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SAINT-THOMÉ
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La
longue caravane de voitures, après avoir remonté les
pentes du bois de Laoul, s'est engagée dans des
voies secondaires qui, par Rimourin, le Mas de Gras et
la charmante vallée
de la Nègue, aboutit brusquement au village
haut-perché de Saint-Thomé, auquel
on accède
en contournant ce promontoire, puis l'ancien chemin de
ronde aboutissant à l'église. On remarque
au passage les maisons, dont un certain nombre ont déjà été l'objet
de restaurations assez heureuses : on note en particulier
la disparition presque totale des poteaux et consoles disgracieux
et du réseau arachnéen de câbles électriques,
ceux-ci suivant de préférence les murs et
les génoises des toits.
Nous avons la joie de retrouver
M. Robert Saint-Jean pour la présentation des deux édifices
qui couronnent ce haut-lieu : deux églises
très
anciennes, mais d'âges différents. Devant
nous, Saint-Thomas, qui est d'époque romane, encore
que masquée par une médiocre façade
du XIXe siècle, et, à l'opposé,
Saint-Sébastien,
préromane, et donc fort ancienne. |
| Nous
sommes là sur l'emplacement d'un ancien
oppidum, dont la structure du village conserve la trace.
Dominant la vallée, occupée probablement
dès la Préhistoire et certainement dès
l'époque romaine, puisque nous trouvons, encastré dans
la façade de l'église Saint-Thomas, un fragment
d'une grande inscription votive qui mentionne la tribu
Voltinia, à laquelle appartenaient les Helviens.
Il aurait donc existé sur ce site élevé un
monument important — peut-être un temple romain
— qui aurait pu succéder à quelque fanum d'époque
gauloise.
Saint-Thomé apparaît
très tôt dans
l'histoire chrétienne, puisque mentionné pour
la première fois dans la Charta Vetus à propos
de la donation faite par une certaine Iteria, femme restée
soixante ans veuve, ayant fait édifier en ce lieu (in
vertice montis) deux églises en l'honneur
de saint Thomas et de saint Sébastien, dotées
de revenus de tout le territoire qui s'étend entre
la montagne et le fleuve Scotadii (l'Escoutay) et
la villa
Cacerdis, le tout donné à Dieu et à Saint
Vincent, c'est-à-dire à l'évêque
de Viviers. Cette villa se trouvait
au quartier de Chassère, près du hameau des Crottes, sur
l'actuelle N. 102. Au siècle dernier on y a trouvé de
nombreux vestiges, fragments d'inscriptions et de céramiques antiques.
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Le site de Saint-Thomé |

L'église
Saint-Sébastien
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Cette
donation se situe à la
fin du VIe ou au début du VIIe siècle, époque à laquelle
on peut faire remonter la petite église Saint-Sébastien,
sauf dans ses parties supérieures,
maintes fois remaniées (la génoise ne
date que du siècle dernier), voûtes détruites à l'époque
des Guerres de Religion, défigurée par
la création d'un étage intermédiaire.
Mais les fondations des murs, et surtout l'abside,
sont manifestement de cette époque. Ce
serait donc une des plus anciennes églises préromanes
encore partiellement debout en Vivarais. Les plus
sûrs
indices d'archaïsme sont, d'une part, l'appareil
très grossier de la maçonnerie, constitué de
pierres mises en tous sens au lieu de constituer des
lits successifs ; et d'autre part, la minuscule
fenêtre
sise dans l'axe de l'abside, fenêtre dont l'arc
en forme de croissant est constitué d'une seule
pierre échancrée, avec des incisions
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Cette petite ouverture, de style typiquement wisigothique,
témoigne de l'ancienneté de la construction
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radiales simulant les claveaux, forme typiquement
préromane que l'on retrouve dans les églises wisigothiques
de Catalogne, du Roussillon et même du Languedoc, régions
incluses dans le royaume Wisigoth pendant soixante-dix ans
et auquel le Vivarais fut rattaché trente-cinq ans.
Sur le mur sud de
ce qui fut cette petite église, au-dessus
de l'ancien portail roman, aujourd'hui muré et surmonté d'une
archivolte en tiers-point, est encastrée une large dalle
de marbre blanc portant une longue inscription fragmentaire
rappelant qu'un évêque reçut sépulture
en ce lieu. L'épitaphe est datée, par pontificat et
consulat, de l'an 487, date qui correspond bien à la période
d'annexion du Vivarais au royaume Wisigothique d'Espagne, immense
royaume barbare à cheval sur les Pyrénées et
qui connut une civilisation très brillante. Cet évêque,
Lucianus, cinquième dans la succession chronologique des évéques
de Viviers, a siégé sous le règne du roi Alaric
II, le vaincu de Clovis à la bataille de Veuillé en
507, date à laquelle les Francs prennent le pas sur les Wisigoths
et que le Vivarais entre dans le royaume Franc.
On a déjà vu
que l'autre église, également
mentionnée dans la Charta Vetus, était
donnée à l'évêque de Viviers, lequel
l'octroie en bénéfice à un dignitaire du
chapitre. C'est ainsi qu'on relève dans un bref d'obédience
des chanoines de Viviers, au XIIIe siècle,
le nom d'un certain chanoine Guitard, qui tient l'église
St-Vincent (de Viviers), l'église Saint-Thomas (de Saint-Thomé)
et quinze manses à Saint-Vincent-de-Gras, donc
possession des évêques de
Viviers, qui se prolongera jusqu'à la fin de l'Ancien
Régime. En 1762, il y avait donc deux églises distinctes,
l'une relevant directement de l'église de Viviers,
et l'autre, Saint-Thomas, du chapitre. Un texte de cette
date rappelle
que, dans Saint-Sébastien, «à l'angle du
cimetière»,
une collégiale groupait jadis sept chanoines de Viviers,
qui étaient les principaux seigneurs de cette paroisse,
mais qu'après les ravages des Sarrasins cette seigneurie
aurait été vendue par un évêque.
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Au
Moyen Âge on mettait facilement toutes les destructions
d'églises sur le compte
des «Sarrasins». Il n'est pas sûr
qu'ils soient venus jusqu'à Saint-Thomé ;
ce pouvait tout aussi bien être le fait d'un
raid de Normands au Xe siècle. En
tous cas, Saint-Thomas fut reconstruite au XIIe siècle.
La banale façade actuelle en masque complètement
l'appareil, mais en faisant le tour on découvre
bien la structure d'une église romane à une
seule nef voûtée, bien construite, avec
de gros contreforts latéraux, un petit transept
avec, au-dessus, une tour lanterne, puis une abside
semi-circulaire. L'intérieur est malheureusement
empâté de couches successives de crépis
et de badigeons : on reconnaît cependant
des arcatures décoratives et des arcs de décharge.
Il est à souhaiter qu'un jour tout cet ensemble
soit restauré et mis en valeur. Notons que la
jeune Association des Amis de Saint-Thomé,
en dépit de moyens encore limités, a
déjà à son actif plusieurs interventions
heureuses, telles que la révision de la toiture
de Saint-Thomas, le ravalement de l'abside de Saint-Sébastien
et la suppression des disgracieuses consoles du réseau électrique.
L'église
Saint-Thomas |
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| La façade
comporte quelques vestiges antiques, visiblement rapportés.
Rappelons le fragment d'inscription monumentale qui cite
la tribu Voltinia et ajoutons-y, sous la niche de droite
qu'occupe la
statue de St-Thomas apôtre, une large dalle de marbre
blanc, sans
doute d'origine antique, de forme trapézoïdale, ayant vraisemblablement
servi de linteau à la porte de l'édifice roman, et qui offre,
gravée très faiblement, une tête de Christ avec le
nimbe crucifère, sculpture datant du XIIe siècle. |

Pierre
de remploi avec une tête de Christ gravée
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Depuis
l'époque de la rédaction de ce compte rendu, l'intérieur
de l'église a été décapé, ce qui met en valeur une
architecture particulièrement intéressante,
avec notamment une abside à niches et,
sur la croisée
du transept, une coupole sur pendentifs parfaitement
appareillée. Les coupoles sur pendentifs sont
rares en Vivarais.
Le
mur de l’abside est creusé de
cinq niches semi-circulaires séparées
par des colonnes. Il s’agit
là d’une caractéristique du premier
art lombard, qui se rencontre aussi à la chapelle
octogonale de Mélas, à l’ancienne église
Saint-Jean-Baptiste de Meysse, à Ruoms et à Saint-Sulpice
de Trignan… Souvent ces alvéoles reposent
sur un mur bahut, qui ici a peut-être été enfoui,
car on remarque que le chœur est surélevé par
rapport à la nef.
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Église
Saint-Thomas - L'abside et la coupole sur la croisée
du transept
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Coupole
sur pendentifs
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L'abside
est décorée de niches creusées dans le mur
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Nous descendons maintenant
vers le château de Saint-Thomé, dont Monsieur
et Madame de Beaulieu nous font les honneurs. L'histoire
du village de Saint-Thomé est très
mal connue, toutes les archives communales ayant été brûlées,
dans la cour même du château, à la Révolution.
On trouve quelques renseignements épars dans l'abondante
documentation rassemblée par l'Abbé Arnaud
dans son ouvrage sur Valvignères-en-Helvie, en particulier
la succession des seigneurs jusqu'au XIIIe siècle,
mais rien sur la période postérieure. On
sait ainsi qu'entre 1250 et 1260 un coseigneur, nommé de
La Tour-Gouvernet, fit édifier un donjon qui se
trouve sur l'ancienne route menant à Alba et dont
les murs sont actuellement inclus dans un bâtiment
de ferme.
En revanche, on ne connaît
absolument pas l'origine du château actuel. Les premiers
seigneurs connus remontent au milieu du XVe siècle,
avec Philippe de Montargues, dont la fille unique épouse
un Aymar de Vesc, lequel hérite de la seigneurie
qui reste dans la famille de Vesc jusqu'en 1630. À cette
date, Françoise de Vesc épouse Christian
de La Garde de Chambonas. En 1777, les Chambonas vendent
le château aux Mercoyrol de Beaulieu, famille originaire
de Saint-Pons, aux environs de Lamalou-les-Bains, dans
l'Hérault.
Sous le règne de Charles IX, un Mercoyrol
guerroyait au siège du Havre, alors occupé par
les Anglais ; amputé d'une jambe, il obtint
en compensation le commandement de la place de Montélimar.
Son fils s'installa ensuite en Vivarais. En 1777, Jacques
de Mercoyrol de Beaulieu, habitant Viviers, choisit
de faire de Saint-Thomé sa résidence secondaire.
Un de ses onze enfants, un fils prénommé Saint-Thomé,
mourut à l'âge de sept ans, s'étant
blessé en jouant avec des bambous, dont ceux que
l'on voit actuellement dans la cour sont peut-être
des rejets. À cette époque fut entreprise
la réfection
intérieure du château. On en voit un
vestige : le papier de tapisserie du salon, dont les tons
bleutés sont encore d'une étonnante fraîcheur.
Au cours des luttes entre Armagnacs et Bourguignons,
ces derniers ont franchi le Rhône et occupé la partie
du Vivarais comprenant Bourg-Saint-Andéol, St-Thomé et
Valvignères, cependant que Viviers demeurait fidèle au roi.
En mai 1418, au cours d'une escarmouche, un des habitants de Viviers
fut enlevé par un des «occupants» Bourguignons.
En représailles les gens de Viviers mirent à sac Saint-Thomé.
Les Guerres de Religion n'ont pas épargné la localité.
Le seigneur d'Alba périt au cours d'un combat contre le seigneur
de Vesc. La peste de 1629 dépeupla le village ; on dit même
que le seul survivant fut un simple d'esprit qui se chargeait d'enterrer
les morts.
Le haut village a été progressivement déserté depuis
le début du siècle. Il se repeuple peu à peu
grâce à la restauration, souvent heureuse,
des maisons, pour la plupart acquises par des Français
comme résidences secondaires.
L'architecture du château
présente, vers
l'Est, une façade flanquée de deux
tours, mais on devine, à l'opposé, masquée
sous un épais manteau de lierre, la jonction avec
un plus ancien corps de bâtiment rectangulaire — sans
doute un donjon primitif — qui présente,
donnant dans l'intérieur du château, les traces
d'anciennes portes et de meurtrières.
La porte d'entrée
est surmontée d'un vaste
blason, malheureusement martelé, sur lequel
on croit distinguer les silhouettes de deux lions affrontés.
Au second étage de la tour d'angle nord-est, au
niveau duquel se trouve un petit oratoire, on aperçoit
une pierre encastrée qui porte une gravure énigmatique.
Nous visitons l'intérieur
du château, en
bon état, avec son escalier de pierre accédant
aux pièces d'apparat du premier étage qui
conservent leur aspect et du mobilier ancien. On remarque
particulièrement la grande loggia, ouverte
vers le sud sur la pittoresque vallée de la
Nègue, où Madame et Monsieur de Beaulleu
ont l'amabilité de nous accueillir.
(C.R. du 20 octobre 1977) |
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