retour accueil

Naissance et développement d'une communauté d'habitants
à travers son patrimoine religieux : SAINT-MONTAN
Première partie*

Les monuments (ou ce qu'il en reste) sont souvent des marqueurs de l'histoire ; à Saint-Montan, l'histoire s'inscrit particulièrement dans ses églises, prieurés, ermitages, jalonnant son riche passé.
Le territoire de Saint-Montan, situé sur la rive droite du Rhône à mi-chemin entre Lyon et les bords de la mer Méditerranée, fut très tôt confronté au passage et à l'installation de groupements humains venus du Nord comme du Sud.

Paysage vu se Saint-Andr� de Mitroys

Saint-Andrdé de Mitroys - L'église et son cimetière entouré de cyprès...

L'ANCIENNE PAROISSE DE SAINT-ANDRÉ DE MITROYS

avec, en complément, deux études d'une pierre gravée, respectivement par Christiane Bernard et Alain Fambon, ainsi qu'une étude d'un tableau du xviie siècle, par Alain Fambon

L'église et son cimetière entouré de cyprès ajoutent beaucoup de charme au paysage1 qui n'est pas sans nous rappeler ceux de Toscane ; rien d'étonnant à cela à la vue du riche terroir qui s'offre à nos yeux depuis les bords du Rhône jusqu'au pied des collines.

Bas-relief de Mithra à Bourg-Saint-Andéol (gravure ancienne)

Bas-relief de Mithra à Bourg-Saint-Andéol (gravure ancienne)

Les Romains, qui avaient conquis l'Helvie quelques décennies avant notre ère, se fondirent avec la population autochtone pour devenir des gallo-romains ; bien que les sources historiques soient ténues dans les premiers siècles, les nombreux débris antiques de construction qui jonchent le sol et les restes d'une importante villa romaine à Saint-Pierre2 ne laissent aucun doute sur la présence d'une petite communauté d'habitants à cette époque.
Parmi ces Romains venus s'installer, il est probable que certains d'entre eux étaient des Vétérans des légions romaines à qui des terres furent distribuées et qui apportèrent avec eux leurs croyances au dieu Mithra. La présence de ce dieu indo-iranien, très en vogue dans l'armée romaine, est attestée dans le toponyme Famitras, contraction de fanum Mithra signifiant « temple de Mithra » à l’image de Fanjaux (fanum Jovis : temple de Jupiter) ou Montjaux (mont à Jupiter) ou encore Combefa dans le Tarn (la vallée du temple) ; par contre, nous ne savons rien de l'emplacement de ce temple, son importance et la durée des pratiques expiatoires autour du Dieu Invincible.
En dehors de Rome, le mithriacisme se développa à partir du iiie siècle et surtout au ive où ce culte, sans être religion officielle, fut reconnu comme protecteur de l'Empire ; à côté d'un simple fanum rural édifié sur ce territoire se trouvait à Bourg-Saint-Andéol, à deux lieues de distance, le mithraeum de Tourne dont il reste encore un bas-relief taillé dans la roche.
Familles adeptes de Mithra et familles nouvellement converties au christianisme devaient se côtoyer ; la modeste église de Saint-Pierre-la-Mure, jouxtant la villa éponyme, fut sans doute paléochrétienne mais seule une fouille archéologique pourrait le démontrer. La nouvelle religion, devenue officielle sous l'empereur Théodose (391), allait supplanter toutes les autres croyances mais son implantation ne se fit pas sans difficulté, violences et destructions volontaires de sanctuaires, notamment ceux de Mithra (voir les écrits de Sulpice Sévère et Grégoire de Tours).
En Gaule, le ve siècle est marqué par les invasions barbares (Huns, Vandales, Burgondes, Wisigoths, Francs) et la chute de l'Empire romain ; au cœur des conflits d'occupation et de gouvernance créés par ces nouveaux migrants, notre petit territoire connut l'arrivée et l'installation d'une personnalité marquante : l'ermite Montanus.

Un document d'une grande importance

Les sources écrites sont de précieux témoins de ces temps révolus ; nous devons à la charta vetus, transcrite par le chanoine Jacques de Banne et à ses « Mémoyres »3 la connaissance de plusieurs donations faites à l'Église cathédrale de Viviers dont celle concernant l'église Saint-André de Mitroys. En voici la copie conforme à l'original: Dotavit sanctus Firminus, cum uxore sua Aula, Ladonusco, Meteratis cum ecclesia sancti Andreae, damate, tornicate, medio saconaco vocerno. Ista omnia dereliquit Deo et sancto Vincentio.

Saint-André de Mitroys Saint-André de Mitroys

Cette donation est riche en informations :
- Saint Firmin était évêque de Viviers vers l'an 610; il représentait dignement une de ces nobles familles gallo-romaines converties au christianisme6 ; après s'être marié et devenu père de famille, il se consacra à l'épiscopat ; son propre fils, Aule, lui succéda.
- L'organisation du sol est constituée de grands domaines, en continuité du découpage romain, dont les toponymes se retrouvent encore aujourd'hui comme Chauviac ou Valescure, certains n'ayant pu être identifiés avec certitude (Tornicate pouvant correspondre au domaine de Tourne à Bourg-Saint-Andéol). Le domaine de Cousignac sur lequel fut fondée l'église dédiée à Notre-Dame a fait l'objet d'une dotation à l'Église Cathédrale de Viviers par Macedonia, sœur de saint Aule et épouse d'Alcinius. Ainsi, d'une superficie estimée entre 300 et 400 hectares, voit-on ces domaines se juxtaposer en couvrant l'ensemble du territoire depuis Saint- Montan jusqu'à Bourg-Saint-Andéol.

Saint-André de Mitroys

- Le domaine qui nous intéresse ici est celui de Meteratis qui, sans entrer dans les détails de sa constitution (altération du latin populaire et copies successives) est assez proche de « Mithra » ; c'est bien sur ce domaine que fut fondée l'église Saint-André, comme nous l'indique la citation latine Meteratis cum ecclesia sancti Andreae. En français, si le toponyme du domaine a disparu, il se retrouve dans le nom de l'église avec une traduction approximative qui a encore aujourd'hui une orthographe variable : Mitroys, Mithroys, Mitroix…
Après les bouleversements du ve siècle, le christianisme va s'implanter durablement sous la gouvernance de personnages illustres issus de l'aristocratie gallo-romaine ; les vie et viie siècles, période de la dynastie mérovingienne, semblent avoir connu, sur ce territoire, des temps de stabilité et même de prospérité. Les nombreuses sépultures retrouvées, la plupart au bord des chemins, dont hélas il ne reste rien, et la bague de Mouleyras7 viennent le confirmer.
La proximité de la ville épiscopale, l'appartenance et la dotation de saint Firmin devenu évêque, sa fondation probable au vie siècle ont fait de l'église Saint-André un bien vénérable et privilégié pour les évêques et le chapitre de Viviers ; ce qui peut sans doute expliquer que ce prieuré dont les revenus étaient modestes fut la propriété de personnages importants comme l'évêque Louis de Poitiers et les majeurs prébendiers appartenant à l'Université de la cathédrale8.
Cette église fut chef-lieu de la paroisse de même nom jusqu'en 1791, date de sa suppression et de sa réunion avec la paroisse de Saint-Montan.

L'église Saint-André de Mitroys aujourd'hui

Après la Révolution, elle connut une lente dégradation jusqu'à sa restauration en 1970-71 avec l’aide de la Société de Sauvegarde ; il faut rendre un hommage particulier à l'association des Amis de Saint-Montan et à l'abbé Arnaud, son président fondateur, sans qui l'édifice serait aujourd'hui en totale ruine.9

Son architecture

Ce beau petit édifice qui, fait relativement rare, est resté inchangé depuis l’époque romane, présente le même plan très simple que nombre de petites chapelles rurales de la région. Il est en effet formé d’une nef unique de trois travées terminée par une abside semi-circulaire voûtée en cul-de-four.

chapelle St André de Mitroys (extérieur) chapelle St André de Mitroys (intérieur)

De l’extérieur on remarque un très net changement d’appareil à mi-hauteur des murs latéraux ; leur partie inférieure est en effet bâtie en petites pierres grisâtres de calcaire local, tandis que la partie supérieure l’est en pierres de calcaire blanc plus soigneusement taillées. Ceci peut laisser penser à une construction en deux étapes. C’était notamment l’avis de Robert Saint-Jean (cf. réf. 9) qui pensait qu’un premier édifice élevé au xie siècle, sans doute couvert d’une simple charpente, avait dû être surélevé et voûté au xiie siècle. C’est à ce moment là qu’auraient été ajoutés les contreforts extérieurs qui, curieusement, ne se font pas exactement face de part et d’autre de la nef et n’étaient pas ancrés dans les murs. Ils l’ont été lors des travaux de restauration réalisés en 1970- 71. L’abside, très basse, daterait de la construction initiale. Cette hypothèse d’une construction en deux étapes ne fait cependant pas l’unanimité.
La nef longue de trois travées, relativement étroite mais assez haute, confère à cet édifice une silhouette élégante. La vôute, légèrement surbaissée, est soutenue par des arcs doubleaux qui retombent sur de simples pilastres couronnés d’impostes sobrement moulurées. Entre ces pilastres, les murs latéraux sont renforcés par des arcs de décharge qui, comme eux, prennent appui sur un mur bahut qui court sur toute la longueur de la nef. L’arc de tête de l’abside supporte un haut mur diaphragme percé d’une petite ouverture en forme de croix.
Signalons encore que cet édifice bénéficie d’une excellente acoustique.

Notes

Alain Fambon
Paul Bousquet pour la description architecturale


NOTES COMPLÉMENTAIRES (Texte et photos : Christiane Bernard)

Si le nom de la chapelle indique une origine antique en rapport avec un sanctuaire voué au culte du dieu Mithra, elle n'apparaît dans l'histoire qu'au début du VIIe siècle, à l'époque mérovingienne. Mais sa fondation pourrait être antérieure et remonter au VIe siècle, car il existait déjà en ce lieu vers l'an 600 une église dédiée à saint André (d'après la charta vetus rédigée au Xe siècle.)

Les exemples de superposition de lieux de culte entre l'antiquité tardive et l'époque romane, voire plus récente, ne manquent pas (Meysse, Alba, Viviers), ou des édifices plus importants comme la basilique romane « clunisienne » de Paray-le-Monial en Bourgogne du sud, où des fouilles récentes réalisées avant la pose d'un chauffage au sol ont révélé cet « empilement » de plusieurs édifices depuis l'antiquité tardive, les parties les plus récentes de cette église étant une chapelle gothique et la reconstruction du narthex.

Chapelle Saint-André de Mitroys : Pierre de remploi présentant une rosace à six pétales

Saint-André-de-Mitroys

Même motif en Italie à Roccavivara, S.Maria di Canneto-La
                        Diocesi di Benevento

Roccavivara, S.Maria di Canneto-La Diocesi di Benevento (début IXe siècle)

Si d'autres églises romanes ardéchoises comportent des remplois des édifices antérieurs (Saint-Sulpice de Trignan, Saint-Ostian, Larnas, Ruoms, Soyons), les murs de Saint-André de Mitroys en elle-même n'en comportent pas. Mais une pierre qui mérite que l'on s'y intéresse se trouve remployée dans un mur du petit escalier d'accès entre le chemin et la chapelle.Cette pierre n'a aucun rapport avec le culte de Mithra. De forme rectangulaire à l'origine, elle est brisée de façon irrégulière sur la droite à la limite des motifs qui l'ornent et toute la partie gauche (presque la moitié de la pierre) est nue. Les motifs représentés ne sont absolument pas des entrelacs, comme j'ai pu le lire dans une parution. Le seul motif parfaitement identifiable est la rosace de six pétales à double nervure incluse ici dans un double cercle, celui extérieur en forme de corde.Cette fleur est appellée par les archéologues : rosace ou marguerite carolingienne.

L'époque  où on la retrouve le plus souvent représentée se situe entre le VIIIe siècle et le début du IXe siècle. Le six était alors le symbole de l'équilibre entre le spirituel et le temporel. Mais on la trouve aussi depuis le VIe siècle et plus tardivement (fin IXe siècle parfois plus stylisée). Pour ce qui concerne la période la plus ancienne, on la trouve en Ardèche en remploi dans les églises de Sauveplantade (la première église datait du VIe siècle), de Saint-Gineys-en-Coiron (je n'ai pas de date du premier édifice, mais la sculpture est identique à la précedente) et à Viviers (pierre conservée à la Mairie et datée par Robert Saint-Jean du VIe siècle). Cette même rosace figure aussi sur la table d’autel de Soyons qui est plus tardive (première moitié du IXe siècle).

Chapiteau dans l'église de Sauveplantade

Chapiteau dans l'église de Sauveplantade
(cf. la page consacrée à cette église sur le présent site)

Même motif : église de Saint-Gineys-en-Coiron

Église de Saint-Gineys-en-Coiron
(cf  « De châteaux en églises sur le Coiron - 2 »)

Même motif : Pierre conservée à la mairie de Viviers

Pierre conservée à la mairie de Viviers

Même motif : Église San Samonta à Saint-Montan

Église San Samonta à Saint-Montan

Les autres motifs ornant la pierre  ne sont guère identifiables.Ils évoluent vers le haut et la gauche de la pierre qui ensuite est dépourvue de décor. Ceci permet d'envisager l'hypothèse qu'il s'agit d'une ébauche de décoration d'une plaque qui n'a pas été terminée, pour une raison inconnue.
Ce qui est intéressant est le fait que l'on retrouve cette rosace sur une pierre remployée dans les murs de l'église San Samonta, autre édifice roman ayant une longue histoire et situé sur la même commune de Saint-Montan. Le motif est identique à un seul détail près : un seul cercle en forme de corde l'entoure. La pierre est plus abimée mais on distingue très nettement le motif.

Cette église comporte de nombreux remplois : cadrans solaires, inscriptions, motifs gravés anthropomorphes. Cette église comporte en fait deux chapelles juxtaposées dont la plus petite, la chapelle sud dédiée à saint Jean-Baptiste daterait du XIe siècle et perpétuerait le souvenir de l'oratoire primitif du VIe siècle où vécut un temps saint Montan, avant de repartir dans sa Picardie d'origine. Les églises de Saint-André-de-Mitroys et San Samonta comportent toutes deux des marques de tâcherons et des traces de polychromie.
En conclusion, au vu de tout cela, il serait intéressant  mais peut-être pas si évident, de savoir quand a été édifié l'escalier d'accés à Saint-André-de-Mitroys, car la pierre a certainement été à l'abri durant longtemps avant d'être réutilisée dans ce muret. Mais comment savoir où elle se trouvait auparavant ?

Bibliographie :


SAINT-MONTAN : ancienne paroisse de Saint-André-de Mitroys , à propos d'une pierre gravée
par Alain Fambon

Nous avons vu l'importance du culte à Mithra sur le site de la chapelle de Saint-André et la fondation de celle-ci à la charnière des VIe et VIIe siècles, soit au cœur de l'époque mérovingienne (bulletin Patrimoine d'Ardèche n°35, juin 2015).

Une pierre gravée se trouve insérée dans la murette du petit escalier d'accès à l'ensemble chapelle – cimetière. Cette gravure a fait l'objet d'une description par Christiane Bernard (voir ci-dessus) qui s'était spécialisée dans les sculptures du Haut Moyen-Âge ; sa description portait essentiellement sur la rosace à six branches  qui se retrouve en remploi dans l'église de  Sauveplantade (en provenance de l'église primitive du VIe siècle),  à Viviers (même siècle, voir ci-dessus) ou à Saint-Montan (église de San Samonta).

De nombreuses hypothèses ont été émises à propos de la signification du graphisme et de la datation de cette pierre ; à ce jour, aucune n'est convaincante.
Cette pierre provient du site (sa présence dans les murs de l'église est à écarter) et a été insérée dans la murette en 1820-1821 lorsque le cimetière, réaménagé, est devenu paroissial pour l'ensemble de la commune (archives communales de Saint-Montan).

Une nouvelle hypothèse

Les rosaces, présentes depuis l'époque romaine, le sont particulièrement à l'époque mérovingienne ; plusieurs nécropoles, la plus célèbre étant celle de Saint-Denis, contiennent  des sarcophages recouverts de signes lapidaires dont des rosaces à six branches.

Rosaces sur sarcophages mérovingiens

Rosaces sur sarcophages mérovingiens en plâtre moulé
(Cliché O. Meyer, http://www.culture.fr/sites-thematiques/grands-sites-archeologiques/saint-denis-une-ville-au-moyen-age)

Rosaces sur sarcophages mérovingiens

Rosaces sur sarcophages mérovingiens
(© Denis Gliksman, Inrap - Fouilles dans l'église Saint-Pierre et Saint-Paul de Gonesse, 2011, archéologue responsable :: Nathalie Karst)

Au cours de nombreux échanges avec Christiane Bernard, notre intérêt s'est porté sur la partie située au-dessus de la rosace.
 On pourrait voir, dans cet enchevêtrement de lignes, les contours d'une tête vue de profil, tournée vers la droite, avec une mâchoire proéminente. À l'arrière du crâne partent deux, voire trois mèches de cheveux laissant la nuque dégagée ; au-dessous, lignes sinusoïdales et brisées semblent représenter un cou allongé. Entre la tête et la rosace apparaissent des cercles colorés faisant penser à des ocelles.

Si l'on se réfère aux études archéologiques et historiques de cette période de transition Antiquité-Haut Moyen-Âge, des constantes apparaissent dans l'art de la gravure et de la sculpture : motifs géométriques à base de cercle, technique du « damassage » (chevrons, sinusoïdes), coloration rouge-orangé... Louis Bréhier, traitant de l'art mérovingien (1), prête aux décorateurs « une  imagination extravagante » avec « des ornements stylisés géométriques qui leur plaît » ; il ajoute que « les figures humaines ou animales sont volontairement transformées et schématisées pour s'adapter à d'étranges combinaisons linéaires. Cette esthétique nouvelle consacre tout à l'effet décoratif et aux couleurs ».

Pierre gravée

(Cliché Alain Fambon)

La pierre en question présente une gravure à base de cercles (deux cercles au diamètre identique) dont l'un constitue une rosace ; les motifs géométriques au-dedans et en dehors du second cercle, constitués de chevrons et de lignes sinusoïdales, forment bien une « étrange combinaison linéaire » (nous y avons vu une tête de profil) et la couleur rouge-orangé est très présente, en particulier dans les trous en forme d'ocelles et sur la rosace. De plus, les tracés géométriques sont simples et peu profonds, autre constante de cet art des VIe et ViIe siècles.

L'hypothèse d'une stèle funéraire mérovingienne est à considérer ; celle-ci serait contemporaine de la fondation de l'église et de son cimetière attenant. Ce dernier – qui ne recevait que les sépultures de la petite paroisse de Saint-André – fut réaménagé au début du xixe siècle pour servir de cimetière communal (construction d'un mur de ceinture pour une meilleure hygiène et aplanissement) ; les pierres tombales des tombes abandonnées ont pu être évacuées ou bien regroupées  dans un angle et recouvertes : la pierre qui nous intéresse, au décor surprenant, ayant été mise de côté et insérée dans la murette.

À nos lecteurs et chercheurs

Nous espérons que cette étude ne restera pas sans suite ; la période concernée a été encore peu étudiée dans la région du cours du Rhône moyen. Dans l'attente d'une étude approfondie de la pierre pour en préciser la datation et les origines et d'une fouille archéologique (au moins sondages) du site, un appel est lancé à toute personne pouvant apporter quelques informations utiles.

Ce travail, fruit de nos recherches en commun, est dédié à Mme Christiane Bernard (disparue en 2013).
Alain Fambon

 

1- Brehier (L.), « L'art mérovingien et carolingien », L'Art en France des invasions barbares à l'époque romane, La Renaissance du livre, Paris, 1930.

DANS L'ÉGLISE SAINT-ANDRÉ-DE-MITROYS : UN TABLEAU DU XVIIe SIÈCLE

Ce tableau, accroché sur la paroi sud de l'église, représente saint André crucifié. Cette toile peinte a été classée à l'inventaire des Monuments Historiques en 1973.

Tableau représentant saint André

Un acte notarié de la seconde moitié du xviie siècle en est certainement à l'origine. En 1681, des travaux de réparation de la toiture ainsi que des achats de mobilier religieux sont effectués avec l'argent reçu d'un legs testamentaire (60 livres) ; après paiement, il s'est trouvé un excédent de 13 livres 5 sols  dont il fut décidé, d'un commun accord, que le prieur  Barthélémy Le Noir les emploierait à l'achat d'un tableau à l'huile où saint André sera dépeint. De plus, le prieur s'engagea à fournir le complément si la somme ne suffisait pas. (voir transcription ci-dessous)

Archives départementales de l'Ardèche, notaire Claude DEVES,  cote 2 E 2372  Quittance
« L’an 1681 et le 15e jour du mois de juin avant midi devant moi notaire royal et les témoins sous nommés, établi en personne Pierre Mouton Comby, marguillier de l’église paroissiale de Saint-André de Mitrois au mandement de Saint-Montan, lequel de son gré, du consentement de messire Barthélémy Le Noir majeur prébendier de l’église cathédrale de Viviers, prieur de ladite église Saint-André, a confessé d’avoir eu et reçu de Sébastien Reynord, héritier universel de feu Pierre Armand, habitant du mas de la Combe les Saint-Montan, présent, stipulant et acceptant, la somme de 60 livres savoir ci-devant 27 livres 7 sols 6 deniers employé au rhabillage du couvert de ladite église Saint-André, comme se justifie de la quittance faite par Jean Rougne, maçon, le 27 décembre 1676 et le restant de ladite somme de 60 livres ayant été employé en la fabrique d’un confessionnal bois sapin, une chaire pour le prédicateur du même bois, une garde-robe en noyer fermant à clef, servant pour y placer et loger les ornements de ladite église comme aussi en couverture dudit bois noyer servant aux fonts baptismaux, à la réserve néanmoins de 13 livres 5 sols qui se sont trouvés de reste de ladite somme de 60 livres, qui ont été délivrés au sieur Le Noir qui les a reçus en bonne monnaie au vu de moi notaire et des témoins pour les employer, ainsi qu’il a promis, à l’achat d’un tableau à l’huile où saint André sera dépeint, et même de fournir le surplus au cas où les 13 livres 5 sols n’y suffiraient pas ; le tout pour paiement de pareille somme de 60 livres léguée à l’église Saint-André par ledit feu Armand en son testament reçu par Me Chaliet, notaire – et de cette même somme de 60 livres, ledit Mouton content et satisfait en a quitte ledit Reynord et promis faire quitte envers tous … ainsi l’ont promis et juré…fait et récité audit Saint-Montan … en présence de messire Paul Lobinhes, prêtre et vicaire de Saint-Montan, Jean Decoulans et autres habitants de la paroisse de Saint-André.

Détail du tableau

Détail du tableau

La commande du tableau a probablement suivi de près la rédaction de l'acte notarié, le financement étant assuré ; on peut donc le dater des années 1681-1682.
Aujourd'hui, la toile, comme le cadre, est en (très) mauvais état, nécessitant l'établissement d'un dossier pour une restauration en urgence.

Nous donnerons dans cette rubrique le suivi du dossier.

Alain Fambon