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LA VOULTE-SUR-RHÔNE
(12 avril 2008)

Une soixantaine de personnes se sont retrouvées devant l’office de Tourisme du canton de La Voulte qui avait aimablement prêté son concours à l’organisation de cette visite. Après une boisson chaude et la présentation du programme de la matinée, notre guide, Philippe Brun, professeur d’histoire et voultain depuis plusieurs générations, commence par nous présenter le premier d’une vingtaine de panneaux d’information qui permettent, au départ de l’office de Tourisme, une visite individuelle du vieux village, visite conçue comme une promenade touristique, historique et géographique.

Le château de La Voulte-sur-Rhône

Le château de La Voulte

Le Rhône passait autrefois au pied du château et des îles existaient encore au XIXe siècle à l’emplacement de la grande place, du quartier de la mairie et de toute la zone située entre le Rhône actuel et le bas du château. Les bras du fleuve ont été comblés avec le mâchefer provenant des hauts fourneaux. Comme les fonderies ont été créées avant le chemin de fer (le chemin de fer ne fut construit que vers 1860), la société des mines avait creusé un canal entre le Rhône et les installations industrielles pour acheminer le coke et les produits finis.

Nous voilà partis à pied vers le site des anciens hauts fourneaux et fonderies, situé au pied de la colline qui porte le château, l’église et le cimetière.

La Voulte-sur-Rhône : Les anciens hauts fourneaux

Les anciens hauts fourneaux

Son développement date de Napoléon III (l’Ardèche produisait un tiers du fer français à l’époque), mais un des premiers décrets d’autorisation avait été signé à Moscou par Napoléon Ier en 1812. Les installations que nous voyons ont été construites à partir de 1828 et l’ensemble a fonctionné jusqu’en 1891. Il y avait quatre hauts fourneaux et des fonderies qui travaillaient la fonte produite.

Un haut fourneau transforme le minerai de fer en fonte, par fusion du minerai mélangé à un fondant (du calcaire) qui permet d’abaisser la température de fusion, et par une réduction chimique de l’oxyde de fer en fer, réduction opérée par l’oxyde de carbone venant de la combustion de coke (autrefois, du charbon de bois). Le produit obtenu contient encore un certain pourcentage de carbone combiné au fer, c’est la fonte (plus de 3% de carbone). Avec la fonte, on peut déjà fabriquer des produits manufacturés par coulage dans des moules. La fonte, cassante, peut être transformée en acier (moins de 3% de carbone) qui a un usage beaucoup plus général.

Les hauts fourneaux étaient chargés par la partie haute (le gueulard), le mélange descendait au cours de sa fusion et la fonte était récupérée en bas ; il en était de même du laitier (gangue stérile du minerai).

À La Voulte, le minerai de fer était extrait à la Boissine ; ces mines souterraines étaient à un niveau supérieur par rapport au site (derrière la colline), ce qui facilitait le chargement du minerai amené par wagonnets. Le calcaire (la castine) arrivait également par en haut ; en revanche, le coke venait en péniche par le Rhône, depuis les mines de Rive de Gier, et devait être monté par un plan incliné, à l’origine bâti sur pilotis, puis remplacé vers 1860 par celui en maçonnerie que l’on voit encore à gauche des hauts fourneaux.

Sur les quatre hauts fourneaux, il en reste partiellement deux. Ils étaient accolés à l’aplomb du mur de la terrasse supérieure et formaient, à côté du château, une masse imposante bien représentée sur les anciennes illustrations, par exemple celles de l’Album du Vivarais (Albert du Boys, 1842).

La Voulte-sur-Rhône : Intérieur d'un haut fourneau

Intérieur d'un haut fourneau

La partie inférieure a été conservée ; sur une dizaine de mètres de hauteur, ce sont deux tours pyramidales en brique (renforcées à l’origine par des rangées de tirants en fer horizontaux), l’intérieur circulaire était tapissé de briques réfractaires.
Le bâtiment situé à gauche abritait la machine soufflante à vapeur qui injectait de l’air par des tuyères à la base des hauts fourneaux.

Nous allons voir plus loin un des deux autres hauts fourneaux construits en 1846, plus accessible car il est possible de pénétrer dans la base de cette tour et de se rendre compte de sa dimension intérieure. Les gaz chauds étaient récupérés au sommet de la tour et servaient à fabriquer de la vapeur qui alimentait toutes les machines (soufflerie, appareils de levage et de manutention, etc.) et était évacuée par la grande cheminée en brique dont nous parlerons tout à l’heure.

La Voulte-sur-Rhône : Cheminée des anciennes fonderies
La Voulte-sur-Rhône : Anciennes fonderies, vestiges des grilloirs

Anciens grilloirs

Suivant notre guide, nous montons sur le terre-plein supérieur où se trouvaient les grilloirs qui servaient à préparer le minerai. D’ici, nous voyons mieux la grande cheminée conservée en bon état, sauf le couronnement pour lequel un dossier de subvention a été monté avec la Sauvegarde ; des travaux de consolidation du grand mur limitant le site au nord sont également prévus.

Philippe Brun, qui connaît bien l’histoire de La Voulte, nous rappelle que l’Ardèche a été un grand département industriel au XIXe siècle et qu’en 1891, lorsque les fonderies ont disparu, la société de l’Horme, Terrenoire et Bessèges était propriétaire de la moitié du village et du château. Après la dernière guerre, le site avait été racheté par M. Baboin qui y installa une filature, puis par la municipalité. II fut alors complètement abandonné pendant des dizaines d’années et disparut dans la végétation. Réhabilité il y a quelques années avec l’aide des chantiers d’insertion, il est maintenant accessible au public en visite guidée...

La main d’oeuvre était issue de la paysannerie locale, en partie ruinée par la réforme du code civil qui avait imposé le partage des héritages aux dépens du droit d’aînesse et donc favorisé le morcellement des terres.

La Voulte-sur-Rhône : Vue de la terrasse supérieure des anciennes fonderies

Vue de la terrasse supérieure

Nous ressortons du site industriel pour visiter le vieux La Voulte médiéval et son château. Le bourg castral était regroupé autour de ce château et protégé par des remparts dont il subsiste quelques vestiges. L’église actuelle a été construite vers 1850 à l’emplacement d’une partie du château ancien (XIIIe au XVe siècle) dont il ne reste qu’une tour, la tour de la Bistour. Sur la place de l’église se trouve la plus ancienne école confessionnelle de l’Ardèche fondée en 1570 par les chanoines de Saint-Augustin pendant les guerres de Religion.

Nous entrons dans l’église, à l’architecture néo-romane ; elle renferme quelques éléments d’intérêt : les portes de la sacristie venant du château, le bénitier, les tableaux du choeur et le bas relief Renaissance de la chapelle du château, des lustres offerts par les mariniers et la chaire de l’ancienne église.

Sur la place, on peut voir aussi le clocher de cette ancienne église et au fond la cour d’entrée du château, à laquelle nous avons accès grâce à Karine, guide à l’office du Tourisme cantonal, qui nous emmène dans ce qui reste de cet imposant monument.

La Voulte-sur-Rhône : Ancien château
La Voulte-sur-Rhône : Cour d'entrée du château

Cour d'entrée du château avec le grand escalier en berceau

Le château a brûlé en août 1944 et toute la partie ouest est en ruines ; à l’est, la réfection du toit a permis de préserver sommairement le bâti sans aucune restauration intérieure au niveau des étages. Seules quelques petites salles sont utilisées dans les parties basses.

Le château actuel a été construit entre le XIIIe siècle et la première moitié du XVIIe siècle par les Bermond d’Anduze, seigneurs de La Voulte de 1251 à 1408, puis par les Lévis qui leur ont succédé en 1408 à la mort de Louis d’Anduze. En 1472 Louis de Lévis épouse Blanche de Ventadour (originaire de Ventadour en Corrèze). Les plus illustres des Lévis ont été Gilbert et son fils Anne, alliés tous deux à la puissante famille des Montmorency. La dernière héritière, Anne de Lévis épousa en 1694 le duc de Rohan, pair de France, prince de Soubise et le château resta aux Rohan-Soubise jusqu’à la Révolution. Il connut ensuite plusieurs propriétaires successifs, dont la société minière de l’Horme, et pendant la dernière guerre Katia Granov qui possédait une galerie d’art célèbre à Paris à côté de l’Institut. Il fut vendu à la commune en 1962.    Dans la cour, après la chapelle des princes à gauche, on peut voir successivement l’aile Sainte-Catherine, en ruines, le grand escalier extérieur avec des bâtiments découronnés, la fontaine restaurée adossée au rocher sous la montée d’escalier, puis sur la droite, fermant la cour, la grande galerie.

Le premier grand bâtisseur fut Gilbert III de Lévis, époux de Catherine de Montmorency ; c’est lui qui fit bâtir l’aile Sainte-Catherine terminée par son fils Anne vers 1600 et le portail monumental situé en haut de l’escalier. Anne de Lévis succéda à son père en 1591 et c’est lui qui transforma complètement le château, en particulier par la construction de la galerie bordant la cour basse. Cette galerie, construite au début du XVIIe siècle, est l’élément le plus remarquable de la cour basse. C’est un bâtiment étroit dont les arcades du rez-de-chaussée servent de passage couvert ; des colonnes engagées marquent chacun des piliers extérieurs. Les deux étages supérieurs étaient percés de fenêtres à meneaux dont une partie est murée.

Nous montons vers la cour haute par le grand escalier voûté en berceau, ouvert sur la cour par des baies décorées. La cour haute, qui se situe au sommet du rocher au nord, se trouve à hauteur du deuxième étage de la galerie. De la cour haute nous passons sur la terrasse en traversant la partie ancienne du XIIIe siècle dont il ne reste que le gros oeuvre. De la terrasse, autre point remarquable du château, la vue s’étend sur les toits du village, la vallée et la rive drômoise du Rhône.

La Voulte-sur-Rhône : Vue prise depuis la terrasse du château

Vue prise depuis la terrasse du château

Nous pouvons ensuite admirer l’intérieur de la chapelle des Princes, construite vers 1487. Voûtée en croisées d’ogives, elle frappe par son décor Renaissance (dans la partie supérieure) : représentation de la résurrection du Christ, médaillons des évangélistes... et par le style maniériste de la partie inférieure : têtes d’anges, guirlandes de fleurs... La chapelle est classée depuis 1923 et a fait l’objet d’une restauration récente.

M. Marc Bolomey, maire de La Voulte et conseiller général, nous a rejoints et nous nous retrouvons sous les arcades pour un apéritif chaleureux avant de partager sur place notre casse-croûte... Il fait encore très frais à l’ombre et les places sont chères contre le mur de l’aile Sainte-Catherine, seule partie ensoleillée de la cour !

Château de La Voulte-sur-Rhône : Intérieur de la chapelle des Princes
Château de La Voulte-sur-Rhône : Intérieur de la chapelle des Princes

Chapelle des princes : La Résurrection

Bernard de Brion

Bibliographie