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QUINTENAS - MANOHA
(Visite du 10 mai 2012)

Au sujet de ce compte rendu, nous avons reçu une lettre de Françoise de Lacheisserie que l'on pourra trouver ici, accompagnée de commentaires de notre adhérent Christian Foriel-Destezet.

QUINTENAS

Le maire, M. Sylvain Desbos, accueille le groupe et nous accompagnera toute la matinée. Le village situé à 7,5 km d’Annonay est traversé par la D 576.

L’église

Son église massive à l’allure de forteresse interpelle et incite le passant à s’arrêter ; sa visite conduite par Françoise de Lacheisserie sera l’occasion de retracer l’histoire locale et d’expliquer son originalité.

église de quintenas

Le village existe depuis des temps immémoriaux. Une présence humaine attirée par une excellente terre et une irrigation importante s’installe en ce lieu. Il apparaît comme certain qu’une villa romaine, qui n’est autre qu’une exploitation agricole pouvant employer 200 personnes, était établie sur le site. Elle va subir l’évolution de l’Histoire ; Lyon et Vienne sont évangélisées dès les premiers siècles, les campagnes environnantes vers le ive siècle ; la villa devient prieuré. En 776 ou 980, une charte difficile à dater confie le prieuré à l’abbaye de Saint- Claude, dans le Jura ; cet acte est confirmé en 1184 par Frédéric Barberousse. Les guerres (guerre de Cent Ans), les bandes de pillards, les routiers, les grandes compagnies qui vivent de vol et de pillage, souvent impunis, obligent les habitants à se regrouper dans le prieuré pour se protéger et en 1364, en même temps que les habitants de la commune voisine de Saint-Jeurre d’Ay, ils demandent l’autorisation de se fortifier à Briand de Retourtour. Cette famille s’éteint en 1378 et le prieuré passe aux Tournon qui en feront une résidence d’été avec château. En 1528, la réforme luthérienne arrive ; Quintenas est occupé par les protestants le 12 avril 1574, mais la garnison est rappelée à Annonay le 17 juillet. Avant de quitter le château, ils le détruisent et brûlent l’église afin d’empêcher les catholiques de pratiquer leur culte. Avec la promulgation de l’Édit de Nantes en 1598, le calme revient. La reconstruction devient possible. En 1674, l’abbé Jean Rouyer fait ériger la croix sur la place et entreprend la construction d’une chapelle, dite des Pénitents, mais à peine la voûte terminée, elle s’effondre ; on reconstruit l’édifice en l’agrandissant de 12 pieds, mais sans la voûte. En 1827, l’abbé Bobichon trouve l’église en piteux état, il lui donne son aspect actuel.

église de quintenas chapiteau

Chapiteau « Le sacrifice d'Abraham »

Les éléments architecturaux subsistants sont les suivants : de l’ancienne église du xiie siècle, il resterait la base du clocher, des parties de mur portant des fragments de peinture dite « à la fresque », quelques sculptures et surtout le remarquable chapiteau « le sacrifice d’Abraham ». Le thème est connu et se trouve également illustré par un chapiteau de l’église de Mélas : Abraham tient dans sa main gauche les cheveux d’Isaac, qui est ligoté, prêt à être immolé, tandis que sa main droite brandit le couteau du sacrifice. Mais un ange prévient son geste en lui tenant fermement la main et un bélier prendra la place d’Isaac. Malheureusement la scène est ici en partie mutilée.
Les sculptures autour du clocher, bestiaire et têtes sculptées, pourraient dater du xive siècle et rappeler que bêtes et gens se réfugiaient dans l’église, les uns dans la nef, les autres dans le clocher. Bretèche au-dessus de la porte d’entrée, échauguette, archères, assommoir, pierres à bossage, autant d’éléments pour se protéger.
Le tambour d’entrée, sculpté de moulures, paraît dater du xviiie siècle. Dans le transept nord, une litre indique qu’un personnage important est enterré dans cette chapelle. Les armoiries sont celles de Louise d’Hostun de Claveyson épouse de Charles du Peloux, frère de Nicolas du Peloux, gouverneur d’Annonay.
La peinture dans l’abside pourrait dater de cette époque, xviie siècle. L’autel ancien a été remplacé au xixe siècle. L’un et l’autre mériteraient une restauration.
Au xxe siècle, la vieille porte de la chapelle des Pénitents est enlevée, un escalier en pierres remplace une pente en terre.

La maison Ravier

Pour nous rendre à la maison Ravier, nous empruntons les ruelles sinueuses de Quintenas ; M. Michel Heyraud, un passionné d’histoire, est notre guide. Les maisons anciennes et restaurées avec soin possèdent presque toutes un puits. La maison dite « des fromages » retient notre attention ; elle est ainsi nommée à cause des hauts piliers qui soutiennent l’auvent, constitués par l’empilement de tambours de pierre aux arêtes émoussées affectant la forme des petits fromages du pays.

quintenas maison aux fromages

« Maison des fromages »

quintenas maison Ravier

Maison Ravier

Au nord du village, la maison Ravier, entourée d’un enclos reposant, a été ouverte par ses propriétaires, M. et Mme Ravier, venus spécialement de Bourg-en-Bresse pour nous recevoir. L’histoire de cette maison, héritée de leur parents, notaires à Quintenas, est mal connue ; nous les orientons vers les archives du département pour les aider dans leur recherche. Si tout n’est que supposition, on observe cependant que sa construction pourrait être contemporaine de la fortification de l’église au xive siècle en raison de son apparence de maison forte, du même matériau, un granit grossier patiné par le temps, venu de la carrière voisine de Montjoux. Une tour pentagonale aux pans irréguliers dessert les parties d’habitation grâce à un escalier à vis en très bon état. On remarque deux cadrans solaires et un blason peu lisible avec une croix. Le tour de la maison nous permet de voir, côté est, la base du mur très épaisse. Gentilhommière, maison forte, qui l’a habitée au cours des siècles ? Espérons que les recherches qui ne manqueront pas d’être entreprises dans ces prochaines années, ou nos lecteurs, pourront nous renseigner.

MANOHA

manoha

Manoha

Situé sur la commune d’Ardoix, mais à 1,5 km seulement de Quintenas, Manoha est une maison forte avec ferme et château. M. Reynaud, ancien propriétaire, nous la fera visiter. Il possède encore un plan cadastral et quelques documents sur les anciennes familles propriétaires, les Manoha, les Dienne, les Julien de Villeneuve, les Lacheisserie. Construite selon les recommandations d’Olivier de Serres, le corps de logis « sera en dehors entièrement flanqué par tours rondes ou carrées ou autres recoins et avancements, comme viendra le mieux propos, afin d’être tant plus fort », elle résistera aux luttes religieuses entre catholiques et protestants. De maison forte, elle devient maison des champs. Revendue ces dernières années, la ferme entièrement restaurée appartient au docteur et Mme Abeille et le château à M. et Mme François Richard qui s’attachent à redonner à Manoha tout son lustre.

Sources

Mireille d'Augustin