Architecture
rurale et archéologie agraire en Cévenne méridionale
(Journée du Patrimoine de Pays – 20
juin 2004 )
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Le thème qui avait,
cette année, été proposé sur le plan
national pour la Journée du Patrimoine de Pays était
« La Pierre : Pierre brute, pierre taillée. »
Notre ami Michel Rouvière était particulièrement
bien placé pour nous proposer un programme dans ce domaine
et il choisit de nous emmener en Cévenne ardéchoise
méridionale, dans un secteur qui a déjà fait
l’objet de sa part de recherches approfondies. La
matinée fut consacrée au patrimoine bâti, dans
deux hameaux des Assions et à Saint-Genest-de-Bauzon, tandis
que l’après-midi nous permit de découvrir les
étonnants aménagements en pierre sèche réalisés
sur les Gras des Assions par les « paysans- bâtisseurs
» du XIXe siècle. |
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Architecture
rurale Le rendez-vous
avait été fixé au hameau de la Ribeyre,
sur la D 104A entre Lablachère et Les Vans. Nous
observons d’abord, près de la route, une petite construction
très simple dont le premier étage est constitué
par une terrasse couverte, s’ouvrant par de larges arcades.
C’est un fialage, rare témoin parfaitement
conservé de l’âge d’or de la sériciculture
en Ardèche. Il s’agit en fait d’une filature
individuelle, où s’effectuait le dévidage des
cocons. Il est rare de trouver un tel bâtiment séparé
de l’habitation. |
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Le propriétaire
nous montre qu’il possède aussi, à proximité
immédiate, un autre témoin du temps jadis. C’est
un tout petit bâtiment, sur lequel est encore fixée
une plaque émaillée portant en lettres blanches sur
fond bleu le nom « LA RIBEYRE ». C’était
une halte sur la ligne des tramways à vapeur de l’Ardèche
qui reliait le Pouzin à Saint-Paul-le-Jeune par Privas, Aubenas,
Joyeuse et Les Vans. Mais cette desserte fut très éphémère
car, ouverte en 1910, cette ligne fut fermée dès 1914,
comme d’ailleurs presque tout le réseau des Tramways
de l’Ardèche. Rouverte après la Grande Guerre,
elle ne fonctionna à nouveau que quelques années.(1)
Nous nous dirigeons ensuite vers le hameau
du Rey. La pente en face de nous est couverte de faïsses
(terrasses) bien entretenues. Un chemin qui monte droit sur le plateau
conduit aux Gras des Assions dont nous découvrirons cet après-midi
les aménagements en pierre sèche. Sur notre gauche,
le long du ruisseau le Salindre, que nous avons traversé
sur un vieux pont, on voit l’emplacement d’anciens jardins,
dans plusieurs desquels se trouve encore la manlève,
sorte de balancier qui servait à puiser l’eau d’arrosage.
M. Rouvière nous fait remarquer que du côté
du chemin ces jardins étaient protégés par
des murs dans lesquels ne s’ouvrait qu’une seule petite
porte, ceci bien sûr pour les mettre à l’abri
de l’appétit des animaux. À
l’angle d’une belle maison, bien bâtie, on observe
la présence de « pierres d’accroche »
dépassant du mur, destinées à faciliter une
poursuite éventuelle de la construction. |
| 1- BRAUN
Michel, Sur les rails d’Ardèche et du Vivarais,
Les Éditions du Cabri, 06540 Breil-sur-Roya, 1999 |
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Une manlève |
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| Un peu plus loin, dans
le hameau, nous remarquons une première maison bien restaurée,
puis une autre, très vaste, en cours de remise en état.
Un énorme et très beau travail qu’ont entrepris
là avec courage les propriétaires… Se rendant
compte de l’intérêt que nous y portions, ainsi
que des connaissances de Michel Rouvière en architecture
rurale, ils nous invitèrent aimablement à visiter
leur chantier. Nous avons remarqué notamment un ancien escalier
formé de dalles de pierre fichées dans le mur, ainsi
que, sous la terrasse, une belle voûte d’arêtes
couvrant un abri qui était peut-être destiné
aux charrettes ou aux bêtes de somme. La rampe en fer forgé
de cette terrasse comporte un très beau décor en forme
de lyre, motif autrefois courant en France, paraît-il. |
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Nous nous dirigeons
ensuite vers Saint-Genest-de-Bauzon. Cette commune
comporte deux hameaux principaux, Le Suel et Le Cros, distants de
plusieurs kilomètres. Au XIXe siècle, lorsqu’il
fut décidé de construire une nouvelle église,
les habitants des deux villages ne purent se mettre d’accord
sur son emplacement et l’on en entreprit donc deux, l’une
au Suel et l’autre au Cros. Cette dernière fut plus
rapidement terminée et celle du Suel fut en définitive
abandonnée en cours de construction. C’est ainsi qu’à
notre surprise, nous découvrons dans ce hameau un édifice
de style roman, d’assez belle allure, mais auquel manque la
couverture.
Poursuivant notre route à travers bois, nous
remarquons au passage quelques faïsses bien entretenues plantées
d’oliviers, puis à un carrefour une croix de pierre
portant un Christ sculpté de style naïf et nous arrivons
au Cros. L’église, de style roman elle aussi, ne présente
pas grand intérêt, en revanche nous nous attardons
devant le curieux monument élevé en 1857 en l’honneur
de saint Genest(2) . Nous nous y intéressons d’autant
plus qu’il fut restauré en 1995 grâce au concours
de la « Sauvegarde. Une petite affiche le rappelle d’ailleurs
et reprend le texte d’une
lettre que M. Rouvière avait adressée au maire
de Saint-Genest pour lui confirmer tout l’intérêt
que présentait cet édifice.
Michel Rouvière a réalisé
un dessin à la plume du monument à saint
Genest
que vous pouvez visualiser
en cliquant sur ce lien.
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| (2)
Saint
Genest (Genesius ou Genès, devenu
aussi Gineys) était un martyr arlésien
du Ve siècle. (Cf. BEAUJARD Brigitte,
Le culte des Saints en Gaule, Les Éditions
du Cerf, 2000). Comment son culte s’est-il étendu
en Vivarais, où nous avons aussi les communes de
Saint-Genest-Lachamp et Saint-Gineys-en-Coiron ? |
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Saint-Genest-de-Bauzon
L'église
inachevée du Suel
Faïsses
entre le Suel et le Cros |
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Archéologie
agraire sur le Gras des Assions Le
programme de l’après-midi était destiné
à nous faire découvrir comment, au prix d'efforts
incroyables, les paysans du XIXe et du début du
XXe siècle ont pu tirer leur subsistance d'un
terroir particulièrement ingrat. Revenant
sur la D 104A que nous suivons en direction des Vans,
nous prenons bientôt sur notre gauche la route de Casteljau
(D 452) qui, rapidement, conduit sur le plateau. Une première
halte au cours de la montée nous permet d’observer
un vaste panorama dans lequel nous reconnaissons notamment le château
et le pont de Chambonas, ainsi que la chapelle Sainte Apollonie
au sommet de sa colline. Nous nous arrêtons ensuite au niveau
de la stèle à l'abbé Froment près de
laquelle une cabane en pierre sèche a été parfaitement
restaurée par les soins du Syndicat intercommunal de développement
économique et touristique des Vans, dans le strict respect
de la construction d’origine. Michel Rouvière nous
fait remarquer que, pour une fois, la couverture de cette cabane
n'est pas en encorbellement ; les lauzes de calcaire sont posées
sur une charpente en bois de cade ; le linteau de la porte est aussi
un tronc de cade, bois choisi pour sa résistance et surtout
son imputrescibilité. Tout autour de la cabane, le rocher
affleure, bien que d'énormes pierriers témoignent
du travail de dérochement qui a été accompli.
Mais il était impossible d'enlever toute la roche, il y en
avait trop... On dégageait donc quelques bandes de terre
dans les veines du rocher et on arrivait à y planter quelques
pieds de vigne, peut-être un peu de céréales.
C’est en ce lieu paisible que nous choisissons
de faire notre halte-repas. |
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Cabane
avec charpente en bois de cade |
Stèle
à l'abbé Froment |
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Puis nous nous rendons
un peu plus loin, au départ du « circuit des capitelles
», très bien indiqué et jalonné, toujours
par les soins du Syndicat des Vans. Nous observons
d’abord un bel ensemble de faïsses. Michel Rouvière
nous fait remarquer qu'ici ce n'est pas la pente, qui est très
faible, qui a imposé leur construction, mais elles sont le
résultat du dérochement et servent au stockage des
pierres. Puis voici d'immenses murs en pierre sèche
parfaitement appareillés, de plusieurs dizaines de mètres
de longueur sur au moins deux mètres de largeur, eux aussi
destinés à stocker les blocs de rocher arrachés
au sol, tout en occupant le moins de place possible. On remarque
en particulier un mur à double parement, ainsi qu’une
tour de stockage. M. Rouvière nous indique que des aménagements
analogues existent en Inde, au Népal, en Italie…
Nous voyons des capitelles, très soigneusement
construites, avec la voûte en encorbellement classique. Il
fallait disposer d'eau au voisinage de ces cabanes, en particulier
pour le traitement de la vigne, d'où en général
l'existence d'une citerne et l'aménagement d'un impluvium
près d'elles. L'une de celles que nous avons vues présente
la particularité d'être construite sur sa citerne ;
l'ouverture pour le puisage de l'eau se trouve à l'intérieur
et on y voit encore des traces de sulfate de cuivre. |
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Cabane
(ou capitelle) avec voûte en encorbellement
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Voûte en
encorbellement vue de l'intérieur
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Cette
capitelle
est bâtie au-dessus de sa citerne dont on voit l'ouverture
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Un
mur d'épierrement particulièrement soigné,
dit "casse-pattes"
(Les
pierres placées de chant étaient destinées
à empêcher les animaux de le franchir)
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M. Rouvière considère
que le terroir de Champaures, (anciennement Champfouras) est un
des sites les plus remarquables, en ce qui concerne le travail de
conquête des hommes sur le rocher. Il est très proche
d’un autre, Champredon, qui a fait l’objet d’un
travail similaire réalisé par le même paysan
bâtisseur.(4)
Ce travail de mise en cultures est d'abord matérialisé
par de nombreux ouvrages en pierre sèche, mais aussi par
différentes espèces végétales qui perdurent
tant bien que mal. Elles sont là pour confirmer les cultures
pratiquées il y a seulement quelques décennies, c'est
le cas pour quelques parcelles de vignes. On y trouve encore des
mûriers, des amandiers et de rares oliviers. Sur
ce plateau, d’accès facile, la densité et la
qualité des différents ouvrages et aménagements
en pierre sèche mériteraient largement un classement
d’ensemble, au titre du patrimoine rural. Le travail de restauration
effectué récemment par le Syndicat intercommunal de
développement économique et touristique des Vans doit
être poursuivi dans la logique de ce qui a été
réalisé sur la cabane située à l’entrée
du circuit. |
| (4)
ROUVIÈRE Michel, « L’enclos en pierre
sèche d’Auguste Arnal sur le Gras des Assions
», L’architecture vernaculaire, tome XXI (1997),
p. 35-42. |
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