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CHÂTEAU DE CRUSSOL

chatea de Crussol

Crussol vu de la vallée du Rhône

« Face à la ville de Valence se dressent, sur un puissant promontoire rocheux, les imposantes ruines du château et du bourg castral de Crussol. Le site occupe l'extrémité septentrionale d'une longue échine calcaire dominant la vallée du Rhône, dans des secteurs très densément occupés depuis l'Antiquité tardive et le haut Moyen-Âge.» (P.-Y. Laffont, 2004)

Historique

La première mention du castellum de Cruciolo se trouve dans le cartulaire de l'abbaye Saint-Chaffre du Monastier. Vers 990, un certain Robert et son épouse Theotburgis ont donné à cette abbaye tout ce qu'ils possédaient dans une villa nommée Artis « quæ est sub castello de Cruciolo ».
(Chevalier (Ulysse), Cartulaire de l'abbaye St Chaffre du Monastier et chronique de St Pierre du Puy, Paris, 1891, n° CCCXXIX, p. 112. Cet ouvrage peut être consulté sur le site Gallica de la BNF.)
Il existait donc un château à Crussol dès la fin du xe siècle, mais nous ne savons rien à son sujet, ni à celui de ses occupants. Le lignage de Crussol n'apparaît avec certitude qu'au milieu du xiie siècle ; P.-Y. Laffont cite un document de 1152 dans lequel apparaissent trois frères, Gérard Bastet, Guillaume de Crussol et Aldebert de Crussol qui tiennent en indivision le castrum.
À partir des années 1210, une seule branche du lignage de Crussol s'impose. Le castrum cesse alors d'être tenu en indivis. Gérard Bastet II, fils de Guigues de Crussol, succède à son père en 1215. Lui-même, puis ses héritiers deviennent seuls seigneurs de Crussol, adoptant une succession par ordre strict de primogéniture.
En 1355, le seigneur de Crussol rend hommage à l'évêque de Valence pour le château et le mandement de Crussol « en fief noble et ancien ».
Le château est resté habitable jusqu'en 1486, date du mariage de Jacques de Crussol avec Simone d'Uzès.
La puissance des Bastet s'accrut considérablement au xve siècle ; Louis de Crussol fut l'un des familiers du dauphin, futur Louis XI, pendant qu'il gouvernait le Dauphiné entr 1444 et 1457. Aussi, lorsqu'il fut devenu le roi Louis XI, celui-ci lui confia de grandes charges. Puis, en 1486, Jacques Ier de Crussol épousa Simone d'Uzès et recueillit l'héritage du vicomté d'Uzès, qui sera élevé plus tard au rang de duché. Ce fut le début d'une prestigieuse carrière pour les Crussol, mais aussi sans doute le début de l'abandon du château.
Celui-ci fut l'objet d'âpres combats durant les guerres de Religion dont il sortit ruiné. Sa destruction s'achevera au xixe siècle, notamment par un malheureux tir de mine en 1855.
Rachetées en 1864 par le duc d'Uzès, les ruines, situées sur la commune de Saint-Péray, sont actuellement la propriété de celle de Guilherand-Granges. Des travaux de restauration ont été entrepris dans le courant des années 1980 dans le cadre du Syndicat Intercommunal des Massifs de Crussol et Soyons ; c'est actuellement la communauté de communes Rhône-Crussol qui est en charge de la restauration et de la mise en valeur du site. (www.rhonecrussol.fr)

Visite des vestiges*

chatea de Crussol

Ce lundi matin 9 septembre, le rendez-vous avait été donné à l'accueil du site de Crussol. Il faisait un temps idéal pour faire « l'ascension » jusqu'au château ; une quarantaine de personnes était présente. Premier arrêt à la porte principale de l'agglomération fortifiée de Crussol. Les remparts de part et d'autre de cette porte ont résisté aux injures du temps. Une association œuvre pour que les ruines soient maintenues en état de recevoir les visiteurs.
Ce lieu couronné d'un château était fortifié, mais il n'eut jamais l'organisation d'un village. Ce fut un refuge pour les gens des environs. À la moindre alerte, la population quittait la plaine et se repliait là-haut. La quasi totalité des actes notariés qui traitent de Crussol sont des actes concernant l'acquisition ou la vente des maisons intra-muros. La plupart de ces demeures étaient franches. Chemin faisant, nous pouvons étudier les bâtiments en ruine composant l'agglomération. Ils sont resserrés le long des remparts et plutôt clairsemés sur la partie centrale. Le roc sur lequel est bâti Crussol est du calcaire ; outre la sécurité, il a fourni à volonté le principal matériau de construction ; une carrière est visible au sud-est avant que le principal chemin que nous avons emprunté n'oblique à droite et monte en direction du château. En arrivant au pied du château, nous avons la vue d'une part sur la vallée du Rhône et d'autre part sur la presque totalité des ruines du site ; au loin la vallée du Mialan et évidemment le village de Saint-Péray.
Arrivés dans l'espace du château on remarque d'abord, immédiatement à gauche sous le château, l'emplacement de la chapelle castrale. Il n'en reste que les fondements car elle fut bâtie en pierre de taille extraite de la carrière de grès d'Antoulin (près de Champis). Que sont devenus ces matériaux ? ils furent convoités par les habitants de Guilherand, consciencieusement descellés. Ces blocs de pierre de taille posés aux bords de la pente qui domine le village furent poussés et débarulèrent (en français dégringolèrent) puis se retrouvèrent sur un replat à mi-pente, où des courageux vinrent leur donner un coup de pouce pour achever leur descente vers le village. C'est ainsi que certaines maisons de l'arrière de Guilherand ont des blocs de grès d'Antoulin inclus dans leurs murs.

vestiges du ch�teau de Crussol
vestiges du ch�teau de Crussol

Tour vue de l'intérieur

Ensuite, c'est l'étonnement lorsqu'on accède dans la cour du château. Les visiteurs doivent passer entre d'énormes parties de bâtiment jonchant pèle-mêle le sol et dans lesquelles on reconnaît les parties manquantes de la tour de l'escalier central encore visible attenante aux ruines du corps central du château. En effet, au début du xviie siècle, le château fut pétardé. La distance entre les débris et leur emplacement initial surprend toujours les visiteurs et laisse supposer que les artificiers ne lésinèrent pas sur la quantité de poudre. De l'intérieur des ruines, du sommet de ce fort, la vue sur la vallée du Rhône, sur le fleuve et sur Valence est surprenante. Au cours du temps passé, nul doute que Crussol fut un poste d'observation idéal, dont la famille de Crussol sut tirer parti.
Pour la descente, nous sommes sortis par la poterne située sur le haut du rempart ouest pour voir Crussol de l'extérieur et nous sommes rentrés une centaine de mètres plus bas par la porte dite « de Roustaing » qui permettait, ainsi que la poterne, d’accéder au vallon en contrebas de ce rempart.
De nouveau à l'intérieur de la forteresse, nous avons le même schéma qu'à la montée : des constructions sont adossées au rempart et d'autres sont parsemées sur le flanc du rocher. Par la porte principale, nous regagnons l'accueil.

P. Bousquet
A. Saint-André pour la visite des vestiges.

Bibliographie