![]() Croix à Saint-Paul-de-Tartas |
Le petit village de Saint-Paul-de-Tartas, de nos jours en Haute-Loire, appartenait au Vivarais avant la Révolution française, comme l'ensemble du canton de Pradelles.
Le programme
de notre journée
comportait d'abord la visite de son église romane.
Deux possibilités
avaient été offertes aux participants, soit de se retrouver à 10
heures au Chaussadis, chez Marie et Paul Bousquet, pour aller
de là à pied
jusqu'à Saint-Paul, soit de se regrouper à 11 heures devant
l'église.
C'est une vingtaine de personnes qui choisirent la première
solution et firent donc le trajet du Chaussadis jusqu'au village en trois quarts
d'heure par une agréable petite route. Celle-ci traverse le hameau de
Fourmagne où l'on reconnaît une ancienne maison de béate,
encore pourvue de sa cloche, mais moins caractéristique que celle de Saint-André-en-Vivarais
que nous pûmes admirer lors de la sortie du 6 juin dernier, car ne possédant
pas de campanile. Deux petites haltes en cours de route permirent de reconnaître
d'abord le village de Coucouron, au pied de son petit volcan, le Plot de la Laoune,
puis la chaîne des sucs, depuis le Mont Gerbier-de-Jonc jusqu'au Mézenc,
en passant par le Sépous, le Montfol, la Lauzière, le Taupernas...
Quatre croix jalonnent ce chemin, dont trois en pierre ; au sommet de la
côte, à 1 215 mètres d'altitude, celle dite « du
Couderc du Lac » possède un fût galbé avec astragale,
comme une colonne antique. La quatrième se trouve à l'entrée
de Saint-Paul. C'est une croix à personnages bien conservée, portant
le millésime 1617, avec le Christ d'un côté et, de l'autre,
une Vierge orante entourée par des anges.
La croix du Couderc du Lac |
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À notre arrivée à Saint-Paul,
nous trouvons la place pleine de voitures et c'est une cinquantaine de
personnes qui se regroupent pour écouter le Président honoraire,
Michel Faure, nous présenter l'église. Il peut pour cela
s'appuyer sur le compte rendu, qu'il a retrouvé, d'une précédente
visite de la «Sauvegarde» (12 août 1975), compte rendu
rédigé par Jean Oisel, à partir de notes de Robert
Saint-Jean.
Le village tire son nom de la colline voisine, le mont Tartas
qui le domine au nord. Jusqu'à la Révolution, il fit partie du
Vivarais et fut le siège d'un prieuré de l'abbaye de La Chaise-Dieu.
L'église est romane (fin du XIIe siècle), massive, bâtie d'un seul jet en blocs de granit ou de lave et couverte de lauzes. Le plan est rectangulaire: une seule nef de vastes proportions, contrebutée par deux énormes contreforts au niveau de l'arc triomphal. Ils étaient jadis surmontés d'échauguettes dont un vestige se voit du côté nord. C'était donc une église fortifiée, dont les murs ont une épaisseur énorme.
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La partie médiane de la façade est
en granit ; elle est flanquée de deux ailes plus étroites,
légèrement saillantes, en pierres de lave. L'entrée
est constituée par un portail à quatre arceaux en ogives,
donc plus tardif que le reste; les nervures des arceaux se raccordent
aux parties verticales sans l'intermédiaire de chapiteaux. Contrairement
au reste de l'édifice, il est réalisé en grès
assez dur. Au-dessus du porche se voit un curieux oculus d'époque
romane : un motif mouluré semi-circulaire en couronne la partie
supérieure et retombe sur deux éléments sculptés
dont Noël Thiollier a proposé une interprétation : à droite
un être dont on devine la tête et les bras et à gauche
un animal fantastique à la longue queue touffue, qui semble vouloir
représenter un loup en marche {peut-être un ancêtre
lointain de la bête du Gévaudan ?) et dont la tête
est écrasée par le boudin qui termine la moulure. La tradition
populaire rapporte qu'il s'agirait à droite du singe représentant
l'esprit du mal et à gauche du renard symbolisant l'esprit de ruse,
tous deux semblant vouloir, en vain, échapper au châtiment.
La haute façade se termine par un vaste clocher-peigne à quatre
baies, toutes pourvues de leurs cloches, mais obstruées à l'arrière
par une construction couverte, ce qui est assez fréquent en montagne du
fait de la rudesse du climat.
À une époque plus tardive, on a d'abord rajouté une
chapelle latérale au nord, puis au XIXe siècle, une
deuxième au sud, flanquée d'une sacristie, ce qui nuit à l'ordonnancement
extérieur de l'édifice.
![]() Un des enfeus |
![]() Vestiges d'une échauguette |
Pénétrons dans celui-ci. Les parements
intérieurs des murs ainsi que la voûte en berceau sont faits
de gros blocs aussi bien appareillés que ceux de la façade
et des murs extérieurs. La voûte est renforcée d'arcs
doubleaux en cintre légèrement surhaussé retombant
sur des consoles sculptées. Un gros bandeau de section rectangulaire
entoure la naissance de la voûte.
L'arc triomphal retombe sur deux chapiteaux sculptés qui, contrairement à l'habitude,
ne couronnent pas une colonne ou un pilier, mais sont disposés comme des
modillons, supportés par une sorte de corbeau. Celui du nord est particulièrement
original par son décor formé de quatre sirènes à deux
queues qui entourent la corbeille, en tenant dans chaque main une queue-jambe
de leur voisine. Le motif de la sirène à deux queues se retrouve
dans quelques églises du Velay1, notamment au porche du For
de la cathédrale du Puy, mais la composition du chapiteau de Saint-Paul
est unique.
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Le chur, légèrement plus étroit
que la nef, se termine par un chevet plat percé d'une longue et étroite
fenêtre au profond ébrasement et d'un important oculus. Comme
cela se rencontre dans d'autres églises, l'axe du choeur est légèrement
dévié par rapport à celui de la nef. Faut-il y voir
ce symbolisme si controversé de l'inclinato capite rappelant
l'inclinaison de la tête du Christ sur la croix ? Selon Robert Saint-Jean,
il s'agirait plus prosaïquement d'une erreur de raccordement des
fondations lors d'une reconstruction partielle de l'édifice.
Dans le chur, on remarque un vestige de boiserie sculptée,
sans doute du XVIIIe siècle, qui devait s'étendre à l'ensemble
du pourtour; est-ce l’œuvre d'un artisan local ou une récupération
d'un couvent détruit ?
Vers l'entrée, une seconde voûte basse, peu saillante,
devait composer un élément de construction avec l'oculus de la
façade. Une tribune en bois, plus récente, en altère le
caractère.
Un cimetière entourait l'église. Contre son mur nord subsistent
deux enfeus en bon état de conservation. Construits en granit et couverts
de lauzes, ils dateraient du XIIe siècle. L'entablement de
celui de gauche était soutenu par quatre colonnettes dont une seule subsiste ;
celui de droite, par deux consoles au masque humain encore reconnaissable et
par deux colonnettes disparues. Une allée mène de la porte de l'enclos à celle
de l'église ; elle est bordée de pierres tombales mises bout à bout
et toutes semblables, avec une grande croix en relief. Faut-il y voir le manque
d'imagination de quelque tailleur de pierre local ou l'uniformité voulue
des tombes des religieux bénédictins ?
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D'après les vestiges retrouvés, on pense que le prieuré s'étendait assez loin autour de l'église. En tous cas, une très belle et ancienne maison du village en faisait certainement partie ; on dit même qu'elle aurait été la maison du Prieur. Nous avons eu la chance de pouvoir, non seulement en contempler l'extérieur, en grandes pierres parfaitement taillées et appareillées, mais aussi pénétrer dans la salle du rez-de-chaussée superbement voûtée, grâce à l'extrême obligeance de sa propriétaire, Mme Schuyten, que nous tenons à remercier encore ici.
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Compte tenu de l’heure avancée, le retour au Chaussadis, où nous attendait l’apéritif, s’effectua en voiture pour tout le monde. Puis ce fut le pique-nique dans le pré, à table ou assis dans l’herbe, selon le goût de chacun.
Vint enfin, dans la grange, la projection de la première partie d’un diaporama consacré aux Églises romanes en Ardèche. Il s’agit des églises de la partie méridionale du rivage rhodanien, de Bourg-Saint-Andéol à Cruas.
Photographies : P. Bousquet & J.-P. Huyon