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ÉGLISE SAINT-MARTIN DE VION

En vue de la visite de l’église Saint-Martin de Vion, notre rendez-vous dans ce village avait été fixé sur le parking de l’allée des Platanes et c’est un groupe nombreux, de plus d'une centaine d’adhérents, qui se rassemble en un point soigneusement choisi pour la vue qu’il ménage sur ce monument, parfaitement éclairé par le soleil radieux de cette belle matinée de printemps.

Église de Vion

L'église vue de l'allée des platanes

L’église, dont nous voyons la partie orientale, est bâtie au bord du coteau dominant le village et le Rhône. De notre point d’observation, nous détaillons parfaitement le chevet, le transept et le clocher. Le chevet, qui est une des parties romanes conservées, comporte une abside polygonale et deux absidioles greffées sur chacun des bras du transept, suivant une disposition classique des églises de plan bénédictin. Ces absidioles ont ici la particularité de se présenter extérieurement sous la forme de tours, ce qui donne à l’édifice une allure de forteresse. Le clocher massif, à base carrée, repose sur la croisée du transept. Seul son premier étage, percé sur chaque face de deux baies en plein cintre, est roman ; l’étage supérieur a été ajouté au xixe siècle. Une crypte semi-enterrée, que la végétation masque à notre vue, supporte le transept et l’abside principale. Construite, comme à Cruas, pour compenser la pente du terrain et offrir ainsi une assise horizontale à l’église proprement dite, elle est quelquefois qualifiée de « crypte de correction ».

Du bas du village, l’église peut s’atteindre, soit par une route étroite et sinueuse, soit, à pied, par des « calades » et des escaliers, solution adoptée par de nombreux participants.

Historique

On ignore les origines premières de l’église de Vion. L’édifice roman, dont une partie est donc parvenue jusqu’à nous, a été construit dans le courant du xiie siècle par les moines de l’abbaye Saint-Martin d’Ainay de Lyon. Vion appartenait, depuis le xe siècle sans doute, aux puissants comtes d’Albon, dauphins du Viennois, dont la domination s’étendait sur un vaste territoire en Dauphiné, mais débordait sur la rive droite du Rhône ; Champagne, à une vingtaine de kilomètres au nord de Vion, faisait aussi partie de leurs possessions.

On ne connaît pas la date exacte à laquelle ces comtes d’Albon firent don de l’église et du village de Vion à l’abbaye d’Ainay. C’était sans doute au début du xiie siècle. En tous cas, cette donation était effective en 1153, car à cette date une bulle du pape Eugène III confirme que les moines d’Ainay possédaient le prieuré ainsi que le village et disposaient de la juridiction temporelle sur l’ensemble. Cette possession fut rappelée par une autre bulle pontificale en 1250.

C’est une église importante que les moines de Saint-Martin d’Ainay édifièrent à Vion. Son plan fut celui souvent adopté par les Bénédictins, dit encore plan en croix latine ; un tel édifice est composé d’une nef unique prolongée par une abside semi-circulaire voûtée en cul-de-four et d’un transept largement débordant sur les bras duquel s’ouvrent deux absidioles. La croisée du transept est normalement couverte d’une coupole sur trompes. Un des plus beaux exemples d’édifice de ce type en Ardèche, parfaitement conservé dans son état d’origine, est la toute petite église de Sauveplantade, sur la commune de Rochecolombe.

La nef romane de Vion a disparu au xixe siècle, remplacée par un triple vaisseau couvert de croisées d’ogives, tandis que la façade occidentale était reconstruite dans le style romano-byzantin mis à la mode notamment par la basilique de Fourvière et que l’on retrouve en Ardèche à Lalouvesc. En même temps, tout l’intérieur a été peint de couleurs vives et agrémenté de fausses mosaïques.

Visite intérieure

Alors qu’à l’extérieur l’abside centrale est à pans coupés, elle présente à l’intérieur, comme les deux absidioles, le plan semi-circulaire habituel avec un voûtement en cul-de-four. Elle est décorée d’une arcature s’appuyant sur des colonnettes aux chapiteaux sculptés.

Chapiteau

Chapiteau de la croisée du transept : l'agneau pascal

La croisée du transept est coiffée d’une coupole qui a sans doute été remaniée au xixe siècle et dont il est difficile de deviner l’architecture sous l’enduit qui la recouvre. Sachant que nous avons affaire à une église romane de style bénédictin, très vraisemblablement la coupole était-elle à l’origine construite sur trompes ; c’est bien l’opinion de Robert Saint-Jean (cf. bibliographie).

L’église comporte un grand nombre de chapiteaux sculptés et peints, dont l’interprétation est en général évidente, mais dont la datation est en revanche sujette à controverse. À notre connaissance, la seule étude détaillée qui en a été réalisée est celle qu’a publiée Victor Lassalle en 1994.

Intéressons-nous d’abord aux quatre chapiteaux des demi-colonnes (à l’est) et des pilastres (à l’ouest) qui supportent les grands arcs de la croisée du transept. Celui du sud-est représente l’agneau pascal dans une gloire tenue par deux anges. Représentation classique s’il en est, qui se retrouve non loin d’ici, sur le linteau d’un des portails de l’église Saint-Pierre de Champagne. Ce chapiteau est reconnu sans conteste comme roman.

Celui qui lui fait face à l’angle sud-ouest a donné lieu au contraire à beaucoup de discussions. Sa face principale, très chargée, se divise en deux parties inégales. À droite, on pense reconnaître sans peine l’Annonciation bien que, pour V. Lassalle, cette scène pose des questions. À gauche on trouve la Nativité, ou l’adoration des Mages. Mais la composition, très serrée, est étonnante, avec les têtes de plusieurs personnages disposées à l’horizontale. En haut, on reconnaît l’Enfant Jésus, avec l’âne et le bœuf ; en bas, la Vierge et encore deux personnages dont l’identification n’est pas évidente. Par comparaison avec un chapiteau de l’abbatiale Saint-Martin d’Ainay et après une longue discussion, V. Lassalle pense pouvoir attribuer ce chapiteau à l’époque romane.

Chapiteau

Chapiteau de la croisée du transept : la Nativité

Chapiteau

Chapiteau de la croisée du transept : la mise au tombeau

Les deux autres chapiteaux de la croisée du transept sont, en revanche, certainement postérieurs, peut-être fortement restaurés, sinon entièrement exécutés au xixe siècle. C’est ce que laissent penser « tant le réalisme des figures, des draperies et des feuillages, que des particularités du costume des soldats […] ou la présence de certains thèmes iconographiques peu communs à l’époque romane… » (V. Lassalle). Ces deux chapiteaux représentent l’un l’arrestation du Christ, l’autre la mise au tombeau et la Résurrection.

Chapiteau

Chapiteau de la croisée du transept : le baiser de Judas

Les colonnettes de l'arcature décorant l’abside sont également surmontées de chapiteaux sculptés. On y voit un animal tapi entre des rinceaux terminés en grappes, deux lions disposés symétriquement aux angles d’un autre chapiteau, une grosse marguerite à neuf pétales, des feuillages, des volutes… V. Lassalle les estime authentiques, tandis que R. Saint-Jean est plus réservé…

Bien d’autres chapiteaux ornent encore l’église. La représentation classique du pélican semble moderne ; les autres présentent des décors de feuillage, certains sans doute romans, d’autres certainement plus récents.

L’église conserve un très bel objet d’art, une pietà polychrome de grande taille du xvie siècle sculptée d'une seule pièce dans du bois de tilleul. Il faut aussi y voir un vestige du tympan roman, malheureusement très mutilé. On y reconnaît, ou plutôt on y devine, au centre le Christ bénissant, plus grand que les personnages qui l’entourent, qui sont sans doute saint Pierre et saint Paul, accompagnés chacun d’un disciple.

La crypte

Abside de la crypte

La crypte

On atteint la crypte par un escalier qui s’enfonce dans le sol de la nef, débouchant sur un long couloir transversal voûté en berceau qui s’étend sous toute la longueur du transept. Au centre de ce couloir s’ouvre une abside basse qui supporte l’abside centrale de l’église supérieure. Sa voûte en cul-de-four repose sur une arcature formée de cinq arcs s’appuyant sur de courtes colonnettes coiffées de chapiteaux sculptés au décor très simple de palmettes, rosaces, volutes, marguerites… On remarque dans cette crypte une cuve baptismale ornée de têtes de facture archaïque où l’on a vu quelquefois une inspiration celte… ce qui a pu donner lieu à toutes sortes d’interprétations fantaisistes.

Sources

Paul Bousquet


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Chapiteaux de l'arcature de l'abside


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Chapiteaux de la crypte