VALLON
- PONT D’ARC
Visite-conférence
du 14 octobre 2006
en
commun avec la délégation ardéchoise
de l’association Vieilles
Maisons Françaises
|
Cette journée,
organisée en collaboration avec les VMF de l’Ardèche,
fut une parfaite réussite, tant par le nombre important
d’adhérents des deux associations qu’elle
réunit que par l’intérêt des
visites et conférences qu’elle leur offrit.
Accueillis à Vallon par le maire, M. Pierre Peschier,
les participants, divisés en deux groupes du fait
de leur nombre, se rendirent le matin au musée de
la grotte Chauvet et au château qui abrite l’hôtel
de ville. Après l’apéritif offert par
la municipalité et le repas pris dans un restaurant
de la ville, l’après-midi fut consacré à la
conférence de Jean-Michel Geneste sur les travaux
scientifiques réalisés par son équipe
dans la grotte Chauvet.
Le musée présente de très belles
reproductions, sous forme de panneaux lumineux, des peintures
de la grotte, ainsi qu’un film permettant une véritable
visite virtuelle de celle-ci.
Nous nous attarderons ici un peu plus longuement sur
la visite du château, puis sur la conférence
de M. Geneste. |
Le château
de Vallon
Le château primitif de Vallon était construit
sur la colline dite du Chastelas qui domine à l’est
l’agglomération actuelle. Incendié en
1569, au début des guerres de religion, il est reconstruit,
puis de nouveau détruit par les troupes huguenotes
du duc de Rohan en 1628, avec l’adhésion des
habitants de la région. La ville était en
effet protestante ce qui lui valut, pour sa part, d’être
dévastée deux fois par les armées
du roi. En 1629, Louis XIII, venant de Privas et se rendant à Alès,
signe à Vallon un acte rendant à « Noble
François de Balme, seigneur de Vallon » la
jouissance de ses terres, lui accorde un dédommagement
de dix mille livres et condamne la population à reconstruire
le château à l’endroit qui conviendra
le mieux à son propriétaire. |

Le château de Vallon (Hôtel de Ville) |
Celui-ci choisit le lieu
dit Saint-Saturnin où existait déjà une
construction datant de la fin du XVIe siècle, mais
se trouvant alors à l’état de ruine.
Le nouveau comte de Vallon, Antoine du Molin, seigneur
du Pont de Mars, gendre du précédent, entreprit
donc de construire le nouveau château à partir
du bâti encore existant. On éleva les murs
en galets et en pierres tout venant dans le prolongement
des murs anciens pour réaliser notamment la belle
façade classique, très bien proportionnée,
que nous voyons aujourd’hui. Les travaux durèrent
de 1630 à 1639. |
Entrant
par la grande porte qui s’ouvre sur la façade,
nous nous trouvons dans le hall, de quinze mètres
de hauteur, d’où part un superbe escalier
en pierre d’Orgnac, garni d’une rampe qui
est elle-même un chef d’œuvre de
ferronnerie. Escalier et rampe sont d’ailleurs
classés monuments historiques, tandis que la
façade, les toitures et la salle des gardes
sont inscrites à l’inventaire supplémentaire.
C’est dans ce hall que M. Thierry Mosnier,
nous faisant bénéficier de son immense érudition,
nous brosse l’histoire du château avec
force détails que nous ne pouvons malheureusement
pas retranscrire dans le cadre limité de ce
compte rendu. C’est en 1847 que le bâtiment
fut acquis par la municipalité qui, au cours
des ans, y installa toutes sortes de services, allant
des écoles, catholique et protestante, à la
justice de paix, au logement du pasteur, au télégraphe
et à la pesée des cocons…
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M. Mosnier
présente le château et en brosse l'histoire |
M. Mosnier
nous conduit ensuite au premier étage dans une
vaste salle occupant toute la profondeur du château,
du nord au sud, qui a été récemment
restaurée,
car autrefois elle avait été divisée
en appartements. Mais pour limiter le volume à chauffer,
on a réduit sa hauteur d’un mètre
en plaçant un faux plafond qui masque un magnifique
plafond à la française, heureusement
conservé, avec ses immenses poutres qui traversent
toute la largeur du bâtiment. C’était à l’origine
la salle des fêtes du comte, de 1639 à 1660.
Au fond de cette grande salle, une petite pièce
a été aménagée pour les
réunions du conseil municipal et c’est
là qu’a été découverte
récemment une immense cheminée, bâtie
dans l’épaisseur du mur. Elle est placée
entre deux fenêtres à doubles meneaux,
genre d’ouvertures rares dans nos régions.
Cette cheminée était destinée à chauffer
la salle des fêtes, mais rapidement on se rendit
compte que celle-ci restait inhabitable en hiver ;
on mura donc la cheminée et on divisa la salle
en pièces plus petites.
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La
cheminée récemment découverte |
Les
tapisseries
Il s’agit de sept magnifiques tapisseries d’Aubusson
du XVIIe siècle, restes d’un
ensemble de 70 pièces, placées dans le
château en 1770, dont la plupart provenaient
du château de Montréal, à la suite
du mariage de la fille du seigneur de ce lieu, Anne-Charlotte
d’Hautefort de Lestrange, avec le comte de Vallon.
Lors de l’acquisition du château par la
commune en 1847, il fut spécifié que
les tapisseries étaient comprises dans la vente.
Hélas, la plupart restèrent roulées,
abandonnées dans un grenier aux ravages du temps
et des rongeurs. Dès 1846 pourtant, Jules Ollier
de Marichard s’y était intéressé et
en avait réalisé une monographie parue
dans la Revue du Vivarais, à la suite de quoi,
l’État s’était engagé,
en 1893, à assurer leur restauration… qui
intervint enfin de 1951 à 1955, à la
manufacture des Gobelins.
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La
leçon de greffage
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Six
panneaux illustrent des épisodes de la « Jérusalem
délivrée », poème du
Tasse, depuis le départ de Godefroy de Bouillon
pour la première croisade jusqu’à la
blessure qu’il reçut au siège de
Solime. Leurs coloris sont éclatants et leur
bordure très riche. Le septième panneau
est tout à fait étranger,
de sujet comme de facture. Il représente une
leçon
de greffage en fente et a été inspiré d’une œuvre
gravée du XVIIe siècle.

Godefroy
de Bouillon, blessé sous les murailles
de Jérusalem, est soigné dans son campement.
Son
médecin Hérotime a brisé la flèche
en tentant de la retirer de sa jambe, tandis qu’un
ange presse
des feuilles d’une plante miraculeuse, le dictame,
provenant du mont Ida, en Crête.
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Clorinde,
fille du roi d'Éthiopie, reconnaissable à son
casque surmonté d'une panthère, est à cheval.
Elle intervient auprès d'Aladin, roi musulman
de Jérusalem,
pour obtenir la grâce de deux jeunes chrétiens,
Sophronie et Olinde, qui vont être brûlés
vifs sur un bûcher.
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L'enterrement
du chevalier Dudon de Comps
(Originaire de Comps en Dauphiné)
Au centre de la scène, Godefroy de Bouillon apparaît debout
et harangue la foule.
Derrière Godefroy, on aperçoit un chevalier
magnifiquement casqué et empanaché, il s'agit de Baudoin
Ier de Boulogne, le plus jeune frère de Godefroy, qui
fut à l'origine de la dynastie des rois de Jérusalem.
À gauche, le personnage casqué qui nous tourne
le dos est le chevalier Rinaldo, qui a pour emblème
l'aigle que nous voyons au-dessus de son casque.
À droite de la tombe, Adhémar de Monteil, évêque du
Puy, que le pape Urbain II avait désigné comme chef
spirituel de la croisade.
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Bref résumé de
la conférence sur les études scientifiques
en cours dans la grotte Chauvet
C’est Monsieur Jean-Michel Geneste qui, entouré d’une
partie de son équipe scientifique, a dressé le
bilan des travaux effectués ces dernières
années et nous a présenté la grotte
Chauvet dans son ensemble.
Pour permettre l’étude de la grotte dans
de bonnes conditions, il a été nécessaire
d’effectuer un certain nombre de travaux préalables
qui se sont terminés fin 2005. D’abord il
a fallu aménager des cheminements sur toute la longueur
de la grotte, ensuite procéder à des études
climatiques et biochimiques, température, hygrométrie,
CO2, radiations …de façon à définir
les conditions techniques des travaux des équipes
de recherches, enfin réaliser une étude géomorphologique
donnant une connaissance de la nature et de l’âge
des sols et du fonctionnement de la cavité dans
son ensemble.
Un problème très important était
celui de la datation. Pour le résoudre deux méthodes
ont été utilisées, celle classique
de la datation par le carbone 14 du charbon de bois employé pour
la production de feux de combustion, d’éclairage,
destiné au dessin des fresques ou prélevé sur
les fresques elles-mêmes et la datation obtenue par
une analyse fine de la croissance des stalagmites qui est
variable en fonction du temps, de la température
et de l’hygrométrie.
Ainsi, une étude chronologique très détaillée
de l’évolution de la grotte, de ses occupants
successifs, quelquefois contemporains, nous est présentée
dans un tableau particulièrement éclairant.
On peut ainsi remarquer que la présence humaine
remonte à l’Aurignacien avec deux périodes,
une à plus de 30 000 ans dont datent les fresques
(celles qui peuvent faire l’objet d’une datation)
et une seconde période vers 26 000 à 27 000
ans, que les stalagmites sont beaucoup plus nombreux à être âgés
de moins de 16 000 ans, ce qui correspond à la
date estimée de fermeture de la grotte.
L’étude du milieu biologique a été menée
en identifiant les ossements, les empreintes et les traces
(griffures) laissées par les différents occupants
de la grotte, ours des cavernes jusqu’à la
fermeture, loups, bouquetins. Des végétaux
ont laissé des empreintes dans l’argile, mais
ont-ils été amenés par l’homme,
les animaux ou les eaux ? De même, les pollens
trouvés dans l’argile du sol, en raison de
l’incertitude quant à leur provenance, ne
permettent de faire aucune hypothèse sur le climat
de l’époque. Enfin, si aucune trace d’A.D.N.
de contact humain n’a été relevée,
il n’en est pas de même pour celle des ours
et l’analyse de prélèvements effectués
sur les parois a permis à des chercheurs du C.E.A.
de relever des séquences d'A.D.N. et de faire des
comparaisons avec les animaux d’autres sites.
La grotte Chauvet est une grotte ornée, on ne
trouve pas de restes d'habitat et peu d’outils, seulement
une pointe de sagaie en ivoire et une dizaine de silex
en cours d’analyse, dont on espère qu’ils
pourront peut-être permettre de rattacher les occupants
de la grotte à ceux d’autres sites Aurignaciens
connus.
Ce sont les fresques de la grotte Chauvet, leur ancienneté,
leur valeur artistique et l’importance du bestiaire
représenté qui lui donnent une valeur inestimable.
Un relevé extrêmement soigneux en a été fait
par les archéologues en notant les différentes
techniques utilisées, dessin, gravure, pochoir,
soufflé. Les principales fresques nous sont présentées
et commentées, ce sont des ours des cavernes, des
rhinocéros, des chevaux, des mammouths, des lions,
des bisons, des mégacéros (ruminants à bosse)
dont le graphisme est remarquable. Les pigments utilisés,
noir, rouge, jaune sont analysés et une étude
est en cours pour rechercher leur origine. Comme dans les
autres grottes ornées il n’y a pratiquement
pas de représentation humaine si l’on excepte
celles de mains positives ou négatives. Elles ont
cependant permis de se faire une idée de la taille
de l’artiste, 1,80m et de lui attribuer un certain
nombre d’œuvres en raison d’un doigt
déformé.
Beaucoup de données ont déjà été recueillies,
il faudra les compléter par de nouvelles études
dans et à l'extérieur de la grotte, leur
interprétation confiée à des équipes
pluridisciplinaires nous permettra de mieux comprendre
ces dessins et ceux qui les ont faits. Cependant, l’obscurité nécessaire à la
projection, la beauté des panneaux, le rendu du
mouvement des animaux, la voix du conférencier ont
créé une atmosphère de recueillement
qui nous a permis de communier avec l'artiste dont plus
de 30 000 ans nous séparent et nous a fait
partager l’émotion qui a dû étreindre
les découvreurs de la grotte le 18 décembre
1994.
Marie et Paul Bousquet pour le château
de Vallon
(à l’aide de documents publiés
par l’Association des Amis de l’Histoire de
la région de Vallon, dont notamment l'article de
T. Mosnier et M. Székély "Les tapisseries de Vallon" dans Rencontres
avec le passé, cahiers de l'exposition de Vallon, juillet
1997 )
Jacques Dugrenot pour la conférence
de M. Geneste |
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