flanquée de collatéraux, un transept saillant sur lequel s'ouvrent une grande abside et deux absidioles de plan semi-circulaire voûtées en cul-de-four ; chacune des trois absides est précédée d´une courte travée de chœur.
La nef est couverte d´un berceau plein cintre renforcé de doubleaux qui retombent sur de minces pilastres dont l'imposte est simplement chanfreinée. Les bas-côtés, également voûtés en berceau communiquent avec la nef par de grandes arcades en plein cintre. Au-dessus des collatéraux, les murs de la nef sont percés de baies en plein cintre qui en assurent un éclairage relativement abondant.

Bourg-Saint-Andéol - Intérieur de l´église église de Bourg-Saint-Andéol - la coupole

La croisée du transept est couverte d’une audacieuse coupole, profonde de sept mètres et qui culmine à près de 24 mètres. Il faut remarquer le clavage rayonnant des trompes, d’une rare perfection, et le motif en forme de coquille à leur départ. Les tableaux qui les séparent sont garnis d’une triple arcature portée par de courtes colonnettes à chapiteaux ornés. Une disposition analogue a été reprise dans la petite église de Larnas.

On peut ainsi conclure, avec Yves Esquieu (loc. cit.)  que, malgré la suppression de la contre-abside au xviiie siècle et des restaurations souvent abusives au xixe, l'église de Bourg-Saint-Andéol reste un édifice marquant de l'art roman dans la vallée du Rhône.

Paul Bousquet

Bibliographie
1- Saint-Jean (Robert), Vivarais roman, La Pierre-qui-Vire, Zodiaque, 1991, p. 95.
2- Esquieu (Yves), « Bourg-Saint-Andéol - L'église de Saint-Andéol » Congrès archéologique de France - Moyenne vallée du Rhône, Paris, Société française d'archéologie, 1992.