CHAPELLE
SAINT-ANDRÉ-DE-MITROYS
(Commune de Saint-Montan) |
| NB :
Depuis la première mise en ligne de cet article, d'importants
compléments ont été ajoutés,
sous la signature de Mlle
Christiane Bernard.
La chapelle
Saint-André-de-Mitroys est un joli et intéressant
petit monument d'époque romane qui se situe près
de la route D. 262 entre la N. 86 et le village de Saint-Montan.
Intervention de la "Sauvegarde"
Dès 1956, la toute jeune Société
de Sauvegarde jugeait que cet édifice devait être
inscrit parmi les monuments dont la restauration était
urgente. (réunion du 24 octobre 1956.) Mais
les années passèrent et nous lisons, dans
le compte rendu de la sortie-conférence du 26 avril
1970 dû à Jean Oisel, que « l'édifice
présente malheureusement des lésions et des
désordres dans le gros œuvre risquant, à
brève échéance, de compromettre définitivement
sa solidité.
« Les arcs doubleaux sont curieusement établis
de biais par rapport à l'axe de la nef et les contreforts
extérieurs, imitant cette anomalie, ne se font pas vis-à-vis,
n'étant même qu'appliqués contre les murs
latéraux et non ancrés. Du côté nord,
des fissures imputables à l'insuffisance des fondations
en sol sablonneux affouillé par les eaux pluviales autant
qu'à la non étanchéité de la toiture
et de plus, la minceur relative des murs en regard de l'élévation
de la nef, ont entraîné une ouverture anormale de
la voûte et des arcs doubleaux qui sont fendus à
la clef.
« En raison de cette instabilité,
on dût renoncer à pénétrer dans
l'édifice et se contenter d'apprécier, depuis
la porte d'entrée, la longueur et l'élévation
de la nef.»
Mais, à la suite de ces constations
alarmantes, les choses, cette fois, allèrent très
vite. Les travaux commencèrent dès le mois
d'août 1970 et furent achevés en 14 mois, ce
qui permit d'inaugurer la chapelle restaurée le 24
octobre 1971 en présence de plusieurs centaines de
personnes, dont M. Ducou-le Pointe, préfet de l'Ardèche
et Mgr Hermil, évêque de Viviers.
Voici le résumé des travaux réalisés :
« L'extrados de la voûte a été
renforcé d'une chape de béton ; la toiture
refaite en tuiles anciennes. Les murs intérieurs,
débarrassés d'affreux enduits, ont été
rejointoyés harmonieusement ; l'autel réédifié.
À l'extérieur, les contreforts ont été
cette fois solidement ancrés dans les murs. Des tirants,
peu visibles, et un solide mur de soutènement, du
côté nord, ont stoppé le mouvement de
dévers des murs qui s'accentuait dangereusement,
les fondations en sol sablonneux ayant donné quelque
inquiétude.» (Jean Oisel, CR de la
journée du 24/10/71)
Présentation de la chapelle |
C'est
Robert Saint-Jean qui présenta le monument lors
de la journée d'inauguration.
Il note d'abord que nous n'avons pas de documents, mais que,
d'après la forme de l'architecture et l'aspect des
pierres, nous pouvons lui donner un âge et discerner
les étapes de sa construction. L'édifice actuel,
composé d'une longue nef de trois travées, est
prolongé par une petite abside semi-circulaire, qui
est certainement très ancienne, et l'on peut penser
que les fondations et la base des murs remontent au XIe
siècle. L'église primitive devait avoir les
mêmes dimensions au sol ; elle n'était pas
voûtée, mais simplement recouverte d'une charpente.
Au début du XIIe siècle, on dut vouloir
la voûter ; les murs étaient assez minces,
on ne les toucha pas, mais on les suréleva, ce qui
se voit très nettement par le changement d'appareil
à partir de la mi-hauteur : à la base,
maçonnerie de petites pierres grisâtres, du calcaire
local ; c'est la construction du XIe siècle.
Au XIIe, lorsqu'on suréleva les murs, l'appareil
change, les pierres sont du calcaire blanc, plus soigneusement
taillées, bien équarries. On lance donc la voûte,
mais comme cette voûte est pesante et risque de faire
s'écarter les murs, on applique contre ces derniers
des contreforts, qui sont simplement plaqués, mais
ne pénètrent pas dans les murs. En même
temps, pour les consolider de l'intérieur, on établit
contre eux de grandes arcades latérales. Il fut alors
possible d'asseoir la voûte romane, renforcée
de trois arcs doubleaux à simple rouleau établis
plus ou moins de guingois car, paradoxalement, les contreforts,
de part et d'autre de la nef, ne se font pas exactement face.
L'abside, elle, n'a pas changé ; c'est certainement
l'abside primitive. |

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On
observe facilement la différence d'appareil entre
la moitié inférieure et la moitié
supérieure du mur.
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Notes
complémentaires (Texte et photos : Christiane
Bernard)
Si le nom de la chapelle indique une origine
antique en rapport avec un sanctuaire voué au
culte du dieu Mithra, elle n'apparaît
dans l'histoire qu'au début du VIIe siècle, à l'époque
mérovingienne. Mais sa fondation pourrait être
antérieure et remonter au VIe
siècle, car il existait déjà en ce lieu vers l'an 600
une église dédiée à saint André (d'après la charta
vetus rédigée au Xe siècle.)
Les exemples de superposition de lieux de culte
entre l'antiquité tardive et l'époque
romane, voire plus récente,
ne manquent pas (Meysse, Alba, Viviers), ou des édifices
plus importants comme la basilique romane « clunisienne » de
Paray-le-Monial en Bourgogne du sud, où des
fouilles récentes
réalisées avant la pose d'un
chauffage au sol ont révélé cet « empilement » de
plusieurs édifices depuis l'antiquité tardive,
les parties les plus récentes de cette église étant
une chapelle gothique et la reconstruction du narthex.
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| Si d'autres églises
romanes ardéchoises comportent des remplois
des édifices
antérieurs (Saint-Sulpice de Trignan, Saint-Ostian,
Larnas, Ruoms, Soyons), les murs de Saint-André de
Mitroys en elle-même n'en comportent pas. Mais
une pierre qui mérite que l'on s'y intéresse,
se trouve remployée dans un mur du petit escalier
d'accès entre le chemin et la chapelle.Cette
pierre n'a aucun rapport avec le culte de Mithra. De
forme rectangulaire à l'origine, elle est brisée
de façon irrégulière sur la droite à la
limite des motifs qui l'ornent et toute la partie gauche
(presque la moitié de la pierre) est nue. Les
motifs représentés ne sont absolument pas
des entrelacs, comme j'ai pu le lire dans une parution.
Le seul motif parfaitement identifiable est la rosace
de six pétales à double nervure incluse
ici dans un double cercle, celui extérieur en
forme de corde.Cette fleur est appellée par les
archéologues : rosace ou marguerite carolingienne. |

Saint-André-de-Mitroys |
| L'époque où on
la retrouve le plus souvent représentée
se situe entre le VIIIe siècle et
le début du IXe siècle. Le
six était alors le symbole de l'équilibre
entre le spirituel et le temporel. Mais on la trouve
aussi depuis le VIe siècle et plus
tardivement (fin IXe siècle parfois
plus stylisée). Pour ce qui concerne la période
la plus ancienne, on la trouve en Ardèche en
remploi dans les églises de Sauveplantade (la
première église datait du VIe siècle),
de Saint-Gineys-en-Coiron (je n'ai pas de date du premier édifice,
mais la sculpture est identique à la précedente)
et à Viviers (pierre conservée à la
Mairie et datée par Robert Saint-Jean du VIe siècle).
Cette même rosace figure aussi sur la table d’autel
de Soyons qui est plus tardive (première moitié du
IXe siècle). |

Roccavivara, S.Maria di Canneto-La
Diocesi di Benevento (début IXe siècle) |

Chapiteau dans l'église de Sauveplantade
(cf.
la page consacrée à cette église
sur le présent site)
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Église de Saint-Gineys-en-Coiron |
Les autres motifs ornant
la pierre ne sont guère identifiables.Ils évoluent
vers le haut et la gauche de la pierre qui ensuite
est dépourvue de décor. Ceci permet d'envisager
l'hypothèse qu'il s'agit d'une ébauche
de décoration d'une plaque qui n'a pas été terminée,
pour une raison inconnue.
Ce qui est intéressant
est le fait que l'on retrouve cette rosace sur une pierre
remployée dans les murs de l'église San
Samonta, autre édifice roman ayant une longue
histoire et situé sur la même commune de
St Montan. Le motif est identique à un seul détail
près : un seul cercle en forme de corde l'entoure.La
pierre est plus abimée mais on distingue très
nettement le motif. |

Pierre conservée à la mairie de
Viviers |
Cette église
comporte de nombreux remplois : cadrans solaires, inscriptions,
motifs gravés anthropomorphes. Cette église
comporte en fait deux chapelles juxtaposées
dont la plus petite, la chapelle sud dédiée à saint
Jean-Baptiste daterait du XIe siècle
et perpétuerait le souvenir de l'oratoire primitif
du VIe siècle où vécut
un temps saint Montan, avant de repartir dans sa Picardie
d'origine.Les églises de Saint-André-de-Mitroys
et San Samonta comportent toutes deux des marques de
tâcherons et des traces de polychromie.
En conclusion,
au vu de tout cela, il serait intéressant mais
peut-être pas si évident, de savoir quand
a été édifié l'escalier d'accés à Saint-André-de-Mitroys,
car la pierre a certainement été à l'abri
durant longtemps avant d'être réutilisée
dans ce muret. Mais comment savoir où elle se
trouvait auparavant? |

Église San Samonta à Saint-Montan |
Tout
chercheur ou simple curieux visitant ce site qui
pourrait apporter un élément de
réponse peut me joindre par l'intermédiaire
de la Société de Sauvegarde : "contact@patrimoine-ardeche.com".
(À l'attention de Christiane Bernard).
Bibliographie :
-SAINT-JEAN Robert, Vivarais-Gévaudan romans ,
Zodiaque, La Pierre qui vire, 1990.
-BUIS Micheline, La sculpture à entrelacs
carolingiens dans le sud-est de la France, thèse
de 3° cycle, 1975
-BERNARD Christiane, "La chapelle Saint-Sulpice
de Trignan à Saint-Marcel-d'Ardèche", Revue
du Vivarais, 2006, p. 253 à 260.
-La diocesi di Benevento-Mario Rotili CISAM Spoleto
1966 et les 21 autres volumes de ce corpus de la
sculpture du Haut Moyen-Âge en Italie.
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