VINEZAC ET LACHAPELLE-SOUS-AUBENAS
Visite-conférence du 10 août
2006
en commun avec l'Amicale des Ardéchois à Paris
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Sur une petite éminence, un peu à l’écart
de la route d’Aubenas à Joyeuse, à la
limite entre le Bas-Vivarais calcaire et la Cévenne,
le village de Vinezac, au riche passé, domine un terroir
de très ancienne tradition viticole, mais où l’olivier
a aussi sa place. |
Par ce beau
matin d’été, nous nous retrouvons au
nombre d’une centaine sur la place de la mairie,
groupés autour de notre ami Michel Rouvière
qui va, tout au long de la matinée, nous faire partager
ses immenses connaissances à la découverte
de son village natal.
Vinezac peut s'enorgueillir de trois châteaux, qui
ont connu bien des vicissitudes au cours des siècles,
mais qui existent encore, ainsi que d’une très
belle église romane.
C’est à la découverte de tout ce patrimoine que nous
allons suivre notre guide, qui commence par nous conduire à l’emplacement
d’une des anciennes portes du village médiéval. Nous
sommes face au château nord, à l’extrémité du
village. (5)
(les numéros dans le texte renvoient au
plan) |

Vinezac,
vu de l'ouest
À l'extrémité gauche, on distingue le château nord
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À partir
des archives et de son analyse architecturale, on peut l’attribuer
aux de la Motte, coseigneurs de Chassiers et Vinezac (XIIe – XVe siècles).
La tour carrée figurant sur un document de 1789
est maintenant incluse dans un ensemble de maisons très
remaniées, avec remploi d’éléments
anciens. Nous remarquons les pierres bien taillées,
de couleurs variées (gris ou jaune du grès,
brun-rouge dit « robe de capucin » du
calcaire), ainsi que quelques éléments sculptés
dans le grès qui subsistent, un petit corbeau par
exemple.
Les maisons du village ont
subi de nombreuses modifications ;
quelques-unes sont pourtant encore homogènes, dont
une en grès taillé située derrière
l’église, où l’on remarque des
moellons à bossage en remploi ; elle est agrémentée
d’une terrasse, de colonnettes… Nous en verrons
d’autres intéressantes. Nous suivons la rue
du Chantou, occasion d’apprendre que ce mot qui signifie « chantier » vient
de chanterius, désignant un espace vide entouré de
murs.
Nous faisons maintenant un arrêt à l’emplacement
de la tour ouest de l’enceinte d’où partait
la route de Largentière (7). Un vaste panorama s’offre à nos
yeux avec, en fond de décor le massif du Tanargue,
la Cham du Cros et, plus proches, les villages entourant
Largentière : Chassiers, que l’on repère
par son clocher, Tauriers, Montréal avec ses tours,
et naturellement la tour de Brison qui domine tout le Bas-Vivarais.
C’était là au Moyen-Âge la ceinture
de défense des mines d’argent de Largentière,
lors des grands affrontements entre les évêques
de Viviers et les comtes de Toulouse. Michel Rouvière
pense que, grâce à leur position élevée,
tous ces châteaux devaient pouvoir communiquer entre
eux, de jour comme de nuit, par signaux optiques, feux
ou fumées. Quant à la ville de Largentière,
elle est facile à situer dans le paysage grâce à l’énorme
donjon moderne que constitue la tour en béton des
anciennes mines de la Pennaroya… |
Nous arrivons
maintenant sur une grande place, surprenante au cœur
d’un village ancien. Elle n’existe en fait
que depuis 1960, les maisons qui occupaient cet emplacement
ayant été détruites car elles
menaçaient de tomber en ruines. « Lorsque
j’étais gamin, j’ai connu ici un
quartier paysan avec des chèvres, des cochons… » nous
dit Michel Rouvière. Effectivement, dans une
ruelle proche, on voit encore les petites portes d’anciennes étables.
Ces
destructions ont eu l’avantage de dégager
quelques belles constructions, dont en particulier le
château central ou château Charbonnel, bâtiment
homogène de la fin du XVIIe siècle (14).
C’était
le château de Charbonnel de Chauzon, coseigneur
de Vinezac, allié aux autres familles seigneuriales
locales. La commune a acquis cet édifice alors
qu’il menaçait de s’effondrer, l’a
restauré au prix de travaux très importants
pour en faire un hôtel-restaurant de prestige.
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Le
château des Charbonnel |
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On remarque près de
l’entrée
les armes des Charbonnel associées à celles
des de La Motte, ainsi que le cerf des Servissas, autres
coseigneurs.
Poursuivant notre parcours par des ruelles
sinueuses, parfois voûtées, nous atteignons
l’ensemble appelé château
sud ou château Jullien (10 à 13), du nom
d’une
des dernières familles qui l’ont possédé.
Il s’étire le long de la rue du Puits. Très
complexe, car édifié à différentes époques
entre le XIIe et le XVIIe siècles,
il a été la
propriété successive des familles seigneuriales
locales de Joannas, de Chalendar, de Servissas, de Jullien.
En partie racheté par la commune en 1998 dans le but
de disposer d’un espace à vocation culturelle
pluridisciplinaire, il a été réhabilité tout
en lui conservant son aspect extérieur. |
Il
reste du château
féodal
un important donjon carré (10) en partie
caché par
les bâtiments ultérieurs ; on le
date généralement de la fin du XIIe ou
du début du XIIIe siècle.
Sa face occidentale, qui de nos jours donne sur une
cour, a été très
modifiée : une porte a été percée,
un escalier à vis construit, une belle fenêtre
Renaissance ouverte. Il conserve cependant quelques éléments
de son appareil défensif, une bretèche
et une meurtrière. Ce donjon appartient actuellement à un
couple d’antiquaires qui en a très aimablement
ouvert les portes à notre groupe.
De la rue du
Puits, on peut voir la partie supérieure
de sa face nord qui apparaît au-dessus d’une
terrasse. Bâtie en gros appareil régulier
de calcaire gris granuleux, son bossage rustique est
conservé sur les assises supérieures.
Dans la rue du Puits, subsiste aussi une petite tour circulaire, qui appartenait
sans doute à des bâtiments du XVe siècle, aujourd’hui
disparus. On remarque des bouches à feu à sa partie inférieure,
qui se trouvent presque au ras du sol actuel, celui-ci ayant été surélevé de
1,50 à 2 mètres par rapport à son niveau ancien.
Façade
occidentale du donjon du château Jullien |
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Enfin,
au XVIIe siècle, fut construit un
vaste corps de logis résidentiel (12),
contemporain donc et de même style que le château
Charbonnel, avec notamment ses fenêtres à meneaux
formés
de simples blocs de grès soigneusement taillés.
Un escalier monumental en pierre de quatre volées,
orné d’une rampe à balustres, dessert
les deux étages du bâtiment. Nous avons
aussi pu admirer la façade méridionale,
très bien ordonnée, donnant sur ce qui était
la cour d’honneur. Nous pénétrons
ensuite dans une salle qui était le salon du
seigneur (13), décorée de quatre cariatides à gaine,
imageant les quatre saisons, travail de gypserie, probablement
du XVIIIe siècle. Des peintures représentent
des guirlandes et des danseurs avec tambourin.
Michel Rouvière nous parle maintenant du rempart oriental ;
il existe toujours, mais il est curieusement inclus dans des maisons :
les plus anciennes s’appuient sur lui à l’intérieur,
les plus récentes (XVIIIe– XIXe siècles) également,
mais à l’extérieur. En perçant la muraille,
on a fait communiquer ces bâtiments, accroissant ainsi les surfaces
habitables. |

Dans
la rue du Puits, à l'écoute des explications données
par Michel Rouvière.
On aperçoit au fond la petite tour circulaire.
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En longeant
ces constructions, nous remarquons l’encadrement
d’une porte en grès de
Vinezac, décoré de deux spirales et d’autres
motifs et, un peu plus loin, le porche barbacane (8)
dont l’avancée
est enserrée entre les maisons modernes. C’était
l’entrée principale du village. Les traces
de la herse et des canonnières sont encore visibles. À notre
droite, la petite rue couverte, rue Noire, dont la voûte
basse est formée de gros blocs de grès rustiques,
nous persuade que nous sommes vraiment dans le rempart,
ou barry (6) . Quelques mètres encore à parcourir
et nous nous trouvons sur la place de l’église. |
| Quelques
mètres encore à parcourir
et nous nous trouvons sur la place de l’église.
D’après la charta
vetus, l’existence
d’une église à Vinezac serait attestée
dès le VIIIe siècle. Reconstruite à l’époque
romane, elle nous est parvenue pratiquement intacte
et forme la partie centrale de l’édifice
actuel, classé monument historique depuis 1905. (1)
L’abside à cinq pans,
de près
de dix mètres de hauteur, est en grès
local très soigneusement appareillé.
Ensuite, nous voyons la nef, dont le pignon dépasse
un peu la toiture du chevet. Enfin le clocher, haut
et massif, repose sur la première travée
de la nef, mais il n’a pas toujours occupé cet
emplacement.
Les baies qui s’ouvrent dans chaque
pan du chevet sont bien romanes, avec leurs arcs en
plein cintre doublés d’un gros tore et
leurs fines colonnettes aux chapiteaux délicatement
sculptés.
L’église romane était formée d’une unique
nef de trois travées mais, comme bien souvent, on lui a ajouté au
XVIIe siècle des chapelles latérales, dont une
très
longue destinée à la confrérie des Pénitents
(2). Au XIXe siècle, pour agrandir l’église,
on transforma ces chapelles en deux collatéraux et celui de droite,
prolongé jusqu’au
mur occidental, engloba l’ancien porche qui se retrouve maintenant à l’intérieur
de l’église.
Pénétrons dans celle-ci. Nous franchissons
cet ancien porche, dont on a conservé l’archivolte et deux
colonnettes coiffées
de chapiteaux délicatement ciselés et nous nous trouvons
dans la première travée de la nef romane.
De là nous
voyons la voûte de la
deuxième travée qui bénéficie
d’un décor polychrome formé par
l’alternance de grès local gris et de
calcaire rougeâtre. Elle est supportée
par de robustes arcs doubleaux dont l’un est
renforcé d’un gros tore. Ces arcs sont
reçus par des colonnes engagées coiffées
de volumineux chapiteaux sculptés.
Cinq de
ces chapiteaux présentent des décors
de feuillage de style antiquisant, de facture très
soignée. Un seul est historié :
deux de ses faces sont occupées par deux animaux,
des lions peut-être, qui se rejoignent à l’angle
de la corbeille en une seule tête au faciès
humain, à la langue pendante. Sur la troisième
face, un animal aux yeux globuleux et aux oreilles
pointues en tient un autre dans sa gueule, un âne
peut-être.
La dernière travée supporte une coupole ornée, sans
doute depuis le XVIIIe siècle, d’un très
beau décor
peint de style italianisant, qui peut surprendre dans une petite église
rurale. Les panneaux triangulaires, à la base de la coupole, représentent
les quatre évangélistes : saint Marc avec un lion, saint
Luc et un taureau, saint Jean et un aigle, enfin saint Mathieu montrant
le Livre à un ange. Il est bien possible que ces quatre panneaux,
en forme de pendentifs, recouvrent en fait des trompes, par analogie avec
de nombreuses autres églises de la région. Le tambour porte
ensuite des peintures décoratives, pots à feu et fausses
fenêtres en « grisaille », enfin le registre
supérieur est divisé en huit parties dont quatre représentent
des scènes religieuses.
Jusque vers la fin du XVIIe siècle,
cette coupole supportait le clocher. Il s’y
trouve maintenant un petit clocheton couvert de tuiles
vernissées
datant du XVIIIe siècle, le clocher proprement
dit ayant été déplacé sur
la première travée.. L’abside,
pentagonale à l’extérieur, est
ici semi-circulaire et décorée d’arcatures,
avec des colonnes ornées de chapiteaux sculptés.
Et avant de quitter cette église de Vinezac, qui ne manque pas de
richesses, il nous faut encore voir un bas-relief bien connu et figurant
parmi les objets d’art classés, que l’on s’accorde à considérer
comme représentant Daniel dans la fosse aux lions. Retrouvé lors
de la réfection du pavage de l’église, on ignore tout
de son emplacement initial. Son style est archaïque, sa facture fruste
et le petit personnage central n’est pas sans rappeler l’orant
de la crypte de Cruas.
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L'église
vue de l'est

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Pour finir,
derrière l’église, à l’emplacement
de l’ancien cimetière, Michel Rouvière
nous montre une croix en céramique, à personnages,
datant de 1827, qui est la copie exacte d’une
croix du XVe siècle (4). |
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Daniel
dans la fosse aux lions.
Vinezac
au Moyen-Âge vu par Michel Rouvière |
Après
l’apéritif offert à Vinezac par
la municipalité et le repas pris dans la salle
polyvalente de Lachapelle-sous-Aubenas, nous
allons à pied jusqu’au village par un
chemin qui court entre les vignes et les haies.
Notre guide, Mme Michelle Pouzache, nous attend
devant une des portes de l’enceinte. Elle nous
parle d’abord du plus ancien habitant de Lachapelle,
puisqu’il date de l’ère secondaire...
C’est un metriorhynchus superciliosus, spécimen
extrêmement rare issu du groupe des Crocodiliens
en cours d'évolution, très adapté à la
vie aquatique, découvert en 1986 par Suzy et
Roger Meucci. Ses membres sont transformés en
nageoires et il porte une nageoire caudale semblable à celle
des requins. La presse nationale s’était
fait l’écho de cette découverte
qui a suscité l’intérêt des
plus grands spécialistes internationaux. |
Pour
en revenir au village, sur l’histoire duquel
on manque de documents, Mme Pouzache
nous présente
quelques maisons anciennes, avec fenêtres à meneaux,
en nous indiquant quels étaient leurs
propriétaires : maison du bailli,
qui en 1614 se nommait Jean Tardieu et représentait
M. de Rochecolombe, le seigneur du moment. Les
descendants de J. Tardieu occupèrent la
même fonction et ont laissé la réputation
de personnages durs et cruels avec la population.
On voit aussi la maison de la famille du Roure,
alliée aux Tardieu.
Nous nous trouvons maintenant sur une grande
et belle place qui, comme à Vinezac occupe
l’emplacement d’une partie du vieux
village dont les maisons tombaient en ruines
lorsqu’elles furent rachetées et
détruites par la municipalité.
Elle porte depuis 1997 le nom de « Place
Anthoine du Roure, défenseur des paysans » pour
rappeler la mémoire de cet enfant de Lachapelle
qui prit la tête de la rébellion
de la population du Bas-Vivarais contre l’administration
de Louis XIV en 1670. Sur cette place s’ouvre
notamment une belle maison Renaissance, actuellement
hôtel de ville, qui était la maison
des de Balazuc. M. Pouzache nous indique qu’un
Balazuc a épousé la fille d’Anthoine
du Roure.
L’église a été agrandie
au XIXe siècle.
Le clocher, pour sa part, a été écimé par ordre
du roi, à la suite de la révolte de Roure, révolte
dont M. Pouzache, par un exposé très documenté, nous
rappelle le déroulement, ainsi que la terrible répression
qui suivit.
Lachapelle-sous-Aubenas
Dessin de Michel Rouvière, d'après une vue aérienne
|

Lachapelle-sous-Aubenas
Gravure
de Jean Chièze

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Nous remercions Michelle Pouzache d'avoir bien voulu
nous autoriser à publier ici le texte de son exposé sur
la révolte de Roure.
Et si vous voulez refaire
une visite détaillée de Vinezac... suivez
le guide !
Pour en savoir plus :
- MAZON Albin, Notice sur Vinezac (1887), rééd.
Lavilledieu : Candide,1987.
- ROUVIÈRE-GOBRECHT Mireille, “L’église
de Vinezac”, Actes
du colloque de Vinezac : Architecture ancienne et urbanisme
en Ardèche, organisé par Mémoire
d’Ardèche et Temps Présent, éd.
La Manufacture, Lyon, 1986.
- SAINT-JEAN Robert, Vivarais-Gévaudan romans,
La Pierre-qui-Vire : Zodiaque, 1991.
Marie et Paul BOUSQUET
À l’aide de documents
fournis par Michel Rouvière |
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