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MIRABEL

Sur Mirabel, voir aussi :  De châteaux en églises sur le Coiron 

Mirabel - Vue générale du village au pied de la falaise basaltique

Bien visible depuis la RN 102, le village de Mirabel, situé sur le rebord méridional du Coiron, domine la vallée de la Claduègne. Il est surplombé par une tour, vestige d’un ancien château. C'est à sa position qu'il doit certainement son nom qui vient de l'adjectif latin mirabilis, signifiant « admirable ». Du rocher qui s’avance en pointe sur le village, le plus bel horizon s’offre au visiteur. Cette plateforme volcanique à 550 m d’altitude nous permet d’embrasser un vaste territoire (un tiers dit-on) du département et d’apercevoir 17 clochers.

Historique 

Rien n’indique de façon précise l’origine première de Mirabel qui se trouve à proximité du tracé qu’empruntait la voie romaine d’Antonin le Pieux, à la grande époque de l’Helvie avec sa capitale Alba et l’oppidum de Jastres à Lussas. Cette voie passait effectivement sur le territoire actuel de la commune (cf. « La voie romaine des Helviens »), mais pas sur le site où il n’y a aucun témoignage d’une occupation à l’époque gallo-romaine, sinon quelques fragments de tegulae retrouvés à une centaine de mètres de la tour 1.

L’église paroissiale Saint-Étienne, située au sud-est du bourg fortifié, très en dehors des anciens remparts, aurait été élevée vers la fin du xiie siècle. Mais l’existence d’une construction plus ancienne est attestée par le « Pouillé des donations de l’Église de Viviers faites à Saint-Vincent », plus couramment désigné sous le nom de charta vetus, établi aux alentours de 950, qui en fait mention. Pierre Margot 2 pense que : « L’implantation ecclésiastique doit être bien antérieure à l’organisation féodale et à la naissance … de la Seigneurie de Mirabel » et que : « Il est donc presque certain que l’édifice actuel a été précédé, au même emplacement de toute évidence, par une ou plusieurs églises dont on retrouverait des traces en procédant à des fouilles archéologiques méthodiques. »

Mirabel - Église Saint-Étienne Mirabel - Porche de l'église Saint-Étienne

Église Saint-Étienne

Cet auteur a réalisé une étude précise de la construction actuelle, en essayant de mettre en évidence les différentes phases de sa construction. Mais il prend soin d'indiquer en préalable que « sans une exploration méthodique, impliquant quelques sondages d'enduits et peut-être quelques repérages par des sondages dans le sol, il n'est pas possible de proposer une chronologie sûre. On peut toutefois, sur la base  d'un examen des maçonneries apparentes et après un relevé du plan de l'édifice, émettre quelques hypothèses ayant une certaine solidité. »

Mirabel - Plan de l'église du XIIe siècle

Plan (restitué) de l'église du xiie siècle (P. Margot)

Plan de l'église actuelle

Plan de l'église actuelle (P. Margot)

L'église aurait été partiellement reconstruite au xiiie siècle, en remplaçant notamment l'abside par un chœur rectangulaire, ceci peut-être à la suite de désordres de stabilité. Une autre campagne de travaux importante a eu lieu au milieu du xviie siècle avec, entre autres, la création de chapelles latérales « formant croisillons » et également à la fin du xviiie ou au début du xixe siècle. Les plans établis par P. Margot permettent de comparer l'édifice du xiie siècle, tel qu'il peut être restitué, à l'actuel.

Aux xiie et xiiie siècles, présence probable d’un premier château de la famille des Mirabel.

À la fin du xiiie siècle, il y avait deux châteaux sur le plateau de Mirabel, ceci étant vraisemblablement dû à l’existence d’une coseigneurie, situation que l’on retrouve sur d’autres ensembles castraux du Vivarais : Montréal, Brison… Le château oriental est propriété des Mirabel d’Arlempdes, famille originaire du Velay. Le château ouest est propriété des familles de La Gorce, puis d’Apcher. Un rempart et un faubourg, nichés contre l’éperon volcanique du Coiron, protègent l’accès aux deux châteaux par le sud.

Au xive siècle, un second bourg se développe à l’extérieur du premier. Une seconde fortification est créée, percée de deux portes et renforcée de neuf petites tours circulaires.

Au xviie siècle, ce qui reste des bâtiments est utilisé comme pigeonnier et remise agricole.

Après la Révolution, les terres continuent à subvenir aux besoins de la famille des Mirabel, installée au château du Pradel dont elle a hérité en 1709. En 1835, Pauline de Surville vend la propriété 200 francs à Jean-Louis Avias. Pauline de Surville, née Mirabel, était l’épouse du marquis de Surville fusillé en 1798 par les Républicains.

Au xxe siècle, la tour sert de poste de guet en 1943-1944. En 1970, la terre et l’ensemble du site sont rachetés par les propriétaires actuels, M. et Mme Margot-Belrichard.

Visite du site

Mirabel - Le donjon

Le donjon (Photo S. Delubac)

Du château oriental, démantelé au xviie siècle sur ordre de Richelieu, on ne voit plus que quelques traces de murs à fleur de terre, marquant entre autres l’emplacement du donjon. Du château occidental, qui a subi les mêmes vicissitudes, a subsisté, miraculeusement pourrait-on dire, le donjon carré. Construit en moellons de basalte noir, les chaînages d’angle seuls étant en calcaire clair, vraisemblablement pour des raisons de facilité de construction, il présente l’aspect dichromique noir et blanc caractéristique de nombreux édifices du Coiron et des villages alentour (Lussas, Lavilledieu…). Il aurait été élevé vers la fin du xiiie siècle. Au pied, on trouve divers bâtiments dont la construction s’échelonnerait du xiiie au xviiie siècle. Comme pour le château oriental, des traces de murs très arasés marqueraient l’emplacement de l’ancienne enceinte. De 1972 à 1995, de gros travaux de fouille et de restauration ont été réalisés par le propriétaire à qui l’on doit également de nombreux relevés.

Le très pittoresque village qui s’étend au pied garde le souvenir de l’ancien bourg castral. Il possédait deux enceintes, dont la dernière, datant vraisemblablement de la fin du xive siècle, est encore assez bien conservée. Après les guerres de Religion, les habitants reconstruisent leurs maisons dans la même enceinte du xive siècle. Le principe de construction des entrées et des fenêtres est modifié. Sur les linteaux, les arcs de décharge sont conçus par des artisans venus des Cévennes avec des origines andalouses.

Mirabel - Linteau avec un coeur renversé

Linteau avec un cœur renversé

Après avoir franchi la porte sud, dite porte des Aires, nous cheminons dans les vieilles ruelles entre le premier rempart des xiie et xiiie siècles et le second du xive siècle. à notre gauche, nous trouvons un passage voûté, dit de Landrome, ce qui signifie « passage des hommes en armes ». Plus loin, toujours à gauche, une bâtisse attenante à une ruine nous rappelle la présence de la chapelle des protestants, qui porte sur sa façade la croix du Languedoc, « accords de La Rochelle 1620 » et à droite se présente une porte surmontée d’un linteau de granit sur lequel est sculpté un cœur pointe en haut.

Tout en cheminant, nous voilà au centre du village sur une petite placà gauche se révèle à nous une magnifique voûte avec ouverture plein cintre en basalte tendre à bulles de gaz. En face, une première maison avec fenêtres et encadrement de porte en granit, de facture très ancienne.

De cette placette, la rue pavée nous incite à découvrir la chapelle Saint-Joseph construite autour des années 1860 par les curés Labeaume et Riou. La sortie de la ruelle se termine par la porte dite « des fontaines » surmontée du clocher, à l’est du village.

Mirabel - Façade en pierres de basalte et de calcaire
 Mirabel - Ruelle
Mirabel - Porte des fontaines et abside de la chapelle Saint-Joseph

Porte des fontaines et abside de la chapelle Saint-Joseph

De retour sur la place du village, les ruelles montant au château nous invitent à la méditation. Au fond d’une impasse, la cour interne, entre les voûtes de la bâtisse, nous rappelle le refuge des descendants de la famille d’Olivier de Serres pendant la prise du village en juin 1628, avant leur départ pour le château de La Balme à Saint‑Jean-le-Centenier, puis la fuite sur Privas afin de rejoindre la demeure de Paule de Chambaud.

Les toits de Mirabel

Les toits de Mirabel
Le clocher est celui de la chapelle Saint-Joseph (Cliché S. Delubac)


La ruelle de gauche nous permet de nous trouver au pied de la falaise de basalte, promontoire des châteaux. Une ruine nous rappelle la présence de la première école de Mirabel (1850). Du pied de la falaise jusqu’au château, des escaliers (pas d’âne) nous permettent, en montant, d’admirer le village. Sur la place du château, une croix érigée en bordure du promontoire rappelle la mémoire de Liselotte Margot décédée en 1983. De ce promontoire, nous situons au loin la montagne de La Dent de Rez, la tour de Brison et le rocher d’Ajoux.

Références

Une partie de ce texte reprend le compte rendu de la visite de Mirabel effectuée par la Sauvegarde le 20 juin 2010, paru dans le bulletin « Patrimoine d'Ardèche » n° 16, octobre 2010.