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TOURNON
(Sortie d'été 2003 avec les Ardéchois à Paris)

La sortie, qui s'est déroulée par une des plus chaudes journées de la canicule du mois d'août, était guidée et commentée, le matin par nos amis Michel CARLAT et Juliette THIEBAUD et, l'après-midi, par notre président honoraire Michel FAURE

Rendez-vous était donné sur le quai Farconnet face à l'ancien hôtel de la Tourette pour admirer le mur Renaissance du château de Tournon, édifice méconnu et, oh combien ! intéressant. Construit par Claude de la Tour-Turenne, veuve de Just II, baron de Tournon et comte de Roussillon, mort en 1563, il est visiblement le point d'orgue d'un grand dessein des Tournon porté par le Cardinal et relayé après sa mort par l'énergique usufruitière de sa Maison. Ce mur résulte d'un projet de Serlio inspiré de celui de l'Hôtel de Ferrare de Fontainebleau, exécuté par un autre architecte, sans doute Jean Vallet, à l'époque architecte des Tournon, dont on retrouve la trace au château de Roussillon (Isère) et au collège de Tournon. Cette façade monumentale de 80 mètres de long, flanquée initialement de deux grosses tours rondes, au mur ajouré masquant les écuries, était dotée d'une entrée principale regardant l'ancienne porte du Rhône et formant une première enceinte étonnante. On y devine encore les restes importants de l'encadrement à bossage de la porte charretière et de la poterne donnant jadis sur l'ancienne place du Manège. On y distingue les traces d'un pont-levis et de sa herse. À droite de cette entrée, seule reste aujourd'hui une partie du grand mur de clôture aux belles ouvertures jumelées surmontées d'une alternance régulière de frontons courbes et triangulaires brisés à leur sommet. Dans un délabrement tragique, ces vestiges uniques demandent une indispensable restauration menée conjointement avec un classement au titre des Monuments Historiques.

Nous sommes ensuite allés à la Collégiale Saint-Julien. C'est, après le château, le plus ancien monument de la ville. Cette église est dédiée à saint Julien de Brioude, centurion romain converti au christianisme au IVe siècle. La petite église romane fut agrandie au Xlle et XIVe siècles et élevée au rang de collégiale en 1316 par l'évêque Guillaume II de Roussillon qui faisait partie de la grande famille des seigneurs de Tournon. À l'origine le chapitre comptait sept chanoines dont le nombre a varié jusqu'à la Révolution. A cette date, il fut dissous et Saint-Julien perdit son titre de Collégiale, utilisé encore par tradition.

Saint-Julien est certainement la plus riche église après Viviers. Sa visite est intéressante en raison du nombre des œuvres d'art exposées. L'entrée est marquée par deux grandes statues en bois venant du Couvent des Carmes, ainsi que par une vieille cloche de 1486 déposée à même le sol. Dans le baptistère, une Résurrection de Capassin, datée de 1576, nous rappelle que le peintre, originaire de Florence, fut d'abord au service du Cardinal François de Tournon avant de s'installer dans la ville. Les fresques de la Chapelle des Pénitents, particulièrement intéressantes et très visitées, mériteraient une restauration urgente. Puis l'autel de Notre-Dame de Montaigu, implorée en périodes de peste, s'orne d'un tableau de Guy François : la Présentation au Temple. Plusieurs peintres participèrent à la décoration de cette église : Robecque, Paul Sevin, Horace Leblanc, sans oublier un anonyme dont le tableau L'Adoration des Bergers évoque une toile de Latour.

Sur le plan historique, il est nécesssaire de rappeler un événement marquant au XVIe siècle : le Dauphin François, fils de François Ier, étant mort à Tournon en 1536, son cercueil fut déposé dans une des chapelles de l'église où il resta 11 ans avant de recevoir sa sépulture à Saint-Denis. Saint-Julien est très visitée. C'est aussi un lieu très apprécié pour des concerts en raison de son excellente acoustique.

Complément sur l'église Saint-Julien (Christiane Bernard)

La collégiale Saint-Julien aurait été construite sur l'emplacement d'un temple romain. De l'église romane qui a précédé l'actuel édifice gothique, il ne reste que très peu de chose : appareillage de base du clocher et trois remplois dans la façade :

  • un chapiteau composé d'une feuille et d'une volute ;
  • un autre chapiteau comportant une tête humaine martelée, qui est peut-être une tête féminine (voir les plis du vêtement)  et des feuilles. Une interprétation a été avancée  : il s'agirait d'Ève et l'arbre de Vie. Je ne pense pas que l'on puisse être aussi affirmatif vu l'état de la sculpture et en raison du vêtement et de la forme de la tête ;
  • une troisième pierre est creusée et pourrait au premier abord faire penser à l'une de ces pierres à trou (telle celle de la chapelle de Saint-Julien du Colombier à Saint-Marcel-d'Ardèche) ce qui est possible. Mais sa forme peut aussi faire penser tout simplement à un petit bénitier.

Les cinq maisons encastrées dans les murs de l'église et qui ont remplacé les chapelles à la Révolution donnent un aspect très inhabituel à cette église.

Tournon - remploi roman dans un mur de la collégiale Saint-Julien Tournon - remploi roman dans un mur de la collégiale Saint-Julien Tournon - remploi roman dans un mur de la collégiale Saint-Julien

Les trois remplois dans la façade de l'église


Après le traditionnel apéritif offert par M. Pontier, maire de Tournon, un excellent déjeuner nous attendait pris chez Poinard à Saint-Romain d'Ay, dans une salle fort heureusement climatisée.

    Une marche à pied digestive nous conduisait ensuite au sein du site de Notre-Dame d'Ay, inscrit à l'Inventaire des Sites Pittoresques depuis 1982, parallèlement à la création des amis de Notre-Dame d'Ay. Sous son impulsion, l'ensemble du site a connu un aménagement progressif (quatre interventions de la Sauvegarde depuis 1984), montrant l'imbrication pluriséculaire de bâtiments civils et religieux. Plusieurs étapes jalonnent leur histoire : sanctuaire païen, les Bénédictins, la famille de Tournon, les de la Chavas, la paroisse et enfin Mme de Larochette qui agrandit la chapelle en 1832, avant l'installation des Jésuites (1836-1952) et le retour au clergé séculier.

    Quant à la Vierge Noire (une des 150 répertoriées en France), c'est une Vierge en Majesté, avec l'Enfant-Jésus sur les genoux, dont les parties apparentes des corps sont noires. Est-ce une copie d'une Vierge Noire d'origine rapportée du Moyen Orient à l'issue des Croisades ? En la contemplant, on songe au célèbre passage du Cantique des Cantiques : « Nigra sum, sed formosa » (« je suis noire, mais belle »)... et à l'inoubliable « Cantique de Notre-Dame d'Ay » dû, en 1921, à notre grand Louis Pize.

Michel Carlat - Michel Faure - Juliette Thiébaud