LESPÉRON
ET COUCOURON
(Journée champêtre du 16 juillet 2006)
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Le rendez-vous avait été fixé cette
année devant l’église de Lespéron,
en vue de la visite de cet intéressant édifice
roman.
Notre groupe, qui bientôt atteindra une soixantaine
de personnes, y est accueilli par le maire, M. Jean Linossier,
qui nous présente rapidement sa commune.
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Celle-ci regroupe 280 habitants,
sur un territoire de 2 880 hectares, aux confins de
trois régions : Rhône-Alpes (Ardèche),
Languedoc-Roussillon (Lozère) et Auvergne (Haute-Loire).
Un participant fait remarquer qu’il en était
de même autrefois avec les trois provinces du Vivarais,
du Gévaudan et du Velay. On pourra trouver d’autres
renseignements sur Lespéron en consultant le site
Internet : www. lesperon.com. M. le maire nous
fait également part des soucis que lui cause le
projet de mise à quatre voies de la route nationale
88 qui, dans sa forme actuelle, sacrifierait de nombreuses
terres agricoles de sa commune, sans aucun profit pour
elle.
Rappelons aussi
que le hameau de Concoules, où nous nous sommes
rendus lors de la journée
champêtre de 2005, appartient à la commune
de Lespéron. C’est là que se trouvent,
outre une grosse tour carrée du XIIe siècle,
les vestiges de l’église Saint-Sébastien
qui, dans un premier temps, viennent d'être consolidés, à l’initiative
et avec le concours de la « Sauvegarde » (novembre
2006) . |

Le
président de la "Sauvegarde", Guy Delubac et le maire de
Lespéron, Jean Linossier |
L’église
Saint-Hilaire de Lespéron
La première mention connue de cette église
date du XIe siècle, époque où elle
a été cédée, en même
temps que deux autres sanctuaires dont nous n’avons
plus aucune trace, N.-D. et Saint-Martin, à l’abbaye
Saint-Guilhem-du-Désert, par les seigneurs Ithier
de Solignac et Pons de Jaujac. L’abbaye en fit un
petit prieuré qu’elle conserva jusqu’à la
Révolution. Lespéron était par ailleurs
un fief des Montlaur.
Extérieur
On aborde l’église
par son côté sud,
devant lequel s’étend une esplanade goudronnée
qui occupe l’emplacement de l’ancien cimetière.
Assez vaste, l’édifice que l’on s’accorde
généralement à dater du milieu du
XIIe siècle, est solidement construit en pierres
polychromes appareillées avec soin : granit
blond ou gris, tuf volcanique brun, rouge et noir. Le portail
qui s’ouvre au sud, protégé par un
porche peu profond en granit blond, est certainement un
rajout postérieur à l’époque
romane. L’arcature polychrome du porche, la décoration
en « zigzag » (ou « bâtons
rompus ») autour du portail qui est entouré de
deux larges voussures moulurées, l’une en
granit, l’autre en lave rouge, forment un ensemble élégant.
Très probablement, les voussures devaient autrefois
reposer sur quatre colonnettes, comme cela s’observe
souvent. Quand ont-elles disparu ? Nul ne le sait. La toiture
en lauzes déborde largement, protégeant une
corniche qui court autour de l’édifice, soutenue,
autour de l’abside et au-dessus du portail, par des
modillons sculptés. Certains de ces modillons sont
encore bien lisibles, présentant des masques humains
et des têtes d’animaux.
Le clocher est en peigne, comme pour de nombreuses églises
du plateau. Il est encore pourvu de ses quatre cloches.
Comme d’habitude, ce clocher est certainement postérieur à l’époque
romane.
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Faisant
le tour de l’édifice, nous remarquons l’abside
pentagonale en lave rougeâtre et brune, percée
d’une fenêtre sur chacune de ses faces. Une
de ces fenêtres au moins a certainement été refaite,
car elle est beaucoup plus large que les autres et n’est
pas ébrasée. D’ailleurs, trois pans
de l’abside semblent avoir été repris, à une époque
indéterminée. Le soubassement en grosses
pierres irrégulières est ici apparent,
laissant supposer un abaissement du niveau du sol en
cet endroit. Continuant le tour de l’édifice,
nous observons contre le mur nord, d’énormes
piliers servant de contreforts. Enfin, à l’angle
nord-ouest, notre attention est attirée par un élément
sculpté au-dessus d’un pilastre. |
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. Son style est difficile à identifier.
Il présente des feuilles d’eau à la
partie inférieure et, au-dessus, un damier et un
motif de feuilles parallèles, étroites et
allongées. Peut-être un remploi, puisque l’on
sait que des édifices antérieurs ont existé à Lespéron.
Intérieur
Formée d’une unique nef en berceau de trois
travées, dont une travée de chœur plus
courte, il s’agit sans conteste d’une construction
romane. L’abside est pentagonale comme à l’extérieur.
La nef est rythmée par des arcs doubleaux en lave
sombre qui ressortent bien sur l’enduit blanc, récemment
refait, de la voûte et des murs.
La
décoration mérite qu’on s’y
attarde. Dans l’abside et la première travée,
des chapiteaux en tuf volcanique, grossièrement sculptés
de motifs végétaux, semblent très anciens,
certains peut-être préromans. Entre la deuxième
et la troisième travée, ce sont deux chapiteaux
historiés qui retiennent notre attention. Côté sud,
on voit un mouton enlevé par deux rapaces. Côté nord,
l’interprétation est plus difficile. Le sujet
principal est un personnage, que certains auteurs interprètent
comme une femme allaitant des dragons, tandis que d’autres
y voient une sirène à deux queues. Il est évident
que ni l’une ni l’autre de ces lectures ne résistent à un
examen attentif… mais nous n’avons pas trouvé jusqu’ici
d’autre interprétation.
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Ce chapiteau comporte un autre
sujet sur sa face latérale gauche, difficile à discerner
du fait de l’usure : sous bon éclairage,
on peut néanmoins deviner un personnage qui maintient à deux
mains la tête d’un serpent qui arrive au niveau
de son menton, tandis que le corps du reptile lui enlace
la jambe droite. Nous verrons un motif tout à fait
analogue au portail de l’église de Coucouron.
Notons enfin qu’au-dessus des personnages, ce chapiteau
est orné d’une frise dont le motif rappelle
celui de la pierre extérieure encastrée à l’angle
nord-ouest de l’église.
Nous nous rendons ensuite à quelques centaines de
mètres de l’église, sur une petite place
au centre de laquelle se dresse une croix métallique
dont le socle en pierre semble dater de la Renaissance, la croix
de Pereire. On devine sur le socle une inscription très
effacée ; il semble que l’on puisse y lire « CRUS
AVE », suivi de petits dessins, puis d’autres
mots indéchiffrables. Mais nous sommes aussi venus
là pour observer, dans un pré contigu, un curieux
monument formé par la superposition de trois grosses
pierres à base circulaire, de taille décroissante,
formant un ensemble d’environ 1,50 m de hauteur, surmonté d’une
croix. Il existe dans les environs deux autres édifices
identiques. Il s’agirait des pierres de bornage du
domaine du prieuré. |

Photo
de droite : on aperçoit au fond les
trois pierres superposées qui marquaient,
pense-t-on, la limite du domaine du prieuré.
On connaît deux autres monuments identiques dans le voisinage.
Celui que nous voyons ci-dessus se trouve au bord de la route, à la
sortie sud du village.
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Coucouron – L’église et la « Chapelette »
L’église Saint-Martin de Coucouron, que nous visitons
ensuite, ne conserve de l’époque romane que son très
beau portail sculpté que nous allons examiner en détail.
On ne sait pratiquement rien de l’histoire de cette église,
profondément remaniée au XIXe siècle, sinon
que depuis le XIVe ou XVe siècle, elle appartenait à la
chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon. C’était
la seule église vivaroise dans ce cas. |
Le portail en
tuf volcanique rougeâtre
et brun s’orne de trois profondes voussures encadrées
par une archivolte au riche décor sculpté de motifs
aussi étranges que variés : personnages, monstres
dévoreurs, sirènes … On retrouve le motif
que nous venons de voir sur un chapiteau de Lespéron, à savoir
celui d’un personnage tenant à deux mains un
serpent dont la tête arrive au niveau de son menton et qui
s'enroule autour de sa jambe droite. Les voussures reposent
sur des colonnettes aux chapiteaux sculptés, dont l’un
retient particulièrement l’attention. Il représente
une femme mordue aux seins par des serpents, motif généralement
interprété comme symbolisant le châtiment de
la luxure. On retrouve ce motif en divers autres lieux et
notamment, dans la proche région, sur un chapiteau de l’église
de Langogne. Quant aux oiseaux qui picorent les oreilles
du personnage, sont-ils symboles de la tentation ou de la calomnie
? Dans son ouvrage « L’architecture des églises
romanes du Vivarais », Michel Joly émet l’hypothèse
que ce portail pourrait être l’œuvre du même
atelier que celui qui a réalisé la façade
de l’abbatiale du Monastier Saint-Chaffre, qui n’est
pas très éloignée de Coucouron.
Nous pénétrons ensuite dans l’église,
pour y voir sa principale richesse, un Christ en croix de grande taille,
admirablement sculpté dans le chêne, œuvre d’art
que l’on date du XVIIe siècle.
Nous terminons cette visite en admirant un petit édifice
tout simple, situé en face de l’église. De pur style
roman, datant pense-t-on généralement du XIe siècle,
il est parvenu intact jusqu’à nous. C’est une petite
chapelle, dont on dit qu’elle était peut-être le point
de départ d’un chemin de croix qui montait jusqu’au
sommet de la Laoune, le petit volcan qui domine Coucouron. On l’appelle
la « Chapelette » ou encore « Notre-Dame
de Pitié ». |

Le
portail de l'église de Coucouron

La
Chapelette
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Portail de l'église Saint-Martin de Coucouron
Cliquez sur les
motifs
de l'archivolte
et sur le
premier
chapiteau à partir de la gauche
pour en agrandir
les images. |

Paul Bousquet
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Au
Chaussadis
Après l’apéritif
traditionnellement offert par la famille Bousquet,
le pique-nique débute
dans le pré. Mais la pluie survenant, tout le
monde se rapatrie dans la grange dans une ambiance
très conviviale. C’est là que va
se dérouler une petite cérémonie
simple, bon enfant, mais très amicale. Un petit
cadeau sans prétention et un gâteau d’anniversaire
bien arrosé ont pour but de rappeler aux Bousquet,
qui ont tous deux fêté cette année
leurs 80 ans, notre amitié et de les remercier
pour leur accueil et pour tout le travail qu’ils
accomplissent pour la Sauvegarde. La journée
se termine par la projection du troisième volet,
un peu plus court que les précédents
mais toujours d’une remarquable qualité,
du diaporama que Paul et Marie réalisent sur Les églises
romanes en Ardèche.
Guy
Delubac
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